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Bureau Veritas / Hinda Gharbi / IA
Bureau Veritas transforme le défi de l’IA en moteur de croissance / Le groupe en attend un milliard d'euros en 2030
Là où une partie du marché redoute que l'intelligence artificielle ne vienne grignoter les métiers de l'inspection et de la certification, Bureau Veritas y voit au contraire un gisement d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2030. « L'IA accroît la pertinence de Bureau Veritas. Elle élargit le marché que nous servons déjà, et elle nous donne de nouvelles manières d'apporter de la confiance plus vite, de façon plus continue et à grande échelle », a affirmé Hinda Gharbi, directrice générale du groupe, lors du Capital Markets Day organisé ce mardi 22 septembre à Paris. À mi-parcours de son plan LEAP | 28, lancé en 2024, le groupe confirme l'ensemble de ses ambitions pour 2028 et relève sa prévision de croissance totale : le chiffre d'affaires est désormais attendu en hausse à deux chiffres en 2027 et 2028, à taux de change constants. Les investisseurs ont bien accueilli cette feuille de route : mardi après-midi, l'action gagnait 3,5 % à 28,10 euros.
L’IA élargit le terrain de jeu
Le milliard d'euros visé repose d'abord sur les nouveaux actifs physiques que l'IA fait sortir de terre. Les centres de données et les usines de semi-conducteurs génèrent des besoins croissants en inspection, mise en service et contrôle qualité. Renforcé par l'acquisition de LotusWorks, spécialiste des semi-conducteurs, Bureau Veritas vise 800 millions d'euros de revenus dans ces actifs dits critiques en 2030, contre environ 300 millions aujourd'hui. Les 200 millions restants doivent provenir de l'assurance numérique, qui réunit la cybersécurité et la certification des systèmes d'IA, contre 70 millions d'euros de revenus aujourd'hui. Sur ce second volet, le M&A sera nécessaire pour atteindre l'objectif. « Nous devons vraiment acquérir certaines compétences en assurance de l'IA », reconnaît Hinda Gharbi, en précisant que les cibles seront de petites structures.
Les clients pressent le mouvement
Reste à écarter à terme le risque que les gains de productivité permis par l'IA ne finissent par peser sur les prix. « La plupart du temps, nous ne vendons pas des heures-hommes ou des jours-hommes d'audit. Nous vendons une opinion. Le client paie donc pour l'opinion. Il ne paie pas pour le volume de travail », fait valoir François Chabas, directeur financier. Hinda Gharbi dit observer, au contraire, une demande croissante des clients pour que Bureau Veritas adopte rapidement l'IA afin d'améliorer leur propre performance. « Pouvez-vous adopter l'IA aussi vite que possible pour nous aider dans notre performance, et passer essentiellement du statut d'acteur important mais un peu contraignant à celui d'acteur critique et de levier de performance ? C'est une conversation complètement différente pour quelqu'un dans notre secteur », résume-t-elle.
Ces gains de productivité ne se traduisent pas encore pleinement dans l'objectif de marge. Bureau Veritas maintient une amélioration de sa marge opérationnelle ajustée pouvant aller jusqu'à 180 points de base entre 2023 et 2028. Les programmes de performance doivent déjà générer 110 points de base à fin 2026 sur les 180 points visés, la moitié des gains devant être réinvestie dans ces programmes et dans la croissance. Pour accélérer cette transformation, le groupe entend notamment s'appuyer sur les 8,8 pétaoctets de données accumulées au fil des décennies et sur ses 64 000 experts techniques, afin de mieux combiner expertise humaine et outils d'IA. Mais le déploiement restera progressif : l'intégration complète de l'IA ne concernera que des activités représentant 30 % du chiffre d'affaires en 2028, puis 60 % en 2030. « Il est un peu tôt aujourd'hui pour prendre pleinement en compte l'impact de l'IA dans nos processus », justifie Hinda Gharbi, qui ajoute : « nous n'hésitons pas à dire qu'au-delà de LEAP 28, nous voyons un potentiel de hausse ».
Le M&A pour passer un cap
Au-delà de l’IA, c’est plus largement sur une contribution accrue des acquisitions que reposera le relèvement de la croissance totale, l’objectif de croissance organique restant fixé à un rythme moyen à élevé à un chiffre. Le groupe a fait tourner 21 % de son portefeuille depuis 2024 et estime avoir bouclé l'essentiel de ses cessions. Au total, 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires ont ainsi été acquis, cédés ou destinés à sortir du périmètre depuis le lancement de LEAP | 28. La dernière cession, celle de ses activités pétrole, pétrochimie et charbon, doit être finalisée au premier trimestre 2027. Bureau Veritas a acquis plus de 400 millions d'euros de chiffre d'affaires à travers plus de 20 opérations, et vise au moins 400 millions d'euros supplémentaires d'ici à 2028. Pour y parvenir, il combinera petites acquisitions ciblées et opérations de taille moyenne. Cette accélération s'accompagne d'un resserrement de la fourchette de levier, entre 1,5 et 2 fois la dette nette sur Ebitda, contre 1 à 2 fois auparavant. « La discipline et l'accélération ne sont pas en conflit », assure François Chabas, qui s'engage à maintenir le retour sur capitaux employés au-dessus de 20 %, contre près de 25 % en 2025.
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