Macro-économie / Taux / France / pouvoir d'achat / Gilbert Cette / Olivier Garnier / Natacha Valla / Cédric Audenis
Macro-économie / Taux
France / pouvoir d'achat / Gilbert Cette / Olivier Garnier / Natacha Valla / Cédric Audenis
Un pouvoir d’achat qui suscite bien des frustrations en France / Sa hausse est de plus en plus timorée et sa perception altérée
Faire disparaître la frustration des Français n’est pas chose aisée. Un grand décalage entre l’évolution réelle de leur pouvoir d’achat et leur perception existe depuis de très nombreuses années à en croire Cédric Audenis, directeur des études et des synthèses économique de l’Insee. Invité, lors des Journées de l'Economie, à s’exprimer sur la question d’une hausse durable du pouvoir d’achat en France, il a rappelé que son institution posait chaque mois depuis 40 ans deux questions ayant trait à l’évolution de la situation financière personnelle et du niveau de vie moyen.
Il considère, à partir de ces donnés, "frappant qu’il y ait une majorité relative de ménages (depuis quatre décennies ndlr) qui déclare une baisse du pouvoir d’achat " et explique que " c’est encore pire sur le niveau de vie moyen, il y a chaque année 20 points d’écart entre ceux qui déclarent une baisse et ceux qui déclarent une hausse ". Un constat qui ne surprend pas nécessairement Olivier Garnier, chef économiste et directeur général de la Banque de France, en charge des statistiques, des études et de l’international, lequel rappelle que les Français ont du mal à évaluer l’inflation.
Observer
Il a cependant expliqué qu’il ne s’agissait pas seulement d'un problème tricolore, "par exemple en fin de période où l’inflation est revenue à 2 %, il y a la moitié des ménages de la zone euro qui pensent que l’inflation est supérieure à 11-12 %". Ce sont même près de 25 % d’entre eux qui la pensaient supérieure à 18 % et seulement un autre quart qui pense qu’elle est inférieure à 7-8 %. Le directeur des études et des synthèses économique de l’Insee estime, quant à lui, qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à ces notions de ressenti pour expliquer une partie du décalage entre les données macroéconomiques et la perception des Français.
Il serait d’autant moins aisé pour ces derniers d’être dans le vrai concernant le pouvoir d’achat qu’il "progresse beaucoup moins vite qu’avant, il augmenterait trois fois moins rapidement depuis vingt ans ". La question de la répartition de cette hausse du pouvoir d’achat est également cruciale à ses yeux, les données dont il dispose lui font dire que cette augmentation est un peu plus allée aux plus aisés. Pas de quoi empêcher que "malgré tout quand on regarde chaque décile de revenu, on voit que chacun a eu une augmentation assez forte de son pouvoir d’achat depuis 30 ans ". Pour autant, la situation particulière de certains Français peut s’inscrire en décalage. Mobilisant un suivi effectué chez France Stratégie entre 2010 et 2020, Cédric Audenis explique constater "une perte de 7 % de pouvoir d’achat des plus de 55 ans alors même que le pouvoir d’achat avait augmenté sur la période". Une partie d’entre eux étant parti à la retraite lors de ce laps de temps et ce alors que les actifs ont eu des revenus de propriétés qui ont décliné sur la période. De la même façon, ce sont ni plus ni moins que "37 % des trentenaires de 2010 qui ont perdu plus de 5 % de pouvoir d’achat sur la décennie", ce qu’on peut imputer en partie aux conséquences de naissances ou de divorces.
Relancer
Ce déclin de la hausse du revenu disponible brut des ménages est limpide à en écouter Gilbert Cette, professeur de sciences économiques à NEOMA Business School et président du Conseil d’orientation des retraites (COR), étant donné qu’elle "est totalement en phase avec la source de financement première des ménages à savoir le produit intérieur brut par habitant". Il explique que dernièrement la France "a pâti d’un ralentissement de la productivité mais que cet effet a été atténué ces dernières décennies par une augmentation du taux d’emploi". Natacha Valla, doyenne de l’École du management et de l’innovation de Sciences Po et présidente du Conseil national de productivité, considère que tout récemment les politiques publiques durant le Covid ont été très protectrices des salariés. Martelant que "cette pérennité de l’emploi s’est accompagnée d’un ralentissement de la productivité du travail", un compromis dont il faut assumer les conséquences.
L’évolution du PIB ne peut pas être décalée de celle du pouvoir d’achat, d’après Gilbert Cette, et c’est cette relation qui explique le décrochage européen et hexagonal. Cela ne doit pas faire oublier l’hétérogénéité très importante sur le Vieux continent, le président du COR considère désormais que "la France est un pays pauvre parmi le club des pays les plus riches, le PIB par habitant aux Pays-Bas est quand même 25 % supérieurs à celui de la France". Comme maigre consolation, il avance qu’on "peut se dire qu’on en a beaucoup sous le pied en France, pour se donner le moyen d’augmenter le revenu disponible des ménages ". Il cite notamment le taux d’emploi de la population active relativement faible en France - dû en grande partie aux jeunes, aux seniors et aux peu qualifiés - comme un remède permettant également d’améliorer l’endettement et les finances publiques.
Compenser
Il demeure un "petit mystère" aux yeux d’Olivier Garnier, celui de constater que le pouvoir d’achat des ménages est plus élevé que la hausse du PIB ne le laisserait supposer. Il écarte rapidement l’hypothèse d’une déformation de la répartition en faveur des salariés et en juge une autre " sans doute plus vraisemblable c’est que dans le revenu des ménages on compte ce qu’ils reçoivent sous forme de prestations et enlève ce qu’ils cotisent. La contrepartie est la hausse de l’endettement public". La soutenabilité d’un tel modèle n’existant pas, il en devient d’autant plus nécessaire d’augmenter le PIB.
Se penchant également sur l’écart de croissance de la productivité horaire entre la France et les États-Unis de 2000 à 2019, il constate que ce sont les trois secteurs à plus fortes intensité numérique qui expliquent les deux tiers de la dynamique. Un point sur lequel Natacha Valla le rejoint, exposant qu’il faut s’attacher à ce que les avancées technologiques soient mieux intégrées dans les processus industriels.
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