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Macro-économie / Taux / France / décarbonation

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France / décarbonation

La France demeure en retard sur l’innovation en faveur de la décarbonation / Les efforts accomplis demandent à être poursuivis

L’écart était tel qu’il était illusoire d’espérer que la France le comble en quelques années, la Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation souligne également que les autres pays ne restent pas les bras croisés. Les sommes consacrées annuellement à la recherche et développement (R & D) environnementale - entre 5 et 5,7 milliards d’euros par an - constituent près de 10 % de la dépense intérieure de R & D dans l’Hexagone. Cela n’empêche pas le poids de la France dans les dépôts de brevets de technologies bas carbone de décliner - uniquement 4 % du total mondial désormais - sous l’effet de la concurrence exacerbée provenant de la Corée du Sud et de la Chine.
Photo par DAMIEN MEYER / AFP
Photo par DAMIEN MEYER / AFP

Une singularité qui n’empêche pas l’Hexagone d’accuser le coup. La Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation a beau souligner - dans sa note d’étape sur la place de la France au sein de la dynamique mondiale de l’innovation « bas carbone » - que Paris dispose pour l’heure d’une « position comparativement forte pour l’effort de R & D en matière d’énergie décarbonée, en grande partie du fait du nucléaire » cela ne suffit pas à faire disparaître les manques tricolores. Les équipes de l’institution animée par le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan constatent tout particulièrement un retrait notable dans des domaines en forte croissance mondiale, à l’instar des technologies propres associées aux batteries ou encore dans les technologies d’information et de communication.

De quoi poser deux dilemmes majeurs aux décideurs français. D’une part, il leur faudrait « arbitrer entre le déploiement immédiat de technologies existantes et l’investissement dans la conception et le développement d’innovations de rupture » et ainsi tâcher de concilier le « soutien aux solutions nationales et recours aux technologies étrangères les plus performantes en termes de coûts d’abattement ». Les auteurs soulignent la difficulté pour les 2 900 startups greentech que compte l’Hexagone à s’affirmer ; quand bien même elles rivalisent sur l’angle des dépôts de brevets, elles souffrent d’un « financement externe - en particulier via le capital-risque - [qui] reste insuffisant comparé à celui observé aux États-Unis, limitant la capacité des jeunes entreprises en France comme au niveau de l’ensemble de l’UE à se développer à grande échelle ».

 

Persévérer

 

L’urgence semble donc de mise et alors que la France court après le temps, la Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation ne semble pas avoir fini de mesurer l’ampleur du problème. Elle annonce effectivement avoir entamé, cette année, des travaux complémentaires visant notamment à permettre une comparaison internationale des politiques d’innovation et à obtenir une cartographie des dispositifs français de soutien à la décarbonation. Cependant tout n’est pas à jeter dans les années récentes, l’analyse de la période allant de 2015 à 2022 montre que pendant que « les crédits budgétaires de R & D pour l’environnement ont augmenté significativement dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE », cela a également été le cas en France avec une hausse de 26 %, annoncée comme étant dans la moyenne.

D’autres pays se distinguent cependant davantage, avec une croissance qui « a été très forte aux États-Unis (plus de 50 %), en Corée du Sud, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie ». Ce qui explique que la part de l’Hexagone dans les dépôts de brevets de technologies bas carbone ait plus que diminué par rapport aux années 1980 - pour ne plus peser que 4 % du total mondial à date. L’arbre qui cache la forêt étant la spécialisation tricolore dans le domaine des technologies à bas carbone, avec une « part mondiale dans ces brevets [qui] y dépasse sa part tous domaines technologiques confondus ».

 

Exception Française

 

Une des spécificités de la France est le poids écrasant du secteur public, avec une part des institutions publiques dans les dépôts de brevets cleantech de l’ordre de 21 %. Les auteurs expliquent notamment que pas moins de « trois organismes publics de recherche se situent parmi les dix principaux déposants français de brevets pour les technologies de décarbonation, sur la période 2010-2021 : le CEA, le CNRS et l’Ifpen30 ». Plus frappant encore, dans un sous-domaine tel que l’hydrogène à bas carbone ces derniers sont parmi les cinq plus gros déposants français.

Bien que l’idée d’un essor du secteur privé ne soit pas abandonnée, les conclusions de la Commission se veulent réalistes et arguent que « compte tenu de sa position contrastée, la France devrait se focaliser sur ses domaines d’excellence, plutôt que se fixer des objectifs déraisonnables visant un rattrapage hors de portée, lorsque notre pays est trop nettement surclassé sur le plan technologique ».

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