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AIE / pétrole / stocks
L'Agence internationale de l'énergie tente de juguler la flambée des cours du pétrole / Le plus grand déblocage de réserves stratégiques de l’histoire a été acté
« Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le marché pétrolier sont d’une ampleur sans précédent ». Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), n’a fait aucun mystère des raisons ayant poussé les membres de son institution à mettre à disposition du marché 400 millions de barils de pétrole. Un or noir provenant des réserves stratégiques constituées depuis de longues années, lesquelles sont à date supérieures à 1,2 milliard de barils, auxquels il faut ajouter près de 600 millions de barils de stocks industriels détenus en vertu d’obligations gouvernementales.
Le dirigeant de l’AIE est revenu sur ce choix collectif effectué, expliquant que « les marchés pétroliers étant mondiaux, la réponse aux perturbations majeures doit l’être également » et que la sécurité énergétique figurait parmi les missions fondatrices de l’institution. Ce n’est de fait pas la première fois qu’est décidé un déblocage coordonné des stocks, cinq actions de ce type ayant été effectuées depuis la création de l’AIE – en 1974 – la dernière en date remontant à 2022.
Goutte à goutte
La situation actuelle du trafic du pétrolier dans le détroit d’Ormuz a également été détaillée. Aujourd’hui, il représente moins de 10 % de son niveau pré-conflit. Avant l’escalade au Moyen-Orient, c’était près de 25 % du commerce mondial de pétrole qui transitait par ce goulet d’étranglement et devant les faibles alternatives à cette route un grand nombre de producteurs locaux ont déjà dû interrompre ou réduire grandement leur production. Cela rendra d’autant plus long un retour à la normale. Dans l’immédiat les stocks débloqués devraient être mis à la disposition du marché selon « un délai adapté à la situation nationale de chaque pays membre » et pourront être complétés par des mesures d’urgence supplémentaires propres à certains pays.
Une bouffée d’air frais qui ne change pas fondamentalement la situation sur le plan structurel. Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, expliquait en ce début de semaine qu’un recours à ces réserves d’or noir allait « atténuer la pression et contribuer à calmer la flambée des prix de l’énergie, il ne s’agit pas d’une solution à long terme » pour autant selon l’économiste. Ole Hansen, Head of Commodity Strategy chez Saxo Banque, ne croit pas non plus de son côté à une situation qui perdure expliquant que « le Brent reste coincé entre deux scénarios : une nouvelle perturbation de l’offre faisant dépasser les prix 100 dollars, ou une désescalade crédible qui ramène les prix vers 80 dollars ».
Nœud gordien
Le spécialiste des matières premières a également insisté sur le cœur du problème, lequel est non pas constitué uniquement du retrait des barils circulant jusqu’à présent par le détroit d’Ormuz mais également du fait qu’une « grande part de la capacité de production excédentaire mondiale se trouve dans le golfe Persique ». Une prolongation des affrontements au Moyen-Orient signifie dès lors que « le marché mondial pourrait donc perdre l’accès non seulement à la production existante, mais aussi à une grande partie de la capacité de réserve normalement utilisée pour stabiliser les chocs d’offre ». Dans ces conditions difficiles de voir le déblocage des réserves stratégiques autrement que comme un atout pouvant être utilisé une seule et unique fois, étant donné qu’une fois épuisées elles ne pourront pas être reconstituées immédiatement en cas de poursuite du conflit. La mise en service de capacités de production supplémentaires n’est quant à elle pas envisageable avant les longs mois nécessaires à la réalisation de tels projets.
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