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Wall Street découvre le prix politique de l’IA / Le Nasdaq dévisse de 5,5 %
Mercredi, Wall Street saluait le retour d’un contre-pouvoir à Washington. Jeudi, elle a découvert ce que cette nouvelle donne pourrait coûter à l’intelligence artificielle. Le Nasdaq Composite a chuté de 5,52 %, à 24 315 points, sa plus lourde perte depuis avril 2025, et le Nasdaq 100 a cédé 6,4 %, du jamais vu depuis mars 2020. Le S&P 500 a reculé de 4,36 % et le Dow Jones de 3,44 %, effaçant en une séance le rebond qui avait suivi la victoire démocrate aux élections de mi-mandat. Quelque 2 500 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés sur le seul Nasdaq, désormais entré en correction, à plus de 10 % sous son record du 6 octobre.
Le scrutin ne s’est pas joué qu’au Congrès. Dans une quarantaine de communes, les électeurs se prononçaient aussi sur l’implantation de centres de données, et ils ont presque partout voté pour les interdire ou les encadrer. Très gourmands en électricité et en capitaux, ces chantiers sont devenus un sujet politique avec la flambée des factures, et des élus démocrates réclament désormais une pause dans les nouveaux projets. Un encadrement plus strict compliquerait l’obtention des autorisations et ralentirait la construction des infrastructures. Rien n’est acquis à Washington, où le nouveau Congrès ne siégera qu’en janvier face à un président qui conserve son droit de veto, rappelle Christophe Herpet, directeur des gestions d’Ofi Invest Asset Management, la société de gestion d’actifs du groupe mutualiste Aéma.
C’est sur les semi-conducteurs, cœur industriel de l’IA, que les ventes ont été les plus violentes. L’indice SOX de Philadelphie a plongé de plus de 12 %, AMD et Micron de plus de 17 %, Nvidia de plus de 9 %. Le choc politique a surtout réveillé un doute plus ancien. Les investisseurs « commencent en effet à remettre en question les prévisions de bénéfices qui justifiaient jusqu’ici les valorisations particulièrement élevées des entreprises exposées à l’IA », observe John Plassard, de Cité Gestion. L’IA continue de porter l’investissement et la croissance aux États-Unis, mais trop de capital risque d’y être engagé en pariant sur une demande et une rentabilité futures « qui pourraient finalement décevoir », souligne Ombretta Signori, directrice de la recherche macroéconomique et stratégie d’Ofi Invest AM.
La révolution technologique n’est pas remise en cause pour autant, et « il s’agit davantage, à ce stade, d’une rotation et d’une différenciation entre entreprises que d’une remise en cause générale des marchés actions », estime Christophe Herpet. La séance de jeudi brouille pourtant cette lecture, puisque les onze secteurs du S&P 500 ont terminé dans le rouge. « La rotation initiale vers les secteurs défensifs s’est progressivement transformée en une liquidation beaucoup plus générale des actions », constate John Plassard. Les Treasuries ont, eux, servi de refuge, le rendement à dix ans revenant à 4,84 %. Plus inquiétant encore à ses yeux, « les valeurs les plus pénalisées ne parviennent plus à rebondir après leurs fortes corrections, signe que les acheteurs deviennent particulièrement prudents ».
La vague a traversé le Pacifique. Vendredi, le Nikkei a chuté de 5,96 %, à 57 435 points, et le Kospi sud-coréen de 6 %. En Europe, le Stoxx 600 reculait de 1,2 % un peu après 11 heures, tandis que le CAC 40 cédait 1,4 %.
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