Macro-économie / Taux / AIE / pétrole / France / cours
Macro-économie / Taux
AIE / pétrole / France / cours
Une libération des stocks stratégiques qui se décline au niveau hexagonal / Une mesure dont l’efficacité est limitée dans le temps
La France a trois mois de répit. Les stocks stratégiques de l’Hexagone représentent plus de 90 jours d’importations nettes à en croire Bercy, parmi lequel quelque 14,5 millions de barils commencent à être libérés. Sur un total collectif de 400 millions de barils, ce qui équivaut à près de 20 jours d’exportations journalières d’or noir transitant par le détroit d’Ormuz. Un volume loin d’être négligeable tout ne suffisant pas à compenser les barils qui sont bloqués au Moyen-Orient, John Evans, analyste chez PVM, expliquant à ce sujet que bien que « le calendrier de la libération ne soit pas établi, mais on présume qu’il s’étendra sur une période de 90 jours. Cela équivaut à environ 4,5 millions de barils par jour, alors que le goulot d’étranglement d’Ormuz prive le monde d’environ 10 millions de barils par jour ».
Il souligne également ce matin que les contrats à terme pour le Brent ont franchi à nouveau la barre des 100 dollars, là où du côté de Bercy on se réjouissait – mercredi soir - que « grâce à la mobilisation du G7, le Brent est passé d’un pic de 119 dollars lundi matin à 99 dollars après nos premières annonces, pour se stabiliser autour de 94 dollars et s’établir désormais autour des 90 dollars, prouvant l’efficacité immédiate de notre stratégie de stocks face à la spéculation ».
Avenir
Dans l’immédiat les stocks libérés vont être « remis sur le marché aux conditions de marché, selon les mécanismes habituels de commercialisation », indique-t-on à Bercy. Ceci sera associé à l’engagement des distributeurs « à répercuter au plus tôt la baisse des cours du baril et à diminuer immédiatement les prix des carburants au bénéfice des consommateurs ». Les distributeurs vont en effet procéder à des plafonnements de prix pour les uns et à des baisses significatives pour d’autres, l’objectif étant que la baisse des cours bénéficie aux consommateurs. Seule une action concertée avait des chances de produire des effets étant donné qu’elle est la seule à pouvoir mobiliser le volume nécessaire pour influencer les marchés.
Au vu de l’incertitude sur la durée des perturbations dans le détroit d’Ormuz, on se cantonne du côté de Bercy à expliquer que la durée de libération des stocks « dépend de la nature de la crise et des volumes libérés ». Logiquement, il faudra attendre la fin de la crise pour pouvoir à nouveau reconstituer petit à petit ces précieuses réserves, ce qui n’était pas un problème ces derniers mois car l’abondante offre de pétrole deviendra rapidement une équation insoluble tant que les barils ne pourront pas quitter librement le golfe persique.
Fausse route
Le choix des membres de l’Agence internationale de l’énergie ne suscite cependant pas l’approbation de tous les observateurs, loin de là. À l’instar de John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, lequel se montre critique et estime qu’il s’agit d’une « mauvaise idée » à plus d’un titre. Il juge notamment qu’une « libération agressive de réserves stratégiques ne compenserait donc qu’une fraction limitée du déficit potentiel » et explique également que les quelque 182 millions de barils libérés suite à l’invasion de l’Ukraine n’avaient jugulé la hausse de prix que le temps de quelques semaines.
Se projetant plus loin dans le temps, l’analyste explique que « les marchés savent parfaitement que ces barils (mis sur le marché actuellement, ndlr) devront être rachetés dans les années suivantes pour reconstituer les réserves, ce qui limite l’effet durable sur les prix » de leur libération. Il martèle que l’action entreprise actuellement « peut calmer les marchés quelques séances, mais cela ne remplace jamais l’équilibre fondamental entre l’offre mondiale et la demande ».
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

