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La France court après sa valeur ajoutée manufacturière / Les niveaux pré-covid n’ont toujours pas été rattrapés
L’exception française n’existe pas dans le secteur manufacturier. Il semble bien que le mal soit largement partagé dans les différentes économies avancées et ce depuis 2020. Un constat partagé par Mélanie Couëffé, économiste à la Direction de la Conjoncture et des Prévisions Macroéconomiques au sein de la Banque de France, laquelle explique que « la valeur ajoutée manufacturière demeure atone dans la plupart des grandes économies de la zone euro » depuis cet épisode ». Ce serait de l’autre côté des Pyrénées qu’il faudrait se tourner pour trouver un pays qui tire son épingle du jeu, l’Espagne arrivant à maintenir une croissance de sa valeur ajoutée manufacturière pour l’heure.
Là où Madrid bénéficierait de son positionnement axé sur les industries électriques et informatiques, les autres pays, dont la France, ne peuvent pas en dire autant. Un des symboles des difficultés tricolores en la matière est à trouver dans la branche fabrication de matériels de transports, cette dernière étant celle qui enregistre la plus grande perte de valeur ajoutée rapportée à sa tendance pré-Covid – près de 19 %. Mélanie Couëffé explique que les différents « indices de production industrielle sectoriels permettent de décomposer l’écart. Cet écart de 19 % provient d’abord de l’automobile (pour 11,7 pp), puis des autres matériels de transport (construction aéronautique et spatiale, navires, matériel ferroviaire, cycles et motocycles, pour 6,7 pp) –. » L’industrie automobile apparaît particulièrement en difficulté. Ce segment, qui représentait 34 % de la valeur ajoutée de la branche en 2023, se situerait 29 % au-dessous de sa tendance d’avant-crise Covid.
Pérenne
Les difficultés proviennent essentiellement de la demande en berne dans l’automobile auxquelles s’ajoutent celles provenant de « l’offre dans la construction aéronautique. » Pour ne rien arranger, l’économiste argue que dernièrement « la baisse de la demande découle surtout du contexte de forte inflation, avec une hausse du prix des voitures, du carburant et du coût du crédit, et provient aussi des mutations technologiques du secteur (développement de l’électrification des véhicules), qui suscitent par ailleurs un attentisme des ménages ». La situation semble s’améliorer concernant l’aéronautique, le bulletin de la Banque de France expliquant que les freins conjoncturels se sont en grande partie levés dans le secteur et que des nouvelles lignes de production sont entrées en service.
Un des facteurs d’inquiétude partagée par Mélanie Couëffé est à trouver dans l’emploi manufacturier, dont la progression plus importante que celle de la valeur ajoutée témoignerait d’une baisse de la productivité ces dernières années. Le calcul effectué est le suivant : l’emploi ayant progressé de près de « 2,3 % entre 2019 et 2025. La valeur ajoutée manufacturière ayant augmenté de 1,1 % sur la même période, la productivité apparente du travail (rapport entre la valeur ajoutée produite et le nombre de personnes employées) a diminué d’environ 1 % ». Une correction serait en train de se produire, l’économiste expliquant que cette perte de productivité peut se rattacher à un comportement de « 'rétention de main-d’œuvre' des entreprises, qui auraient pu choisir de conserver leurs salariés les plus qualifiés, en considérant que les difficultés rencontrées (baisse de la demande pendant la crise sanitaire, problèmes d’approvisionnement à partir de 2022) ne seraient que temporaires. »
Dépêtrer
La mauvaise dynamique tricolore s’explique également par une valeur ajoutée agroalimentaire qui ne repart toujours pas à la hausse - inférieure de près de 15 % à sa tendance pré-Covid. Le léger rebond constaté en 2024 n’ayant pas changé la donne significativement, l’économiste de la Banque de France explique la tournure des évènements par un « repli de l’activité dans l’industrie agroalimentaire [qui] a débuté dès 2022, en conséquence de la forte inflation alimentaire générée par la guerre en Ukraine et, par suite, du recul sans précédent de la consommation. »
Le phénomène est perceptible à la fois en s’intéressant aux quantités produites et consommées mais également via la qualité des produits plébiscités par les consommateurs. Ceux d’entrée de gamme ayant pris de plus en plus de place dans les caddies des ménages français. Ce à quoi il faut ajouter le fait que le secteur a connu « des difficultés accrues d’approvisionnement sur cette même période, mais apparemment résorbées depuis. Selon l’Insee, au premier trimestre 2026, elles affectaient 16 % des entreprises, contre près de 40 % en 2022 ».
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