WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Banco BPM / Crédit Agricole

Entreprises / Actions
Banco BPM / Crédit Agricole

Banco BPM verrouille Anima pour contrer Unicredit / Crédit Agricole avance ses pions avec prudence dans la bataille italienne

Pris entre son rôle d’actionnaire influent de Banco BPM et ses intérêts dans la gestion d’actifs via Amundi, Crédit Agricole reste silencieux face à l’offensive d’Unicredit. Un choix tactique révélateur des priorités stratégiques du groupe français en Italie.
Le logo de la banque italienne Banco BPM cotée au MIB de Milan - Photo by Alexander Pohl / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Le logo de la banque italienne Banco BPM cotée au MIB de Milan - Photo by Alexander Pohl / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Alors que Crédit Agricole a récemment obtenu le feu vert pour monter à près de 20 % au capital de Banco BPM, la banque italienne a, de son côté, franchi un seuil stratégique dans le dossier Anima. À l’issue de la période d’acceptation de son offre publique, elle a porté sa participation à près de 90 % (89,949 %) dans la société de gestion transalpine, a-t-elle annoncé vendredi. Un niveau bien supérieur au seuil de 66,67 % qu’elle s’était fixé pour considérer l’opération comme un succès, même si elle reste en deçà des 95 % nécessaires à un retrait obligatoire.

Ce résultat, qui devrait être officialisé le 10 avril lors de la publication des résultats définitifs de l’offre, s’inscrit dans un contexte de grandes manœuvres bancaires dans la péninsule. Banco BPM, troisième banque italienne, fait elle-même l’objet d’une tentative de rachat de 14 milliards d’euros par Unicredit, numéro deux du secteur, qui prévoit de lancer son offre le 28 avril. Mais Banco BPM continue de résister, fidèle à sa volonté affirmée de préserver son indépendance et de poursuivre sa stratégie autonome de développement – comme en témoigne justement sa montée au capital d’Anima, poids lourd de la gestion d’actifs avec plus de 190 milliards d’euros d’encours. Avec cette opération, Banco BPM vise à intégrer la gestion d’actifs en interne, à l’image d’Intesa Sanpaolo avec Eurizon ou de Crédit Agricole avec Amundi.

 

Des intérêts multiples

 

La banque française, justement, au milieu de ce champ de bataille, s’attache à choisir ses priorités. Théoriquement, elle pourrait soutenir l’offensive d’Unicredit, afin notamment de préserver l’accord de distribution de la deuxième banque italienne avec Amundi. Mais elle s’y refuse, au grand dam du groupe milanais, qui n’a d’ailleurs pas hésité à faire part publiquement de son irritation face à ce qu’il considère comme un manque de soutien de la part d’un partenaire stratégique.

Il faut dire que les intérêts du groupe tricolore en Italie sont multiples. Actif dans la banque de détail, présent dans l’assurance et la gestion d’actifs à travers plusieurs filiales, Crédit Agricole est donc aussi l’actionnaire majoritaire d’Amundi, le gestionnaire d’actifs européen numéro un, très implanté dans la péninsule. De prime abord, stricto sensu, un Banco BPM renforcé avec Anima ne devrait pas être favorable aux intérêts de Crédit Agricole dans la gestion d’actifs.

Bien que de taille nettement inférieure à Amundi, Anima a pour atout d’être une société de gestion solidement ancrée dans le paysage local, historiquement liée à Banco BPM, mais aussi à Poste Italiane, ainsi qu'à Monte dei Paschi di Siena, et Credito Valtellinese. Un rapprochement plus étroit avec Banco BPM pourrait resserrer les liens commerciaux et ainsi réduire la place d’Amundi parmi les partenaires privilégiés.

 

De deux maux...

 

Paradoxalement, ce scénario est probablement moins menaçant aux yeux de Crédit Agricole qu’un rachat pur et simple de Banco BPM par Unicredit. Une telle fusion donnerait naissance à un géant bancaire d’envergure, capable de verrouiller la distribution de produits financiers sur l’ensemble du territoire. Et surtout, Unicredit pourrait choisir de renforcer d'autres alliances existantes ou de développer sa propre offre de gestion, au détriment d’Amundi.

Dans cette équation à plusieurs inconnues, Crédit Agricole semble donc avoir tranché : mieux vaut un Banco BPM autonome – fût-il renforcé par Anima - qu’un Banco BPM absorbé par un concurrent redoutable. Quitte à accepter une perte d’influence ponctuelle, la banque verte préfère contenir l’ascension d’un concurrent systémique.

Une ligne stratégique qui pourrait susciter des questions lors de la prochaine assemblée générale du groupe, prévue le 14 mai. D’autant que cette réunion se tiendra dans un contexte particulier, marqué par le passage de témoin attendu entre Philippe Brassac et Olivier Gavalda à la tête du groupe. Une occasion, peut-être, d’éclaircir les contours d’une politique internationale aussi ambitieuse que complexe.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article