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Banco BPM et Crédit Agricole Italia, une fenêtre qui s’ouvre / Le golden power restera l’arbitre du dossier
Dans le grand chantier de consolidation bancaire italien, un scénario ancien reprend depuis peu des couleurs : celui d’un rapprochement entre Banco BPM et Crédit Agricole Italia, la filiale transalpine de la banque verte, qui gagne de plus en plus en consistance. Selon Reuters, des discussions préliminaires ont eu lieu ces dernières semaines avec le gouvernement italien, afin d’examiner les conditions d’une telle opération. Crédit Agricole, qui a déjà porté sa participation au capital de BPM à plus de 20 % grâce à des contrats dérivés, aurait donné des gages sur le maintien du financement des PME – cœur de clientèle de la banque lombarde – et sur la protection de l’épargne domestique, notamment via la société de gestion Anima.
Ce n’est pas la première fois que l’idée surgit. Dès 2021, un projet de rapprochement entre les deux banques avait été évoqué, avant de buter sur des questions de gouvernance et sur l’incertitude liée à la pandémie.
L’Italie en quête de son troisième pôle bancaire
La consolidation bancaire reste une priorité affichée de l’exécutif italien. Depuis plusieurs années, Rome cherche à remodeler un secteur fragmenté, en favorisant l’émergence d’un "troisième pôle" capable de rivaliser avec Intesa Sanpaolo et UniCredit. L’idée première des autorités était de rapprocher Banco BPM de Monte dei Paschi di Siena (MPS), sauvée de la faillite en 2017 et progressivement reprivatisée. Mais la donne a changé depuis que MPS a pris le contrôle de Mediobanca via une offre publique d’achat de 16 milliards d’euros, scellant une alliance lourde à digérer. "On imagine mal MPS mener simultanément deux rapprochements d’envergure", notent les analystes d’Octo Finances.
Le contexte joue en faveur d’une relance du scénario Crédit Agricole. Monte dei Paschi, occupée par l’intégration de Mediobanca, n’a plus la capacité de mener un second rapprochement d’ampleur. De son côté, UniCredit a renoncé cet été à son offensive sur Banco BPM, découragée par les incertitudes juridiques liées au golden power, le dispositif qui permet à Rome de bloquer ou de conditionner une opération touchant des actifs jugés stratégiques, et par la résistance de la direction de la banque lombarde.
La banque française n’a jamais caché ses ambitions en Italie, où elle a multiplié les acquisitions ciblées au fil des ans. Son ancrage s’est encore renforcé au printemps 2022 avec le franchissement du seuil de 9,2 % du capital de Banco BPM, puis la montée à plus de 20 % en 2025, visant à marquer son territoire face à l’offensive hostile d’UniCredit.
BPM ouvert à un rapprochement
De son côté, la direction de Banco BPM ne cache plus que ce rapprochement est une option sérieusement envisagée. Giuseppe Castagna, directeur général de Banco BPM, l’a confirmé en septembre dans une interview accordée à CNBC : "Une fusion avec Crédit Agricole Italia est de toute évidence une opportunité, la plus claire que nous ayons". L’argument des synergies est avancé de longue date : les deux groupes collaborent déjà via des accords de distribution en crédit à la consommation et en assurance, avec des partenariats verrouillés pour plusieurs décennies. Une intégration plus poussée renforcerait mécaniquement ces positions.
La véritable inconnue réside dans l’architecture qu’adopterait un tel rapprochement. Selon la presse locale, plusieurs scénarios circulent : une prise de participation croisée de Banco BPM dans Crédit Agricole Italia, financée par la cession de ses 39 % dans Agos - leur joint-venture de crédit à la consommation - et peut-être d’une partie de sa participation dans Anima. Une équation complexe, car si Crédit Agricole obtenait un contrôle effectif sur Anima via ses positions directes et indirectes, l’intervention du golden power serait quasi automatique. L’ombrelle réglementaire italienne plane sur tout montage impliquant l’épargne nationale.
Rome ne ferme pas la porte
Du côté de Rome, la position se veut mesurée. Giancarlo Giorgetti, ministre de l’Économie, a affirmé n’avoir "aucune objection politique" à un mariage entre BPM et la filiale du Crédit Agricole. Mais il a rappelé que les règles s’appliqueraient "comme dans les cas précédents", citant explicitement le golden power. Une manière d’indiquer que Rome n’entend pas céder sur ses prérogatives, même si elle ne ferme pas la porte à un acteur étranger.
Avec MPS désormais absorbée par Mediobanca et UniCredit hors-jeu, le gouvernement italien pourrait se montrer pragmatique. Il n’a pas forcément intérêt à bloquer une opération Crédit Agricole – BPM. Et ce qui est sûr, c’est que "le timing est intéressant pour Crédit Agricole", insistent les experts d’Octo Finances, rappelant qu’un montage avec une participation minoritaire mais significative pourrait constituer un compromis acceptable.
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