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Crédit Agricole S.A. / Monte dei Paschi di Siena / MPS / Banco BPM / Intesa Sanpaolo
Crédit Agricole gagne du poids dans le grand mercato bancaire italien / Tous les chemins mènent à Montrouge
En Italie, les projets de fusion bancaire ne meurent jamais, ils changent simplement de sens. Vendredi 31 juillet, le conseil d’administration de la banque milanaise Banco BPM a acté à l’unanimité la fin des discussions engagées le 7 juin en vue d’une fusion entre égaux avec Monte dei Paschi di Siena (MPS). Tout en réaffirmant la solidité de la logique stratégique et industrielle du projet, le conseil a constaté que « les conditions pour parvenir à un accord partagé par les parties n'[avaient] pas été réunies à ce jour ».
La veille, en présentant les résultats semestriels de Crédit Agricole, premier actionnaire de Banco BPM, le patron de la banque verte avait indiqué ne pas avoir « été approché par l’une ou l’autre des parties » et surtout jugé qu'« à ce stade, il est très difficile de voir comment une combinaison entre MPS et Banco BPM peut être créatrice de valeur pour les actionnaires de Banco BPM ». Selon le Financial Times, c’est cette intervention qui aurait précipité l’abandon des pourparlers.
MPS inverse les rôles
Dès dimanche, pourtant, le projet repartait dans l’autre sens. Le Financial Times révélait que Luigi Lovaglio, le directeur général de MPS, étudiait désormais une prise de contrôle de Banco BPM, une opération qu’il défend de longue date, et envisageait d’approcher directement Crédit Agricole. Deux mois plus tôt, c’était pourtant Banco BPM qui avait proposé à MPS de bâtir un deuxième pôle bancaire national.
Le schéma à l’étude prendrait la forme d’une fusion négociée par échange d’actions, dans laquelle la banque française apporterait au nouvel ensemble sa participation de près de 30 %. Aucun contact n’avait toutefois été noué ce week-end, et rien ne se fera si la direction française refuse d’entrer en discussion. MPS dispose néanmoins de plusieurs leviers potentiels : un excédent de capital que les analystes de Deutsche Bank chiffraient à 3 milliards d’euros ou, dans certains scénarios, la monétisation de sa participation dans Generali, valorisée 9 milliards d’euros.
Le chemin de Luigi Lovaglio reste néanmoins semé d’embûches, entre un conseil divisé, l’opposition de son premier actionnaire Francesco Gaetano Caltagirone et la règle de passivité italienne, qui impose un vote en assemblée extraordinaire tant que l’offre d’Intesa est pendante. « Une majorité des deux tiers serait requise en assemblée générale extraordinaire », soulignent les analystes de Deutsche Bank, qui jugeaient déterminant le soutien de Delfin et Caltagirone chez MPS, comme celui de Crédit Agricole chez Banco BPM.
Carlo Messina maintient la pression
Intesa Sanpaolo, elle, ne change pas de cap. « Notre offre sur Monte dei Paschi est parfaitement sur les rails », a assuré Carlo Messina mercredi dernier, lors de la présentation des résultats semestriels du groupe, marqués par un bénéfice net de 5,6 milliards d’euros et un objectif annuel relevé au-delà de 10 milliards. Le patron de la première banque italienne fait même des dissensions au sein du conseil de MPS un argument en faveur de son offre. Intesa permettrait selon lui de « créer une situation normale dans la gouvernance de l’entreprise ». Quant à un éventuel relèvement de son offre, la réponse était sans appel : « Il y a zéro possibilité que nous augmentions notre prix pour Monte dei Paschi », déclarait-il alors.
L’option Crédit Agricole Italia
Au milieu de ce jeu à trois bandes, Crédit Agricole tient la position centrale. Montée de 20,1 % à 29,3 % du capital de Banco BPM depuis le début de l’année, avec quatre sièges au conseil, la banque française a verrouillé son statut. « Nous analyserons tout projet solide au regard de son intérêt stratégique, de son risque d’exécution et de sa capacité à créer de la valeur sur le long terme pour l’ensemble des actionnaires de Banco BPM », a déclaré Olivier Gavalda jeudi 30 juillet, lors de la présentation des résultats semestriels de Crédit Agricole. « Rien ne peut se faire sans nous. Rien ne peut se faire contre nous », a renchéri Clotilde L’Angevin, directrice générale adjointe de Crédit Agricole S.A. en charge du pôle Finances et Pilotage, au cours de cette même présentation. L’Italie, deuxième marché domestique du groupe, pèse désormais 20 % de son résultat net, et la maison ne cache pas où va sa préférence : « L’un des scénarios privilégiés pour nous serait une fusion entre Banco BPM et Crédit Agricole Italia, parce qu’elle générerait de la valeur pour nous et nous permettrait aussi de renforcer notre dispositif en Italie », a-t-elle expliqué. MPS, qui publie ses résultats semestriels cette semaine, sait en tout cas que tout nouveau projet autour de Banco BPM devra passer par Montrouge.
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