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Joseph Schumpeter; salariés; pérennes;

Macro-économie / Taux / INSEE / productivité / entreprises

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INSEE / productivité / entreprises

France : le renouvellement des entreprises ne soutiendrait plus la croissance de la productivité / Les firmes établies peinent aussi à maintenir leur rang

Une récente étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) révèle que la productivité des entreprises françaises n’a pas connu de croissance durant la dernière décennie, et s’est contractée de 0,1 % entre 2016 et 2022. L’étude pointe du doigt les nouvelles entreprises, désormais moins productives que les entreprises pérennes, signe d’une destruction créatrice en panne, qui ne contribue plus aux gains de productivité. Cependant, ce ralentissement touche également les entreprises déjà établies, qui ont également perdu en productivité depuis une quinzaine d'années.
Florian Wiegand / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Florian Wiegand / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Le dynamisme économique français s’essouffle. C’est l’une des hypothèses que soulève une récente étude de l’Insee, qui explore la relation entre la démographie des entreprises et les gains de productivité entre 2003 et 2022 dans les entreprises françaises du secteur marchand. Ainsi, la productivité apparente du travail n’aurait augmenté que d’un pour cent par an en agrégé entre 2004 et 2010, et ne fait que stagner, voire même se contracter (–0,1 % entre 2016 et 2022) depuis. En cause ? Le processus de destruction créatrice, ce mécanisme théorisé par l’économiste Joseph Schumpeter, qui repose sur l’idée que la croissance et l’innovation émergent du remplacement constant d’entreprises peu productives par de nouvelles structures plus performantes. Or, selon les données analysées, ce cycle vertueux semble s’affaiblir.

 

Des nouveaux entrants qui peinent à performer

 

Traditionnellement, les entreprises qui ferment leurs portes sont toujours les moins productives : c’est encore vrai aujourd’hui, selon l’Insee. Le problème ne réside donc pas dans la "destruction", mais dans la "création", soit dans les nouvelles entreprises. Dans son étude, l’Insee distingue les entreprises "jeunes" et "pérennes" à partir d’une fenêtre de sept ans autour de chaque année analysée. Une entreprise est considérée comme "jeune" si elle est apparue récemment (absente trois ans plus tôt) et encore active trois ans plus tard, et "pérenne" si elle est présente de manière continue pendant toute cette période (trois ans avant et trois ans après l’année d’observation).

Jusqu’en 2010, les entreprises nouvellement créées étaient souvent plus productives que les entreprises existantes, contribuant ainsi aux gains de productivité. Depuis, cette tendance s’est inversée : les entreprises entrantes sont devenues en moyenne moins productives que les entreprises pérennes. Elles sont désormais surreprésentées parmi les sociétés les moins productives : en 2003, 26,1 % des entreprises entrantes se concentraient dans les 20 % les moins productives, contre 41,7 % en 2018.

Cette dynamique est accentuée par le fait que la part des effectifs employés dans les jeunes entreprises situées dans les déciles les plus bas de productivité a considérablement augmenté. En 2003, environ 26 % des salariés des entreprises entrantes travaillaient dans les 20 % d’entreprises les moins productives ; en 2018, cette proportion dépasse les 41 %. Dans le même temps, la part des salariés de ces nouvelles entreprises présents dans les 10 % les plus productives a chuté de 10,8 % à 6,1 %.

 

Le bât blesse aussi pour les entreprises pérennes

 

La destruction créatrice ne suffit cependant pas à expliquer le ralentissement généralisé, selon l’Insee, car le phénomène est d’autant plus préoccupant pour les entreprises déjà installées. Elles aussi voient leur productivité stagner ou décliner, à tous les niveaux de la distribution, et ce, qu’elles soient productives ou non. Ainsi, la croissance de la productivité du dernier décile d’entreprises pérennes passe de 1,1 % par an entre 2003 et 2010 à seulement 0,6 % entre 2010 et 2020, tandis que celle du premier décile a commencé à se contracter à partir de 2020 (–1,7 % par an). La médiane progressait, quant à elle, d’environ 1,2 % en glissement annuel entre 2003 et 2010, avant de se contracter de 0,5 % par an entre 2010 et 2020.

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