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France; Europe; Draghi

Macro-économie / Taux / Conseil national de la productivité / Natacha Valla / Intelligence artificielle

Macro-économie / Taux
Conseil national de la productivité / Natacha Valla / Intelligence artificielle

L’avenir de la productivité hexagonale entre intelligence artificielle et financements européens / L'état des comptes publics français ne laisse que peu de choix

Mois après mois, l’importance de l’intelligence artificielle dans les gains de productivité se dessine peu à peu. Si des zones d’ombre restent à lever, le conseil national de productivité appelle néanmoins à un investissement conséquent. Conscient de la situation des finances publiques tricolore, il adhère aux financements européens évoqués par le rapport Draghi.
Lame de calcul CPU/GPU a refroidissement direct a eau, concu pour les calculs de l intelligence artificielle. Photo by Eric Dervaux / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Lame de calcul CPU/GPU a refroidissement direct a eau, concu pour les calculs de l intelligence artificielle. Photo by Eric Dervaux / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le grand flou autour de la productivité et de l’intelligence artificielle (IA) commence à être levé. Une piste importante lorsqu’on sait que la compétitivité de la France souffre du recul de la productivité. Cela a mis à mal les efforts entrepris sur d’autres sujets tels que la baisse des coûts salariaux dans l’Hexagone. Dans cette optique, le Conseil national de productivité (CNP) vient de se faire l’écho des gains de productivité des différentes technologies numériques, dont fait partie l’IA, pour de nombreuses entreprises.

Tout en reconnaissant qu’il manque actuellement de recul sur la question et qu’il demeure "difficile de passer des gains de productivité individuels aux effets sur la productivité agrégée", il n’en reste pas moins que deux approches sont proposées par l’institution hébergée par France Stratégie pour considérer "l’impact potentiel de l’IA générative sur la productivité (du travail et globale des facteurs. L’un d’entre elles a trait à des modèles théoriques faisant des hypothèses en fonction de trois facteurs principaux ; il s’agit de la diffusion de l’IA, de son potentiel d’augmentation de la productivité et de son potentiel de remplacement/substitution des travailleurs dans de nombreuses tâches.

Là où la deuxième approche consiste à extrapoler un impact potentiel de l’IA à partir de l’impact passé des précédentes innovations technologiques telles que la robotisation. La première de ces deux méthodes a notamment bénéficié des travaux récents du prix Nobel Daron Acemoglu. Il est désormais fait état d’un "impact potentiel de 0,7 % de l’IA générative sur le taux de croissance annuel de la productivité globale des facteurs ". Un résultat nettement inférieur à l’impact de 6,8 % mis en avant par Aghion et Bunel et ce en raison d’hypothèses différentes. Finalement il s’avère que la méthode empirique développée par les deux mêmes chercheurs établit que "si les gains de productivité permis par la vague de l’IA au cours de la prochaine décennie seront comparables à ceux de la vague de l’électricité dans les années 1920 en Europe, alors la croissance de la productivité augmenterait de 1,3 point de pourcentage par an à partir de 2024". Un résultat plus proche de celui proposé par leur homologue turco-américain.

 

Nerf de la guerre

 

Autant de conjectures qui peuvent très bien ne pas résister à l’épreuve du réel. Les chiffres de la Banque européenne d’investissement confirment l’hétérogénéité des comportements d’un pays ou d’un continent à l’autre. Il s’avère ainsi que "seules 57 % des entreprises françaises déclarent utiliser une technologie digitale avancée dans leurs activités", une proportion qui passe à 73 % aux États-Unis et à 70 % en Europe. Pour autant pas de fatalisme au CNP, où l’on considère que " la course vers des innovations technologiques n’est pas finie et que le retard de l’Europe et de la France peut encore être comblé – à condition de prendre les bonnes décisions ".

La voie dessinée par Mario Draghi l’an passé est plébiscitée afin d’arriver à attirer les investissements nécessaires à l’émergence de nouvelles technologies innovantes. Malheureusement en raison de finances publiques en difficulté pour une grande partie du continent, il est martelé que de "tels investissements devraient être opérés au niveau européen". C’est là où les propositions de l’ancien banquier central trouvent toutes leur place puisqu’à même d’intéresser le secteur privé. Il s’agit notamment de réfléchir à "des changements dans la régulation bancaire (par exemple revoir les ratios de solvabilité et de liquidité) et des marchés de capitaux (pour faciliter davantage les transactions transfrontalières) afin de créer les incitations nécessaires à cette implication du secteur privé et [également de réfléchir à] l’utilisation de produits financiers tels que la titrisation".

On estime pour l’heure du côté du CNP que la prime de risque d’investissements tels que le financement des start-up technologiques "est encore trop faible pour inciter les investisseurs privés à financer davantage le capital-risque".

 

Adresser

 

Il n’en demeure pas moins qu’il ne s’agit pas de la seule piste à explorer pour la productivité tricolore, qu’il s’agisse du coût du travail évoqué précédemment ou encore de la question de la formation. L’importance de la prévisibilité de la politique fiscale est ainsi soulignée par les équipes de Natacha Valla.

Un autre fait saillant transparaît : toutes les entreprises ne sont pas égales vis-à-vis de l’adoption des technologies numériques. De cette façon il s’avère que "les entreprises à faible productivité investissent seulement 5,2 % dans la R & D, contre 6,9 % pour les entreprises à haute productivité". L’écart entre la France ou l’Europe et les États-Unis se creuseraient essentiellement sur le dernier type de firmes évoqué. Une situation que le CNP analyse de la façon suivante ; "étant à la frontière de l’innovation, les entreprises états-uniennes ont une probabilité plus élevée d’introduire des innovations sur le marché mondial". De quoi interroger un éventuel ciblage des aides en la matière.

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