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Quand les grands décideurs français dissertent sur les vertus du culot / Leurs messages aux entrepreneurs réunis à BIG

Les discours des dirigeants des plus grands groupes français se sont succédé jeudi, lors du grand évènement annuel de la banque publique d’investissement. Cette année placé sous le signe du culot, ce rendez-vous leur a permis de distiller leurs conseils et de partager leur vision en la matière avec les entrepreneurs réunis dans l’auditoire.
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, lors de BIG 2026. Droits réservés
Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, lors de BIG 2026. Droits réservés

Le climat économique et politique actuel a tout pour refroidir les chefs d’entreprise. L’état des finances publiques françaises, les incertitudes entourant le budget pour 2027, la faiblesse de la croissance nationale, les tensions géopolitiques ou la concurrence internationale ont de quoi former un cocktail pour le moins amer pour les entrepreneurs tricolores. Le thème du culot, choisi par Bpifrance cette année pour son grand évènement annuel BIG, apparaissait donc adéquat pour décrire l’état d’esprit dont les chefs d’entreprise se doivent aujourd’hui de faire preuve, pour garder le cap ou pour parvenir à se lancer. « Il y a une gradation dans la culture du risque », a ainsi expliqué le directeur général de la banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq, lors de son discours d’introduction.

D’abord dans le fait d’oser, puis de faire ensuite preuve d’audace. Vient après le courage : « Le courage, c’est le regard des autres. C’est d’une certaine manière la peur que vous leur inspirez, ce sont ceux qui tremblent pour vous. Les gens qui ne prennent pas de risque vous donnent leur potentiel d’audace et cela vous renforce », a-t-il détaillé. « Et puis, il y a le culot », a-t-il poursuivi : « C’est quelque chose qui vous amène à faire le pas que les autres ne font pas ». Un moment dangereux, qui pourra se transformer en accident positif ou négatif, mais que le dirigeant considère comme étant l’inverse du refus d’obstacle. « Dans la société française, trop de gens pensent qu’il n’est pas salutaire de surestimer un peu ses forces. Faites-le, les filets de sécurité existent, chaque jour est un jour de bataille », a-t-il adressé à l’assemblée d'entrepreneurs réunis à l’Accor Arena ce jeudi, parmi un ensemble de 96 000 participants inscrits à l’évènement.

Au fil de la journée, entrepreneurs, dirigeants, économistes, chercheurs, décideurs et personnalités politiques, se sont succédé sur scène pour distiller leur vision du culot, expliquer pourquoi il pouvait être utile, comment en faire bon usage en tant que dirigeant ou de quelle manière il avait guidé leur parcours et leurs choix. Parmi les personnalités présentes, Yannick Assouad, executive vice-president chez Thales, le dirigeant de Getlink Yann Leriche, Louis Chatriot, co-fondateur et dirigeant de la fintech Alma, Julie Huguet, dirigeante de la Mission French Tech, Marie-Ange Debon, présidente-directrice générale du groupe La Poste, Pascal Demurger, directeur général de la MAIF, Bernard Fontana, président-directeur général d’EDF, Anne-Laure Kiechel, présidente fondatrice de Global Sovereign Advisory, le patron de la start-up d’IA AMI Labs Alexandre Lebrun, Elina Berrebi, associée fondatrice de Reveia, ou encore Jean-Louis Constanza, co-fondateur de la deeptech Wandercraft, entre autres. Enfin, en milieu d’après-midi, le président de la République Emmanuel Macron a aussi fait sa dernière intervention lors de l’évènement, soulignant dans son discours les mérites du goût du risque et de l’avenir dont font preuve les entrepreneurs français.

 

Faire entendre son message

 

Il semblerait, effectivement, que le culot apparaisse comme une vertu pour un certain nombre d’entre eux. Xavier Niel, le fondateur de Free, a d’ailleurs égrené quelques anecdotes pour l’illustrer. Pierre-Antoine Capton, président et co-fondateur de sa société de production Mediawan avec Mathieu Pigasse, la dirigeante des écoles d’informatique "42" fondées par l’homme d’affaires, ou encore un entrepreneur auquel il s’est associé : tous se sont illustrés dans ses souvenirs par des "coups de culot", qui l’ont parfois lui-même mis en difficulté ou auraient pu mal tourner. Mais qui l’auront finalement amené à collaborer avec eux par la suite, car ayant marqué son esprit. « Ne soyez pas bateau, trouvez toujours quelque chose pour déclencher les gens que vous avez en face de vous », a-t-il assuré à l’auditoire.

Pour Sébastien Bazin, le président-directeur général d’Accor, le culot doit être l’affaire de tous. De ceux qui veulent ouvrir des portes, mais aussi des décideurs qui se trouvent derrière celles-ci. « Quelqu’un qui est culotté doit se servir de ce culot comme d’un moteur d’ascenseur social. Le culot, c’est le moment où l’on franchit une barrière à laquelle vous n’êtes pas destiné, pour laquelle vous n’êtes pas outillé », a-t-il souligné. Le patron du géant hôtelier français a rappelé que la ligne de crête était fine entre l’envie de se lancer et le risque d’y perdre, de susciter l’admiration ou de « paraître pitoyable ». La barrière la plus tenace, a-t-il estimé, reste celle qui est silencieuse, celle de l’autocensure. Mais pour ceux qui osent et qui toquent aux portes, il reste une condition : « Que la porte ne soit pas verrouillée, que le dirigeant d’entreprise sache que quelqu’un veut la pousser. Il est simple de dire à quelqu’un d’oser, beaucoup plus difficile de contraindre une organisation ou un dirigeant de bâtir les gens autour de lui. […] Le culot va changer de mains, entre le culotté qui veut ouvrir la porte et le dirigeant culotté qui va la laisser ouverte », a relevé Sébastien Bazin.

 

Conduire des transformations, et aller chercher le succès

 

Le culot est aussi une vertu nécessaire pour conduire et accompagner des transformations lorsque l’on est à la tête d’un groupe. Julie Van Ongevalle, la présidente-directrice générale d’Opella, l’a illustré en expliquant qu’il avait été nécessaire pour opérer la scission de l’ancienne activité de santé grand public de Sanofi. Xavier Girre, le directeur général de Suez, a lui aussi indiqué que sa prise de fonction s’était appuyée sur ce moteur, à la fois pour succéder à d’anciens dirigeants de taille, mais aussi pour reprendre les rênes d’une entreprise qui venait de vivre une offre publique d’achat qui en avait contraint sa taille, mais sans en réduire ses compétences ou ambitions, puis d’embarquer les équipes pour ouvrir le chapitre suivant et créer ainsi de la valeur. « Le culot, c’est aussi de rechercher le succès », a-t-il indiqué. « Savoir dire en externe que le prix de l’eau n’est pas le bon en France, que nous vivons sur un héritage du passé, un legs d’infrastructures que nous ont laissé nos parents et nos grands-parents, et que nous transmettrons une dette hydrique aux générations futures si nous ne réagissons pas, demande du culot. Et il faut aussi du culot pour apporter des solutions », a-t-il ajouté.

Patrick Pouyanné a également donné quelques exemples en la matière, comme celui de négociations menées entre son groupe et l’administration Trump, ou d’être sorti des règles du marché en plafonnant les prix de l’essence et du diesel en France, au regard de leur flambée : « Sortir des règles du jeu, c’est aussi faire preuve de culot. Mais il y a encore une fois, finalement, la même idée : j’aurais peut-être eu le regret de ne pas avoir pris ce risque ». Autre exemple, celui d’avoir décidé d’ouvrir la major pétrolière et gazière qu’il dirige, pourtant confortablement installée sur ses marchés, à une stratégie multi-énergies en 2020, afin de se diversifier dans l’électricité. « Cinq ans après, nous construisons un électricien, et ce n’est pas gagné que de diversifier une entreprise. Il faut y croire. Le culot n’est pas individuel, c’est un sport collectif. Le leader doit raisonner avec son cerveau, oser avec son estomac, mais doit avoir du cœur pour embarquer les équipes. C’est là que le culot exprime sa pleine force », a souligné le président-directeur général de TotalEnergies.

Un point de vue partagé par Antonio Filosa, le directeur général de Stellantis. En retraçant le culot dont avait fait preuve le père fondateur de la 2CV, Pierre-Jules Boulanger, pour imaginer et sortir le désormais emblématique modèle de Citroën, il a par la suite fait le parallèle avec la sortie prévue en 2028 d’une 2CV électrique, à prix abordable, fabriquée en Europe. « Dans notre industrie, cela relève du culot », a-t-il assuré. « Ma responsabilité, en tant que dirigeant de Stellantis, ce n’est pas d’avoir toutes les idées, comme l’avait fait Pierre-Jules Boulanger. Mais de donner à mes collaborateurs un cadre adéquat, où ils peuvent arriver à des idées puis les proposer, de créer un environnement où le culot est une valeur partagée. Le culot, ce n’est pas que d’être dépourvu de peur, c’est une attitude où l’on accueille ses idées, où l’on travaille collectivement et où l’on fait tout avec la détermination et l’engagement pour que cela arrive », a-t-il indiqué.

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