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Crédit Agricole entre dans l’ère industrielle de l’IA / 500 millions d’euros pour passer à l’échelle
Après deux années d’expérimentations tous azimuts, le Crédit Agricole estime que l’intelligence artificielle est entrée dans une nouvelle phase. Le groupe bancaire a dévoilé mercredi un plan d’investissement de près de 500 millions d’euros sur trois ans destiné à accélérer le déploiement de l’IA dans l’ensemble de ses métiers. Au cœur du dispositif figure une nouvelle « Entreprise IA » chargée de mutualiser les infrastructures, les capacités de calcul et les compétences jugées nécessaires à la généralisation des usages au sein du groupe.
La société doit être opérationnelle dès septembre et livrer ses premiers actifs avant la fin de l’année. « On est en départ lancé », a assuré Olivier Gavalda, directeur général de Crédit Agricole S.A. Une accélération qui doit permettre au groupe de concrétiser l’ambition technologique affichée dans son plan stratégique ACT 2028.
Le calendrier n’a pas été choisi au hasard. Le Crédit Agricole observe une progression rapide de sa consommation de « tokens », ces unités de calcul utilisées par les grands modèles de langage et qui servent généralement de base à leur facturation. « À ce stade, la consommation de tokens reste raisonnable à l’échelle de nos budgets technologiques, mais sa croissance est très rapide. C’est donc le bon moment pour mettre en place cette structure », explique Olivier Biton, directeur de la transformation technologique de Crédit Agricole S.A.
Mutualiser sans centraliser
Derrière ce projet se dessinent trois préoccupations majeures : la performance, l’autonomie stratégique et la durabilité. Les gains de productivité attendus sont jugés certains à terme, même si leur ampleur reste encore difficile à quantifier. Le Crédit Agricole veut également éviter une dépendance excessive à quelques fournisseurs technologiques et contribuer à l’émergence d’un écosystème européen crédible. Il entend aussi rester vigilant sur l’empreinte énergétique d’une technologie particulièrement gourmande en capacités de calcul.
L'exercice n'allait pas de soi dans une maison qui fait de sa décentralisation une force, chaque entité disposant de sa propre direction informatique. "Nous avons rapidement constaté qu'il nous fallait un point de coordination central, y compris dans les discussions avec les fournisseurs", reconnaît le directeur général. Le groupe se défend pourtant de toute dérive centralisatrice : les métiers et les entités conserveront leurs propres initiatives, l'"Entreprise IA" se limitant à concentrer les investissements les plus lourds et les capacités communes.
"Ce n'est pas un projet de centralisation, c'est un projet industriel au service des entités du Groupe et de leurs équipes IA locales", insiste Olivier Biton, qui y voit "la seule option crédible pour combiner un déploiement à l'échelle de l'IA et une réelle maîtrise de nos dépendances technologiques". La structure exploitera ainsi pour leur compte les plateformes, infrastructures et services d’intelligence artificielle mutualisés.
Mistral, Anthropic et les autres
L’actionnariat épousera cette organisation : les sept ou huit plus grandes entités de Crédit Agricole S.A. et les caisses régionales détiendront le capital, dont la répartition reste à finaliser. Les effectifs viseront une première tranche d’environ 150 personnes, à parts égales entre mobilités internes, recrutements et experts apportés par les partenaires. Pas question, en revanche, de bâtir ses propres grands modèles de langage. « Construire nos propres grands modèles de langage serait illusoire », tranche Olivier Gavalda, qui mise sur leur customisation pour les besoins du groupe.
Ces partenaires, le groupe commence justement à les nommer. « Nous sommes en discussion et en collaboration active avec Mistral », a indiqué Olivier Biton. Le Crédit Agricole entend soutenir les acteurs européens sans s’interdire les technologies américaines, à l’image d’Anthropic, avec lequel il travaille notamment sur les enjeux de cybersécurité. Le dirigeant a d’ailleurs révélé que le groupe était « en train d’entrer dans le cercle Glasswing », le programme restreint lancé par Anthropic autour de son modèle de cybersécurité Claude Mythos, sans toutefois donner davantage de précisions.
La création de valeur comme boussole
L'« Entreprise IA » n’a pas vocation à devenir un centre de profits autonome. « Ce n’est pas piloté comme un actif qui doit générer, à proprement parler, de la rentabilité intrinsèque », résume Olivier Biton. La structure est conçue comme un outil de mutualisation destiné à diffuser les capacités d’IA dans l’ensemble du groupe plutôt qu’à dégager des profits pour elle-même. Les dirigeants assument ainsi plusieurs années d’investissements avant amortissement, la création de valeur devant d’abord se matérialiser dans les métiers utilisateurs.
L’ambition est d’ailleurs d’aller bien au-delà de l’assistance bureautique ou des outils conversationnels aujourd’hui largement répandus. Selon Olivier Biton, environ 70 % des collaborateurs utilisent déjà des outils intégrant de l’IA, mais « la question, c’est la valeur créée. C’est cela que nous voulons mesurer, pas simplement la consommation de tokens », souligne le directeur de la transformation technologique. Les dirigeants évoquent déjà des centaines de cas d’usage en production ou en test. Certains concernent la relation client, d’autres le développement informatique, la cybersécurité ou encore la refonte de processus de conformité tels que les dispositifs KYC. « Nous testons déjà des dispositifs susceptibles d’accélérer fortement nos capacités de production, le développement de nouvelles offres et la création de nouveaux parcours clients », a indiqué Olivier Gavalda.
Productivité et emploi, l’équation ouverte
Reste la question sociale, abordée avec prudence. Le groupe refuse pour l’heure de faire de l’IA un outil de réduction des effectifs. « Il n’est pas question de réduire nos embauches à ce stade-là », a insisté Olivier Gavalda, qui juge également prématurée toute évaluation chiffrée des conséquences sur l’emploi. Le dirigeant met au contraire en avant la complémentarité entre intelligence artificielle et expertise humaine, particulièrement dans un métier fondé sur la confiance et la relation client.
C’est précisément l’objet du programme AI For All, déployé avec les partenaires sociaux. Celui-ci doit accompagner la diffusion de l’intelligence artificielle à travers des expérimentations à grande échelle, une évaluation systématique de la valeur créée et un travail sur les compétences de demain. « Ce n’est pas l’IA qui réalisera cette transformation à elle seule. Nous avons besoin de nos collaborateurs pour la mener à bien », a résumé Olivier Gavalda.
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