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La victoire de Trump renforce l'incertitude économique mondiale

Le programme du nouveau Président américain sur l'immigration, le commerce ou encore la coopération internationale représente une menace pour l'économie aussi bien outre-Atlantique que mondiale. A moins que son pragmatisme de business man ne le conduise à s'entourer de vétérans du Grand Old Party, dont l'expérience politique pourrait l'aider à assouplir son point de vue.
Donald Trump
Donald Trump

C'est donc Donald Trump qui l'a finalement emporté face à la candidate démocrate, après 20 mois de campagne à couteaux tirés, où la bataille a surtout porté sur la personnalité et l'ego des candidats, plus que sur leur programme réel. Si le nouveau Président devra encore détailler ses mesures politique et économique quand il succédera à Barack Obama en janvier prochain, son comportement et ses prises de position pendant la campagne ont tout de même permis de se faire une bonne idée de la direction que pourrait prendre le pays dans les quatre prochaines années.

Principal objectif de l'ancien business man, ébranler l'ordre mondial et rétablir la grandeur des Etats-Unis, faisant fi de certains traités internationaux majeurs et rétablissant le protectionnisme commercial, afin de défendre les entreprises de son pays. "Pour mesurer l'impact économique de la victoire de Donald Trump, il convient de garder à l'esprit trois éléments", expliquent ainsi les équipes d'Allianz Global Investors. Tout d'abord, s'il confirme ses positions radicales sur le commerce, l'immigration et la coopération internationale, l'économie mondiale devrait être ébranlée, estime AGI. Rappelons que dans son "programme en 7 points pour reconstruire l'économie américaine en combattant le libre échange", le nouveau Président souhaite notamment revenir sur le partenariat trans-pacifique signé en février 2016 entre les régions Amérique et Pacifique et sur l'accord de libre échange Nord américain avec le Canada (ALENA). Il entend par ailleurs considérer la Chine comme un pays "manipulateur de devises". "Si Donald Trump parvient à contraindre la Chine de cesser d'intervenir sur sa monnaie, le yuan serait dévalué", explique ainsi Derek Halpenny, directeur Europe chez MUFG Securities. "Cela aurait un impact immédiat sur le dollar en Asie et sur une grande partie des devises de la région, qui seraient également dévaluées", poursuit l'expert. L'augmentation des tarifs douaniers pourrait par ailleurs entraîner une guerre commerciale sans merci. La Chine, qui possède environ 1200 milliards de dollars de dette américaine, pourrait décider de se débarrasser d'une partie des titres américains en représailles, entraînant une forte hausse du rendement des Treasuries.

"Avec ses propositions de réforme de l'impôt sur les sociétés et de dépenses liées aux infrastructures, la présidence de Trump pourrait aussi relancer l'économie américaine", poursuivent les experts de Global Allianz Investors. Le nouveau Président a ainsi annoncé qu'il mettrait en place un abattement fiscal pour les entreprises américaines qui rapatrieraient une partie de leurs profits étrangers sur le territoire (tax holiday) : selon les estimations du magazine britannique Money, les multinationales américaines conservent ainsi plus de 2500 milliards de dollars de leurs bénéfices réalisés à l'étranger en dehors du territoire, afin d'éviter d'être imposées. L'impôt américain sur les sociétés, situé à 35% est l'un des plus élevés au monde et encourage en effet ce genre de pratiques : la tax holiday de Trump (qui serait de 10% au lieu des 35% de vigueur), permettrait donc de rapatrier une partie de cette manne dans le pays. Apple détiendrait ainsi 214 milliards de dollars de profits à l'étranger, 108 milliards pour Microsoft ou encore 45 milliards pour Google, selon les estimations de Citigroup. Ces entreprises pourraient utiliser leur cash sur le territoire pour verser des dividendes supplémentaires, augmenter leurs investissements ou encore rembourser une partie de leur dette, expliquait ainsi Tobias Levkovich stratégiste actions chez Citigroup dans une note publiée cet été. Le nouveau Président a également prévu d'abaisser l'impôt sur les sociétés de 35% à 15% pour le reste des entreprises du pays.

"Les mesures budgétaires de Donald Trump pourraient lourdement accroître la dette publique provoquant à long terme des difficultés économiques, voire une hausse de l'inflation et des taux d'intérêt", terminent les équipes de Global Allianz Investors. Selon les calculs de Urban-Brookings Tax Policy Center, les réductions fiscales annoncées par Trump devraient coûter 6200 milliards de dollars au pays sur les dix prochaines années. Sachant que Donald Trump a prévu dans le même temps un programme de dépenses publiques dans les infrastructures de plus 550 milliards de dollars sur cinq ans (deux fois supérieur aux objectifs de son ancienne rivale) et d'au moins 450 milliards de prêts garantis...

Quid de l'impact de la victoire de Trump en Europe ? Au delà du climat d'incertitude que comportent les résultats du vote et qui devraient entraîner beaucoup de volatilité sur les marchés dans les prochains mois, l'élection de Trump pourrait de façon ironique être finalement assez bénéfique aux entreprises du Vieux Continent. Celles-ci pourraient en effet apparaître comme des valeurs refuge rassurantes pour les investisseurs par rapport aux sociétés américaines. Les entreprises européennes réalisant une grande partie de leurs revenus en dollars US pourraient en revanche chuter. 

D'un point de vue politique, il convient enfin de rappeler que les Républicains du Congrès sont divisés quant au programme de Donald Trump et pourraient donc tempérer certaines de ses mesures les plus controversées. Tel est l'avis de Florian Ielpo, chef de la recherche chez Unigestion : "le camp républicain n'est pas uni sur le programme de Trump et il y a donc de grandes chances pour que ses idées les plus radicales soient rejetées au Congrès", explique-t-il dans une note. Par ailleurs, l'imprévisibilité du Président et son manque d'expérience politique pourraient le conduire à s'entourer de Républicains chevronnés qui l'aideront à assouplir ses réformes. "Notre principal espoir est fondé sur le pragmatisme de Donald Trump, sa capacité à s'adapter et son manque général d'allégeance politique", conclut de son côté Stefan Kreuzkamp, Chief Investment Officer chez Deustche AM. Ce qui pourrait permettre aux vétérans républicains d'influencer son programme dans le bon sens...

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