WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
OFCE; compétitivité; exonération

Macro-économie / Taux / réindustrialisation / France / Assemblée Nationale

Macro-économie / Taux
réindustrialisation / France / Assemblée Nationale

Une réindustrialisation qui interroge encore / Plusieurs économistes ont détaillé leurs vues à l’Assemblée nationale

Une table ronde d’économistes, éloignée des passes d’armes politiques de l’Assemblée nationale, s’est tenue cette semaine dans le cadre d’une commission d’enquête visant à établir les freins à la réindustrialisation de la France. Tour à tour, les quatre participants sont revenus sur différentes problématiques propres à l’Hexagone et ont pu regretter que certaines pistes n’aient pas suffisamment été explorées par le passé.
Marc Ferracci, ministre de l'Industrie et de l'Énergie, en visite sur un site industriel. Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Marc Ferracci, ministre de l'Industrie et de l'Énergie, en visite sur un site industriel. Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Une politique industrielle pour le moins contrainte par les finances publiques. Un constat partagé par les économistes présents à la table ronde de la commission d’enquête visant à établir les freins à la réindustrialisation de la France à l’Assemblée nationale. Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques évoquant le fait qu’on " ne puisse pas aller beaucoup plus loin (en termes de fonds alloués à la réindustrialisation ndlr) avec 6 % de déficit public. Aujourd’hui il faut surtout raisonner en transferts".

Vincent Vicard, adjoint au directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales, n’a pas dit autre chose lorsqu’il a rappelé qu’il ne peut pas y avoir "une politique industrielle pour l’ensemble de l’industrie ", appelant à se poser la question de quelles interventions sur le secteur semblent pertinentes et ce en martelant qu’ "on a des ressources limitées ".

 

Double peine

 

L’économiste a également rappelé les difficultés récentes rencontrées par l’industrie française, arguant que " la hausse des taux d’intérêts est plus dure [à supporter ndlr) pour l’industrie que pour les services" tout en évoquant "une hausse des prix de l’énergie qui est un enjeu conjoncturel important" et ne manquant pas d’évoquer les effets délétères pour l’investissement que constituent l’incertitude politique nationale ou sur la scène géopolitique.

Autant de précisions qui n’ont pas été apportées pour cacher le constat d’une France très peu industrialisée. Emmanuel Combe, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, professeur associé à Skema Business School, donnant dès le début de son intervention quelques ordres de grandeur : l’industrie ne pèserait plus que pour 11 % du PIB hexagonal, contre 17 % en 1995, ce qui est loin des chiffres allemands de 20 % ou même italiens de 15 %.

François Geerolf, économiste au département des Études de l’OFCE, s’est immédiatement interrogé quant à lui sur l’existence réelle d’une volonté de réindustrialiser et à quel prix. Il a avancé qu’il avait "du mal à voir un mouvement de réindustrialisation, pourtant on en parle beaucoup". L’existence d’une spécificité française a également été au centre de son propos, puisqu’il s’avère que notre pays est l'un des seuls de la Zone euro à présenter un déficit commercial.

Une construction européenne et des règles associées qui devraient avoir comme effet selon lui d’aboutir à une hausse des impôts prochainement. Une conséquence des plus regrettables alors que certains pays s’apprêtent à baisser leurs impôts de l’autre côté de l’Atlantique, ce qui pourrait bien peser sur l’attractivité hexagonale.

 

Réalité

 

En sa qualité d’ancien vice-président de l’Autorité de la concurrence, Emmanuel Combe a pu observer pendant plusieurs années la réalité de la concurrence des firmes tricolores. Pour lui, elle est certes "internationale, mais aussi intra-européenne". Autre réalité de l’industrie française rappelée cette fois-ci par son homologue du CEPII ; il s’avère que loin d’être uniformément répartie uniformément, la hausse des emplois dans l'industrie s'est surtout concentrée dans l’agroalimentaire.

On retiendra les propositions sorties des sentiers battus du professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elles visent à "ne pas centrer le débat sur la compétitivité coût ". Il considère qu’on "oublie un second volet de la compétitivité, celle hors coût, deux des principaux facteurs de la désindustrialisation françaises sont d’une part le manque d’efforts de R & D (chiffré par ses soins à 2,2 % du PIB contre 2,6 % en moyenne dans l’OCDE) conduisant à un déficit d’innovation privée et de l’autre un système d’éducation défaillant". Il déplore ainsi qu’on manque certes d’ingénieurs mais surtout de techniciens et d’ouvriers qualifiés.

Il juge qu’il n’a pas été suffisamment exploré la possibilité de renforcer d’abord notre spécialisation sur nos points forts avant d’étendre cette démarche à d’autres secteurs. La poursuite d’une montée en gamme est possible et souhaitable à ses yeux et ce tant sur la qualité des services que du produit. Une piste plus originale a également été évoquée, celle de partenariats à nos conditions avec la Chine dans le domaine industriel.

 

Faux problème

 

Le débat ne s’est pas cantonné pour autant à de nouvelles politiques à déployer, les deux membres de l’OFCE sont tour à tour revenus sur la question des exonérations de cotisations. Mathieu Plane arguant que la politique française est tournée vers ce levier, rappelant que sur les 80 milliards d'euros déployés à cet effet, seuls 13 % bénéficient à l’industrie puisque la mesure n’est pas ciblée. Un chiffre proche du poids du secteur dans le PIB.

Son collègue a expliqué quant à lui que les exonérations profitent avant tout aux salariés et à leurs rémunérations, plutôt que directement à la compétitivité des entreprises. Pour autant ce n’est pas un problème en soi, puisqu’il considère qu’il y a un vrai enjeu d’attractivité des talents qui se pose et que des salaires plus importants permettent d’affronter.

Un des derniers sujets abordés lors des différents échanges, celui du contrôle des investissements étrangers. Un point sur lequel Emmanuel Combe a insisté, considérant qu’aujourd’hui "tout est stratégique " et s’inquiétant du potentiel effet de signal que peut produire une propension du gouvernement à s’emparer du moindre dossier.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article