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Nicolas Dufourcq / industrie / Bpifrance / audition / Assemblée Nationale / Commission des affaires économiques

Nicolas Dufourcq détaille les trois chapitres du plan industriel de Bpifrance pour les prochaines années / Adapter sa stratégie à un corps d'entreprises mouvant

Start-ups, PME innovantes, grands groupes : la banque publique d’investissement a prévu de consacrer 35 milliards d’euros, entre 2026 et 2030, à ces trois catégories d’entreprises industrielles dans le cadre de son dernier plan stratégique. Des priorités et un champ d’action pensés pour s’articuler aux évolutions d’une industrie en mouvement, a expliqué le directeur général de Bpifrance, entendu par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. Ce qui inclut aussi de savoir faire face aux échecs de certaines de ses composantes et d’adapter son intervention au cas par cas.
Nicolas Dufourcq, commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le 17/12. Crédits : Assemblée nationale
Nicolas Dufourcq, commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale le 17/12. Crédits : Assemblée nationale

Trente-cinq milliards d’euros, sur les quatre prochaines années : voici la feuille de route que Bpifrance s’est fixée, au travers de son plan stratégique à l’horizon 2030, pour soutenir l’industrie française. Entendu par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale mercredi, le directeur général de la banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq, a rappelé : "L’industrie est un monde schumpeterien qui se renouvelle constamment. Il y a des entreprises et des usines qui ferment et ouvrent, des sites connaissant une transition et qui sont repris. Quand on compare notre portefeuille industriel de 2025 à celui de 2013, il n’est pas du tout le même. L’industrie française a déjà, et beaucoup, changé. Ce qui va continuer. Il faut s’habituer à cette nouvelle dynamique, il y a quelque chose d’extrêmement plastique dans l’industrie. La définition d’une industrie stable et définitive dans la durée, c’est un imaginaire qui ne correspond pas à la réalité. Elle bouge tout le temps".

Pour articuler son action à ces mouvements, Bpifrance a donc ajusté le tir au cours de ces dernières années. Et entend la décliner au travers de trois chapitres pour celles à venir. Il y a celui des start-ups industrielles, tout d’abord, grâce au plan éponyme lancé en janvier 2023 chez l’un des ambassadeurs du secteur : la pépite de logistique robotique Exotec. Un corps mouvant et dynamique, a souligné le patron de la banque, comme en témoignent les nouvelles usines que peuvent créer ces jeunes pousses (elles étaient en croissance de 15 % sur un an à la fin du premier semestre).

Ce qui ne masque pas certains échecs également, sur ce terrain particulièrement risqué. Ynsect, qui avait été érigé en symbole de la réindustrialisation verte à la française, a par exemple été placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d’Evry au début du mois de décembre. Cette entreprise, Bpifrance la connaît bien, puisqu’elle faisait partie de ses investisseurs. "Parfois, ça ne marche pas", a reconnu Nicolas Dufourcq. "Il y a une autre entreprise spécialiste des alimentations à base d’insectes qui poursuit sa course : Innovafeed. Nous sommes aussi actionnaire. L’industrie est un long chemin, un chemin de risques, que nos anciens ont connu dans les années 1960 ou 1930. Tout ne marchait pas non plus du premier coup", a-t-il indiqué.

Deuxième chapitre : les PME industrielles innovantes, souvent caractérisées par un changement de génération à leur tête et qui se lancent dans une diversification technologique. Le plan relatif à ces entreprises a été lancé plus récemment, en 2024. "Jusqu’ici, nous financions l’innovation au travers des start-ups, des start-ups industrielles ou encore des grandes entreprises au titre de France 2030. Mais nous avions un peu laissé dans l’ombre le renouvellement culturel et plastique de la PME familiale qui se réinvente", a estimé Nicolas Dufourcq, citant par exemple le Groupe Gorgé - spécialisé dans les technologies de pointe dans les domaines de la robotique autonome, de la navigation, de l’aérospatial et de la photonique – comme exemple de ce type de sociétés. "De petits Groupe Gorgé, il y en a beaucoup. Nous leur proposons des aides à l’innovation, nous les aidons à financer leurs acquisitions, puis ils procèdent souvent à des investissements dans des projets d’extension. C’est plus ou moins facile, mais nous les accompagnons", a précisé le directeur général de Bpifrance.

 

Utiliser la boîte à outils à bon escient

 

Enfin, les grands groupes dont les programmes industriels peuvent être épaulés par France 2030 ou par l’aide européenne "Important Projects of Common European Interest" (IPCEI) quand ils relèvent de priorités européennes. Stellantis, Soitec, STMicroelectronics, ou Verallia ne sont que quelques exemples de ce type, parmi d’autres, des participations et entreprises accompagnées par la banque.

Si Bpifrance est donc bien organisée pour financer les entreprises du secteur, elle n’entend pas non plus faire feu de tout bois. Nicolas Dufourcq a en effet été questionné par les députés sur le sujet du groupe industriel Brandt, fabricant de gros électroménagers, dont la mise en liquidation judiciaire été prononcée par le tribunal des activités économiques de Nanterre, à la mi-décembre.

L’entreprise emploie quelque 700 collaborateurs. Un dossier de reprise pouvait potentiellement être vecteur d’espoir : celui d’un projet de société coopérative et participative (SCOP) porté par les salariés, qui avait d’ailleurs reçu l’appui de collectivités locales, tandis que le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin avait indiqué que l’État y apporterait aussi son soutien. Il n'a finalement pas été retenu par le tribunal. "Comment expliquez-vous que les banques n’aient pas suivi sur Brandt, alors que toutes les collectivités territoriales s’étaient mises d’accord et quel rôle Bpifrance pourrait jouer, de manière plus réactive, pour assurer la continuité de financement des entreprises et éviter des ruptures brutales d’activité ou des destructions d’emplois ? Quand vous y allez, les banques commerciales suivent en général plus facilement", a interrogé le député du groupe Les Démocrates, Pascal Lecamp (Vienne).

Tout d’abord, a expliqué Nicolas Dufourcq, Bpifrance a été sollicitée seulement deux semaines avant le jugement du tribunal. Après la cessation de paiements de l’entreprise au début du mois de novembre, un premier plan de reprise avait été initié, mais a finalement été abandonné. "À partir de là, l’entreprise a improvisé un projet de SCOP, mais en 10 jours, et c’est seulement à ce moment que Bpifrance a été appelée. […] Monter une SCOP en 15 jours c’est impossible. Il a fallu des mois pour monter celle de Duralex, une société qui avait bénéficié de quantité d’aides publiques auparavant, notamment les nôtres. Nous avons fait une réunion, où nous avons expliqué la vérité des choses : monter une SCOP très vite est difficile, le dossier n’est pas facile et la possibilité pour Bpifrance de venir en garantie de crédit bancaire n’est pas là, puisque Brandt n’est pas une PME. C’est une grosse ETI. Or la garantie de la Bpi, et c’est comme cela que ça a été construit, est une garantie de PME européennes. Les 10 milliards d’euros de garanties que nous faisons chaque année, ce ne sont que des PME. Et investir du capital en quelques jours alors qu’on ne connaît pas l’entreprise, ce n’est pas possible. On aurait pu faire du prêt direct également, mais pas pour une entreprise en redressement. Les conditions d’intervention de Bpifrance n’étaient pas réunies", a-t-il détaillé.

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