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Bpifrance / réindustrialisation / Start-ups

Derrière le plateau de la réindustrialisation française, une structure en mouvement / Les start-ups sont un maillon essentiel de la dynamique

Le rapport entre les ouvertures et fermetures de sites industriels en France s'est retrouvé à l’équilibre en 2025, en augmentant des deux côtés. Ceci grâce au dynamisme des start-ups et des entreprises opérant dans des secteurs verts et innovants, tandis que les grands groupes et les filières les plus exposées à la concurrence internationale sont davantage à la peine. Une forme de renouvellement de la structure productive de l’industrie française, qui ne fait pas oublier les efforts à devoir maintenir pour entretenir cette dynamique fragile.
Usine de Verkor dans les Hauts-de-France, décembre 2025. (Photo de François LO PRESTI / AFP)
Usine de Verkor dans les Hauts-de-France, décembre 2025. (Photo de François LO PRESTI / AFP)

La réindustrialisation de la France a-t-elle du plomb dans l’aile ? Sa désindustrialisation, à l’inverse, ne semble en tout cas pas être à l’ordre du jour. « Nous sommes sur un plateau. Mais il faut de plus en plus d’efforts pour y rester et limiter les dégâts du choc chinois », a synthétisé Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, en présentant les résultats de l’Observatoire industriel annuel de la banque publique d’investissement. En 2025, son analyse lui a permis de recenser 245 ouvertures de sites, contre 244 fermetures. À peu de chose près, le solde est donc très légèrement positif. En 2024, il s’affichait à + 63, mais sur de moindres volumes, avec 195 ouvertures et 132 fermetures.

Le résultat peut différer d’autres études sur le sujet, ce qui s’explique par la méthode de comptabilisation utilisée. Bpifrance liste les ouvertures et les fermetures, mais seulement lorsqu’elles sont actées et définitives, ce qui n’est par exemple pas le cas lors d’une reprise d’un site. De même s’agissant des extensions, pour ne pas faire de différence entre un industriel qui aurait du foncier disponible aux abords de son usine, ou un autre qui serait dans l’obligation de porter son choix sur un terrain de l’autre côté de la ville pour répondre à ses besoins. Le tout se traduisant tout de même par la création d’un nouvel outil industriel.

Ce bilan masque plusieurs disparités. Tout d’abord quant aux différences entre les secteurs frappés de plein fouet par la concurrence internationale, ainsi que d’autres, plus innovants et verts, qui n’ont pour l’heure pas encore été totalement rattrapés ou qui en souffrent moins. Les biens de consommation et d’équipements par exemple, payent le tribut de la domination chinoise en la matière. Depuis 2024, le solde d’ouverture de sites ressort négatif à hauteur de - 48. Le constat est le même du côté de la plasturgie et métallurgie non vertes (- 36 sur la période).

 

Mécaniques de compensation

 

À l’inverse, les industries vertes (dont les modèles sont fondés sur la circularité, les matériaux biosourcés, la chimie verte ou la valorisation des déchets) affichent un solde net de + 40 depuis 2024. Les énergies, sous l’effet du développement d’infrastructures de stockage, de gestion ou de production intelligentes, ou encore l’industrie 4.0 et l’électronique, affichent, elles aussi, des performances dynamiques. De quoi venir ainsi compenser, sur le tableau d’ensemble, les difficultés des secteurs souffrant d’une perte de compétitivité – il est vrai, résultant aussi de facteurs tels que les coûts de l’énergie – face à la concurrence étrangère.

Cette stabilité globale révèle aussi des dynamiques contradictoires en fonction de la taille des structures. L’année dernière, les grands groupes ont compté plus de fermetures que d’ouvertures : 59 pour les premières et 42 pour les secondes. Il en va de même pour les PME et ETI, avec 151 fermetures et 128 ouvertures.

Les start-ups, en revanche, sont installées sur une trajectoire ascendante. Au total, elles ont ouvert 2,2 fois plus d’usines qu’elles n’en ont fermées. Elles ont même atteint un record, avec 75 inaugurations de sites l’année dernière. Il reste intéressant de noter que cet ensemble contient un certain nombre d’usines à l’échelle, soit 49 d’entre elles, dont 36 sont d’ailleurs de premiers projets.

Le portrait-robot de ces usines est le suivant : un investissement de 14 millions d’euros, 4 200 mètres carrés de foncier et 50 emplois à temps plein. Les entreprises ont un âge moyen de 7 ans. Certains projets emblématiques de start-ups ont vu le jour l’année dernière, comme l’ouverture de la gigafactory du fabricant de batteries Verkor, dans les Hauts-de-France. Trois extensions d’usines existantes ont sinon répondu à l’appel, ainsi que 23 lignes pilotes ou démonstrateurs. La région Auvergne-Rhône-Alpes et la Bretagne sont les territoires à avoir le plus profité de cette dynamique.

 

Un terrain toujours risqué, qu’il faut encore plus investir

 

Les greentechs, dont l’activité répond à au moins un objectif de la taxonomie, font en tout cas la course en tête : elles représentent 62 % des sites inaugurés par les start-ups industrielles l’année dernière. Les deeptechs, spécialistes des innovations de rupture dont les technologies sont généralement issues de laboratoires de recherche, pèsent de leur côté à hauteur de 39 %.

Forcément, le bilan des start-ups industrielles ne peut pas être tout rose : l’année 2025 a par exemple été marquée par la faillite d’Ynsect, qui était un symbole de la réindustrialisation verte à la française et avait construit une grande usine dans le nord de la France. Ce terrain reste risqué, a rappelé Nicolas Dufourcq, marqué nécessairement d’erreurs, mais aussi de succès. Quoi qu’il en soit, le vivier est solide. Bpifrance a identifié 3 500 start-ups à vocation industrielle à fin 2025, qui génèrent ensemble 6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Avec 203 opérations pour un montant de 3,7 milliards d’euros (contre 2,8 milliards d’euros en 2024, soit une hausse 29 % en un an), elles représentent 43 % des fonds levés par la French Tech en 2025.

En prenant davantage de recul sur les dernières années, la dynamique semble également bien enclenchée. Les 75 ouvertures de sites réalisées par des start-ups en 2025 sont à comparer aux 42 qui avaient été enregistrées en 2022. En y ajoutant les PME et ETI, les inaugurations de sites de ces trois types d’entreprises ont été multipliées par deux sur la période, pour un total de 203 l’an passé. « En lançant notre plan 'Start-ups et PME industrielles' en janvier 2022, avec l’appui de France 2030, nous avions l’objectif de faire ouvrir 100 nouveaux sites industriels par an, en plus, d’ici 2025. Nous l’avons fait », a souligné Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de Bpifrance. « Nous sommes présents dans le financement de 80 % de ces projets », a-t-il ajouté. Reste désormais à penser à la suite, puisque l’enveloppe de France 2030, dont Bpifrance est un opérateur central, sera épuisée à une échéance pas si lointaine. « Il faut absolument lancer France 2040 », a assuré Nicolas Dufourcq, rappelant la nécessité de résoudre la difficulté du manque de contreparties financières privées qui devront, nécessairement, s’y ajouter pour parvenir à ancrer cette dynamique industrielle dans le temps.

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