Entreprises / Actions / Crédit Agricole S.A.
Entreprises / Actions
Crédit Agricole S.A.
Crédit Agricole solide, sans convaincre / Le marché s’arrête sur le capital et l’équilibre des revenus
La déception était visible jeudi dans la réaction des marchés après la publication des résultats du premier trimestre 2026 de Crédit Agricole, l'action de la banque verte chutant de plus de 5%, à 16,3 euros. Sur le papier pourtant, les chiffres peuvent sembler solides. Crédit Agricole S.A., l’entité cotée, affiche près de 7 milliards d'euros de revenus, en hausse de 0,9 %, tandis que son résultat net part du groupe progresse de 1,8 % à 1,7 milliard d'euros, porté par un résultat brut d'exploitation en hausse de 2,4 %. Le groupe mutualiste dans son ensemble, qui comprend notamment les Caisses régionales, atteint pour sa part un cap symbolique avec 10 milliards d'euros de revenus au premier trimestre et affiche un bénéfice net de 2,1 milliards, en progression de 5,5 %.
Mais, dans le détail, la publication a aussi laissé apparaître quelques éléments en deçà des attentes. Crédit Agricole S.A. a livré des « résultats décevants, tant sur le plan opérationnel que du point de vue du capital », notent ainsi les analystes de Keefe, Bruyette & Woods. Les revenus de l’entité cotée ressortent ainsi « 1 % sous le consensus, pénalisés par les Services financiers spécialisés, la gestion de l’épargne et les grandes clientèles », poursuit le bureau d’études, tandis que l’écart d’environ 2 % sur le résultat brut d’exploitation pourrait, selon ces analystes, se traduire par « près de 1 % de révisions en baisse » des estimations.
Les Grandes Clientèles pénalisées par le dollar
Le cœur du débat porte sur la qualité du mix. Dans le pôle Grandes Clientèles, les revenus de la BFI fléchissent de 4 % à 1,812 milliard d'euros. La direction invoque d’abord le change, car la baisse du dollar a coûté cher. « Hors cet effet là, on est au niveau du meilleur trimestre qu'on avait l'année dernière », a expliqué Clotilde L’Angevin, la directrice financière.
En sous-jacent, la banque d’investissement reste bien orientée. La banque met en avant « une excellente performance » portée par les structurés actions, les fusions acquisitions et les émissions d’actions. En revanche, les activités de marché sur les taux, changes et crédit ont souffert du ralentissement du primaire, tandis que la banque de financement fait face à « un certain attentisme de la part des entreprises ».
Les services financiers spécialisés ont aussi traversé un trimestre plus contrasté. « Il y a beaucoup d’incertitudes sur le marché automobile actuellement », a reconnu la directrice financière, citant la hausse des stocks de véhicules d’occasion, qui pèse sur les activités de mobilité et de remarketing.
À l’inverse, les métiers domestiques ont joué leur rôle d’amortisseur. Dans les Caisses régionales, la marge nette d’intérêt bondit de 34,3 % grâce à la baisse du coût de la ressource. Chez LCL, « la marge nette d'intérêt de LCL augmente aussi très fortement de 13 % ». La production de crédit habitat progresse de 6 % en France, malgré un marché jugé très concurrentiel.
L’assurance et la gestion d’actifs restent également de puissants relais. Le chiffre d’affaires des assurances atteint un record de 17 milliards d’euros (+14,5 %), tandis qu’Amundi signe 32 milliards de collecte nette. « C'est un quasi record », a souligné Olivier Gavalda.
Banco BPM pèse sur le ratio de capital
Le capital figure parmi les points les plus scrutés de cette publication. Le ratio CET1 de CASA, principal indicateur de solidité financière mesurant le niveau de capital de la banque face aux risques qu’elle porte, recule de 40 points de base sur le trimestre à 11,4 %, contre 11,8 % attendu par le consensus selon KBW, qui évoque une déception « notable » sur ce point. La hausse des actifs pondérés des risques a pesé, dont 6,8 milliards d'euros provenant de la seule banque d'investissement, mais le renforcement de la participation dans Banco BPM, portée à 22,9 % du capital, explique aussi une partie du mouvement en absorbant 14 points de base de CET1. Clotilde L'Angevin l'assume : le groupe « a augmenté ce trimestre notre participation dans Banco BPM de 20,1 % à 22,9 % profitant d'une amélioration des conditions de marché. » Un choix qui reflète une conviction stratégique sur l’actif italien, mais qui pèse mécaniquement sur le ratio à court terme.
Des provisions renforcées face au contexte géopolitique
Face au contexte dégradé depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient début mars, la banque a par ailleurs renforcé ses provisions de précaution. Sur les 547 millions de coût du risque de CASA, en hausse de 32 % sur un an mais en recul par rapport au quatrième trimestre 2025, les trois quarts de la progression proviennent de dotations sur des crédits classés en stades S1 et S2, c’est-à-dire encore sains ou simplement placés sous surveillance, avant tout défaut avéré. « On provisionne en avance par rapport à des scénarios macroéconomiques qu'on estime dégradés », a précisé Olivier Gavalda lors de la conférence de presse. Le risque avéré reste très contenu à 405 millions d'euros, quasiment stable sur un an. La pondération du scénario adverse a été relevée de 10 points de pourcentage, générant un impact global d'environ 110 millions d'euros au niveau du groupe.
Pour le reste de 2026, le groupe avance sur plusieurs fronts simultanément. Le lancement de la plateforme d'épargne CA Savings en Allemagne, intervenu mi-avril, matérialise l'ambition de développement en Europe. L'acquisition de Bank Lviv en Ukraine, petite opération symboliquement chargée, prépare le groupe à participer à la reconstruction du pays. Banco BPM reste un dossier ouvert. Et en France, la marge nette d'intérêt des Caisses régionales, en hausse de 34 % sur le trimestre grâce à la normalisation du coût de la ressource, confirme que le rebond structurel de la rentabilité de la banque de détail domestique est bien enclenché.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

