Macro-économie / Taux / système éducatif / productivité / Conseil national de la productivité
Macro-économie / Taux
système éducatif / productivité / Conseil national de la productivité
France : quand la déliquescence de son système éducatif menace sa croissance / Le taux d’encadrement des élèves en serait la cause
Une question de moyens et de choix. Les problèmes rencontrés par le système éducatif français depuis de nombreuses années ne peuvent pas être complètement isolés du potentiel de croissance français. C’est ce qu’affirme une note publiée par deux auteurs rattachés au ministère de l’Économie et des Finances, laquelle expose également que le taux d’encadrement des élèves est fortement lié à la performance scolaire.
Une source de croissance de long terme à choyer, voilà ce que défendent Blaise Leclair et Vincent Barde concernant l’éducation en France. Ils affirment que l’amélioration des performances éducatives aurait des bénéfices certains dans le temps. Leur travail expose notamment que "l’évaluation des politiques éducatives permet d’identifier les actions les plus efficaces" et dont fait partie la hausse du taux d’encadrement. D’autres leviers considérés comme "faiblement mobilisés en France" seraient également susceptibles de produire des effets positifs ; on y retrouve tant "la formation pédagogique et continue des enseignants ainsi que l’usage adapté et raisonné des outils numériques".
Adapter
La question de la transformation de la société française vient à peine d’être soulevée par la Cour des comptes et notamment le sujet ayant trait à la baisse des actifs que les deux auteurs proposent des pistes afin de mettre fin à des performances scolaires en France qui sont - au sein des membres de l’OCDE -, parmi les plus fortement corrélées à l’origine sociale et au genre. Ils martèlent que "la réduction des inégalités liées au genre et à l’origine sociale accroîtrait le vivier d’innovateurs potentiels et de travailleurs qualifiés ". Les chiffres dévoilés ces derniers jours par l’institution dirigée par Pierre Moscovici sont particulièrement éloquents à cet égard avec des écarts en termes de taux d’emploi particulièrement conséquent d’une population à l’autre.
En l’état actuel de nos finances publiques, il paraît de toute façon illusoire d’espérer améliorer le système scolaire tricolore uniquement par des moyens accrus de façon conséquente sur le court terme. Un débat se poursuit d’ailleurs depuis de nombreux mois concernant un système comptable qui impute comme dépenses d’éducation des sommes qui sont alloués aux retraites des anciens enseignants.
L’ampleur du phénomène est non négligeable, non pas pour le déficit, mais davantage pour la réalité des efforts liés à l’éducation. La publication affirme cependant que des moyens supplémentaires ont bien " été alloués au système éducatif sur la période récente (+ 11 % de dépense intérieure d’éducation par élève en euros constants dans le premier degré scolaire entre 2017 et 2023). Le dédoublement des classes a été mis en œuvre, de façon progressive, à partir de la rentrée 2017 dans les classes de CP, CE1 et de grande section des réseaux d’éducation prioritaire afin de cibler les élèves d’origine sociale défavorisée dans la phase d’acquisition des savoirs fondamentaux". Cependant comme pour les questions ayant trait à la natalité, il y a fort logiquement un décalage entre le moment où les efforts sont réalisés et celui où on en tire les fruits.
Factuel
Plusieurs exemples sont tirés des estimations de l’OCDE pour quantifier les effets concrets des améliorations au test PISA effectué annuellement. Il est ainsi affirmé qu’une progression du score moyen des élèves français permettant d’atteindre la moyenne des dix pays de l’OCDE les plus performants en compréhension de l’écrit, en culture scientifique et en culture mathématique, permettrait d’améliorer à terme la productivité de 2,7 %. Ce qui n’est pas rien lorsqu’on sait que la France a connu entre 2019 et 2023 un recul de sa productivité.
L’impact de l’éducation sur la productivité pourrait également "varier considérablement selon le type de formation suivie". Une des pistes pour expliquer le ralentissement tendanciel de la productivité et le décrochage relatif de la France relativement aux États-Unis se trouverait ainsi être le sous-investissement dans les compétences et technologies liées au numérique. La défaillance du système éducatif à développer l’acquisition de compétences générales non associées à un métier en particulier est également regrettée, tant ces dernières permettent "également une plus grande flexibilité au cours de la carrière, qui se traduit par des meilleures perspectives salariales". Un "double dividende" serait issu de ces dernières tant par l’amélioration de "la capacité à apprendre dans le cadre scolaire puis à s’intégrer et évoluer dans un cadre professionnel". Leur acquisition dès le plus jeune âge serait ainsi "corrélée à de meilleurs résultats scolaires mais aussi à une estime de soi plus élevée et une résilience accrue face aux difficultés, ce qui produit des effets positifs à long terme". Le rendement salarial de ces compétences aurait ainsi plus que doubler de l’autre côté de l’Atlantique entre 1980 et 2012.
Les conséquences d’une mauvaise orientation avaient également été exposées par les auteurs dans une note produite cette fois-ci pour le Conseil national de productivité au printemps. Avec d’autres spécialistes, ils s’inquiétaient de voir que "l’absence de cohérence entre les profils des étudiants et les programmes d’études conduit à des échecs nombreux, coûteux pour les individus et la société". Pas moins de 42 % des étudiants suivant une licence en France échoueraient à valider leur première année, de quoi renchérir les " coûts d’opportunité et la dépense publique sans bénéfice socio-économique". La question de l’alignement des aspirations des étudiants avec le marché du travail semble loin d’être résolue.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

