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Olivier Redoulès; Éric Heyer, Natacha Valla

Macro-économie / Taux / OFCE / commission des finances / Sénat / Conseil national de la productivité / Rexecode

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OFCE / commission des finances / Sénat / Conseil national de la productivité / Rexecode

Une croissance française qui va continuer à évoluer en dessous de son potentiel / Incertitude et consolidation budgétaire jouent de concert

Les différents économistes entendus ce matin par la Commission des finances du Sénat ont dépeint une croissance française amputée tant sur le court que sur le moyen terme par un effort de consolidation des finances publiques menée alors qu’une incertitude politique coûteuse règne. Olivier Redoulès, directeur des études de l’Institut Rexecode, expliquant notamment qu’il faut être attentif aux initiatives ayant recours à la fiscalité pour redresser la situation tricolore, tant celles-ci risquent d’avoir des effets néfastes pour la croissance potentielle. Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques, jugeant quant à lui qu’il fallait être attentif à la soutenabilité sociale de la répartition dans la population de l’ajustement budgétaire.
Sénat. Photo by Maeva Destombes / Hans Lucas via AFP
Sénat. Photo by Maeva Destombes / Hans Lucas via AFP

Des habitudes dont il faudrait peut-être bien se défaire au plus vite. Entendu par la Commission des finances du Sénat, Olivier Redoulès, directeur des études de l’Institut Rexecode, a remémoré aux parlementaires que la France avait pour coutume d’appuyer sur le levier de la fiscalité pour redresser ses comptes publics. Il a jugé ce matin que "c’est un levier sur lequel peut-être il faut appuyer de manière un peu plus précautionneusement cette fois-ci déjà parce que le quantum d’effort à faire est très important mais par ailleurs parce qu’on n’a pas complètement absorbé le choc qu’on avait fait au début des années 2010". Il relève qu’au début de la décennie et jusqu’en 2013, c’est près de 3,5 à 3,6 points de PIB de choc fiscal cumulé qui ont été dues à des nouvelles mesures.

Il ne faut pas non plus trop regarder dans le passé à en croire Éric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), celui-ci rapportant "que ce qui nous surprend aujourd’hui est que malgré toute l’incertitude la croissance résiste" et que lorsqu’on se penche sur les raisons on s’aperçoit que les freins à celle-ci ont changé. C’est notamment le cas lorsque l’Insee interroge les chefs d’entreprise, pour l’économiste on est passé d’une situation où "les problèmes étaient du côté de l’offre, aujourd’hui le frein principal est la demande". Des propos en droite ligne avec les récentes prévisions de l’Observatoire, selon lequel l’Hexagone a encore un peu d’activité en réserve étant donné qu’on aurait pu connaître 1,4 % de croissance lors des deux années 2025 et 2026. Mais les chocs ont eu raison de cette possibilité.

 

Discerner

 

Le débat sur la façon dont la France peut réaliser l’ajustement budgétaire fait rage ces derniers jours et les avis dispensés par les experts devant les parlementaires s’ajoutent à ceux récents émanant notamment de membres du Conseil d’analyse économique (CAE). Un sujet sur lequel Éric Heyer est revenu à la charge concernant les 17 milliards d’euros d’économies sur les dépenses contenues dans le projet de budget, arguant que "ce ne sont pas des vrais 17 milliards. Dans le sens où c’est 17 milliards qui tiennent compte de la charge d’intérêt, qui tiennent compte du budget européen et qui tiennent compte de la défense. Donc les efforts qu’on va demander réellement c’est 35 milliards de dépenses ". Il a également jugé qu’il était "possible qu’on commence à s’habiller en jaune si 120 milliards (son estimation de l’ajustement budgétaire à réaliser) portent sur 60 % des ménages" et épargnent la partie la plus aisée et celle la plus modeste de la population.

Concernant la relance de la consommation, sur laquelle le gouvernement compte pour relancer la croissance, l’expert de l’OFCE considère que le moral des ménages pour le moins dégradé n’est pas favorable à cette reprise. Il a également rappelé aux parlementaires que le "taux d’épargne des ménages est très élevé et ce jusqu’à l’horizon de notre prévision", tout en constatant le virage important qui a été opéré et a vu la France devenir le pays d’Europe avec le taux d’épargne financière des ménages plus élevé alors que traditionnellement les Français étaient plutôt enclins à investir dans l’immobilier. Une question également abordée par Olivier Redoulès, lequel a martelé qu’il "faut disjoindre un peu l’épargne de la consommation, le vrai sujet est au niveau européen". Il s’est fait l’écho de la recommandation de Mario Draghi selon laquelle il faut un vrai marché dédié au niveau européen.

 

Étincelle

 

Le directeur des études de l’Institut Rexecode a également livré aux sénateurs son analyse de la chute de l’investissement des entreprises, celle-ci proviendrait "à la fois de la construction et aussi de tout ce qui est bien manufacturé ". Il a également relaté le scénario des équipes de Rexecode pour les entreprises tel "une sorte de retard à rattraper. Le taux d’utilisation des capacités remonte et les conditions de financement des entreprises sont en train de devenir plus favorables notamment si on les regarde en termes réels". De quoi l’amener à être "plutôt tenté de dire que l’investissement – sous réserve de l’incertitude – pourrait être un moteur de croissance modeste pour 2026". Les effets cumulés de l’incertitude politique étant chiffré par ses soins autour de 0,2 point de PIB à la fin 2026.

Une plus grande efficience de la dépense publique a été appelée par Natacha Valla, présidente du Conseil national de productivité (CNP), cette dernière arguant que "l’investissement public est la dépense publique avec le multiplicateur le plus fort à moyen terme". Un état de fait qui doit orienter à ses yeux les débats actuels. Tout comme l’est la "nécessité de financer l’effort de défense, qui n’était pas aussi présent dans les discussions présentes".

 

Endettement

 

La dette tricolore n’a pas été éludée au cours des débats, Éric Heyer rappelant que certes "la charge d’intérêts va augmenter mais pas à des niveaux records rapportés au PIB. On est à 2,1 là où par le passé on était à 2,5 / 3". Là où la présidente CNP s’est projetée en 2027 et a présenté l’arbitrage auquel seront soumis les investisseurs lorsque la majorité des dettes souveraines va arriver à échéance. Elle a également élargi le débat aux dettes émises par le secteur privé, déplorant qu’elles n’aient pas toujours été utilisées à des fins d’investissements productifs.

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