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Macro-économie / Taux / importations / France / décarbonation

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Ces émissions importées qui plombent la décarbonation hexagonale / A contre-courant de la dynamique sur le sol national

Impossible de faire comme si de rien n’était. Alors même que la France se veut en pointe sur les sujets liés au changement climatique, le compte ne serait pas bon sur les émissions importées à en croire Rexecode. Dont les équipes estiment que la tendance actuelle les projette, en 2050, à un niveau près de deux fois supérieur à la cible de la stratégie nationale bas carbone.
Port du Havre. Photo par ALAIN JOCARD / AFP
Port du Havre. Photo par ALAIN JOCARD / AFP

Des efforts réduits à néant ou presque. Voici le danger que font peser les émissions importées pour l’empreinte carbone de la France. Au Centre de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Rexecode), on fait valoir qu’une fois cette « boîte noire » ouverte, on constate qu’elles en représentent un peu plus de la moitié, là où ce n’était que 45 % en 2010. Une proportion qualifiée comme étant une des plus élevées parmi les pays développés. La tendance est donc loin de s’améliorer, alors même que des solutions seraient disponibles.

Plusieurs membres de Rexecode se sont penchés sur la question, ils considèrent que c’est avant tout la « réindustrialisation sélective [qui] est le levier le plus direct dont dispose la France pour maîtriser son empreinte climatique ». Une série de couples produits-pays est identifiée par leurs soins, comme étant ceux dont le retour de la production sur le sol national France présenterait le gain climatique le plus conséquent.

 

Paradoxe

 

Cette proposition vise à mettre fin à un paradoxe qui fait que « l’empreinte carbone de la France, qui rend compte de l’impact climatique réel du pays, recule près de deux fois moins vite que les émissions territoriales depuis 1990 ». La relation avec la Chine est une illustration de ces relations alambiquées, le pays concentre à lui seul près de 13 % des « émissions importées françaises et fournit même à la France l’essentiel des biens nécessaires à sa transition énergétique ». L’importation de ces derniers suffit à annuler près de 60 % de la baisse des émissions françaises.

Un phénomène qui explique largement qu’entre 2010 et 2023, « les émissions importées ont reculé de seulement 7,5 % (24 MtCO2e) en France ». Cette baisse contenue est expliquée tant par des effets de volume, de structure et d’ordre technique. Le plus inquiétant est que les deux facteurs à l’œuvre derrière cette baisse soient d’une part un « effet technique dépendant de décisions prises à l’étranger » et d’autre part un « effet de structure reflétant des choix d’approvisionnement en partie contraints ». Les turbulences récentes telles que la crise énergétique de 2022 en sont une illustration.

 

Nerf de la guerre

 

Ce qui est d’autant plus regrettable que le mix énergétique tricolore permet à l’Hexagone de produire avec une intensité carbone bien moins forte que l’essentiel de ses partenaires commerciaux. Une différence notable qui va à rebours du désavantage dont dispose la France, notamment en termes de coût du travail. C’est à ce titre qu’une estimation entre l’écart des « émissions importées et celles qu’émettrait la France pour satisfaire la même demande » a été effectuée pour les trois couples produits-pays pour lesquels « la production en France présenterait le gain climatique mondial le plus élevé ». Il s’agit des équipements électriques importés de Chine, lesquels « représentent 6 milliards d’euros d’importations et 5,95 millions de tonnes de CO2e de gain climatique mondial », accompagnés du textile importé de Chine – pour 8,5 milliards d’euros et quelque 5,2 millions de tonnes CO2e de gain – ainsi que de la chimie importée de l’UE hors Allemagne – cette fois pour près de 21 milliards d’euros d’importations et 4,4 millions de tonnes de CO2e.

Les deux économistes ayant produit ce rapport expliquent qu’il y a plusieurs leviers à activer pour diminuer l’empreinte de la France. En premier lieu, il faudrait construire un « tableau de bord des émissions importées croisant famille de produits et provenance géographique », de quoi permettre par la suite d’adapter les instruments existants. Les auteurs en soulignent d’ailleurs les limites, étant donné que ce sont près de « 94 % de nos émissions importées [qui] sont en dehors du champ du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières ». La dernière mesure suggérée se trouve être une priorisation des dispositifs de réindustrialisation à destination des secteurs offrant les meilleurs gains climatiques et économiques.

 

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