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Crédit Agricole / Olivier Gavalda
Crédit Agricole : les taux portent les marges, pour l'instant / La banque se prépare à une conjoncture moins favorable
La remontée des taux d’intérêt fait aujourd’hui les beaux jours du Crédit Agricole. Mais elle pourrait bien finir par lui présenter l’addition. Le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi la semaine dernière la barre des 5 %, une première depuis 2002. De quoi susciter des interrogations sur les conséquences de cette envolée pour la banque, jeudi soir, lors de la présentation de ses résultats trimestriels. Ses dirigeants ont distingué plusieurs risques. Si les effets directs sur le bilan restent limités et que le groupe s’est prémuni contre une hausse immédiate de ses coûts de refinancement, le principal danger se situe ailleurs. « Le vrai impact pour nous, et celui-là on ne pourra pas se prévenir contre ses effets, c’est l’impact d’un ralentissement économique dans notre principal pays de présence qui est la France », a expliqué Jérôme Grivet, directeur général délégué, la hausse des taux souverains risquant de renchérir le crédit aux entreprises et aux ménages. « Et donc moins de revenus pour la banque », a complété le directeur général, Olivier Gavalda.
Un record bâti sur le stock
Un scénario qui contraste avec la vigueur des résultats publiés vendredi. Au troisième trimestre, Crédit Agricole SA, l’entité cotée, a vu ses revenus progresser de 7,5 %, à un niveau record de 7,1 milliards d’euros, tandis que ses charges n’augmentaient que de 2,4 %. Cet écart favorable entre la croissance des revenus et celle des coûts a permis au résultat brut d’exploitation de bondir de 14,6 %. Son bénéfice net a ainsi progressé de 11 % hors éléments exceptionnels, à près de 2 milliards d’euros. Cette performance doit beaucoup au redressement des marges de la banque de détail française. Chez LCL, la marge nette d’intérêt a bondi de 18 % hors Milleis, grâce notamment à la revalorisation progressive des crédits et à la baisse du coût des ressources. « L’activité bancaire, c’est une activité de stock », a rappelé Olivier Gavalda. Autrement dit, les revenus de la banque reflètent en partie les conditions auxquelles les crédits ont été accordés au fil des années, bien plus que la conjoncture du moment.
La progression est toutefois encore plus spectaculaire à l’échelle de l’ensemble du groupe Crédit Agricole, qui comprend les caisses régionales. Ces dernières ont vu leur marge d’intermédiation s’envoler de 41 %, portant leur contribution au bénéfice du groupe à 1,7 fois son niveau d’un an plus tôt. Chez Crédit Agricole SA, d’autres métiers participent également à la croissance. Les revenus de la banque de financement et d’investissement progressent d’environ 10 %, notamment grâce aux activités de marché, qui profitent elles aussi de la hausse des taux. L’assurance et la gestion d’actifs apportent d’autres relais : Crédit Agricole Assurances affiche un chiffre d’affaires trimestriel de 12,4 milliards d’euros, en hausse de 5,6 %, tandis que les revenus de la gestion d’actifs progressent de 11,6 % chez Amundi.
Moins d’élan sur le crédit
Mais cette embellie pourrait ne pas durer. « Prudence pour la suite : la hausse des taux d’intérêt peut finir par peser sur la marge nette d’intérêt. », avertit Clotilde L’Angevin, directrice générale adjointe chargée des finances. Le ralentissement se manifeste déjà dans la distribution de crédits. La production de crédits immobiliers a reculé de 4 % dans les réseaux français du Crédit Agricole, et même de 13 % chez LCL. Si les financements accordés aux entreprises progressent encore, les projets d’investissement commencent à ralentir en France comme en Europe, selon Olivier Gavalda. « Il y a fort à parier que les demandes de crédit seront beaucoup moins nombreuses, avec peut-être une augmentation des risques », prévient le directeur général.
Une gestion de précaution
Crédit Agricole SA n’a pas attendu que ces risques se matérialisent pour prendre ses précautions. Son coût du risque a augmenté de 19,6 %, à 585 millions d’euros, sans que cette progression traduise une aggravation équivalente des défauts constatés. Le coût du risque avéré est resté stable, tandis que la banque a renforcé ses provisions de précaution, avec une dotation de 97 millions d’euros sur ses encours sains, contre une reprise de 19 millions un an plus tôt. Cette politique prudente s’accompagne d’une gestion anticipée du refinancement. Le programme d’émissions de l’ensemble du groupe Crédit Agricole a déjà dépassé de 29 % son objectif annuel, lui permettant de limiter pour l’heure l’impact de la remontée des taux sur ses coûts de financement. À fin septembre, ses réserves de liquidité atteignaient 491 milliards d’euros. Le ratio de solvabilité de Crédit Agricole SA s’établissait pour sa part à 11,2 %, contre 17,3 % pour l’ensemble du groupe mutualiste.
Entre résultats solides et inquiétudes sur la conjoncture, le marché n'affichait guère d'enthousiasme : vendredi en début de séance, l'action Crédit Agricole reculait de 2,39 %, à 14,93 euros.
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