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Macro-économie / Taux / productivité

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France : l’Insee essaie de comprendre les causes du recul de la productivité / Trois facteurs paraissent sortir du lot

Alors qu’en France la productivité du travail se situe 5,5 % en dessous de sa tendance pré-pandémique, l’institut statistique s’est efforcé d’en identifier les déterminants. Souvent pointée, la montée en puissance de l’alternance n’expliquerait au mieux que 20 % du phénomène.
OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

En France, la baisse de la productivité du travail depuis 2019 est en partie considérée comme une énigme et l’Insee veut participer à sa résolution. Dans une note, l’institut statistique a essayé de déterminer les causes de ce phénomène, dont les retombées économiques pourraient être multiples à long terme s’il perdurait (gains de pouvoir d’achat, équilibre des finances publiques entre autres). Pour mémoire, par rapport à l’étiage qui aurait dû être le sien en 2023 (tendance 2011-2019), le déficit de la productivité du travail (par tête) s’établit à 5,5 %.

Plusieurs pays européens ont également été affectés par ce phénomène (mais moins fortement), l’Insee juge toutefois que seulement 1 point (sur 5,5 points de pourcentage) provient de causes partagées qui ne seraient donc pas uniquement françaises. Le reste trouve donc notamment son origine dans la politique économique conduite dans l’Hexagone.

D’une part, l’Insee estime qu’environ 2 points proviennent des effets de composition de la main-d’œuvre. L’alternance est entre autres évoquée. En effet, le nombre d’alternants (contrats d’apprentissage et de professionnalisation) a augmenté de 60 % entre 2019 et 2023 : ils représentent 3,5 % des personnes en emploi en 2023 contre 2,3 % en 2019. Or, “le développement de l’alternance se traduit mécaniquement, étant données les conventions actuelles de mesure de la comptabilité nationale, par un ralentissement de la productivité”, lit-on dans la note. De fait, “un alternant n’est pas présent à 100 % en entreprise alors qu’il est comptabilisé toute l’année dans l’emploi. Au-delà de cet effet comptable, la faible ancienneté des alternants dans les entreprises peut également être un facteur de plus faible productivité de ces derniers, relativement aux non alternants ; enfin, l’apprenti nécessite le plus souvent un accompagnement par un maître d’apprentissage”.

Toujours concernant ces effets de composition, l’institut statistique suggère qu’il y a également pu avoir un enrichissement de la croissance en emploi. “Il aurait été favorisé par les politiques publiques menées depuis deux voire trois décennies, et dont l’ampleur ou les effets se seraient accentués ces dernières années. On peut penser à ce titre à la modération du coût du travail (notamment au niveau du salaire minimum et au-delà, avec les allégements de cotisations), aux diverses réformes de l’emploi et du travail (comme la décentralisation des négociations au niveau de l’entreprise ou la réduction du coût du licenciement), et à la croissance de l’emploi des seniors”, indique la note qui cite en outre l’extension des normes en matière juridique ou de sécurité des consommateurs, qui réclament des personnels supplémentaires dédiés.

Par ailleurs, l’Insee soutient qu’environ 1,5 point provient d’effets sectoriels spécifiques, y compris certains phénomènes de rétention propres à la France. "C’est en particulier le cas dans deux branches dont l’activité a été affectée par des chocs spécifiques à la France : l’énergie, où la production a souffert des fermetures de centrales nucléaires ; l’aéronautique, où les problèmes d’approvisionnement freinent toujours le retour à la normale [confrontéess à un choc jugé temporaire, les entreprises conservent leur personnel pour répondre à une hausse future de la demande, ndlr]. Un déficit de productivité est aussi apparu dans le secteur du commerce, marqué par certaines transformations (développement du commerce en ligne, changement des habitudes de consommation). Dans les activités non marchandes, en particulier la santé, les niveaux d’activité ont décru post crise sanitaire, l’emploi continuant au contraire à progresser", explique la note.

Enfin, environ 0,5 point proviendrait d’autres facteurs et seul 0,5 point resterait inexpliqué (cela pourrait correspondre notamment au recul de l’emploi non déclaré).

Au global, la majorité de ces facteurs explicatifs (alternance, enrichissement de la croissance en emploi, entretien plus fréquent des centrales, régularisation) paraissent de nature pérenne, juge la note. "Certains comportements de rétention pourraient n’être que transitoires, et se dénouer pour partie par rattrapage de la valeur ajoutée, pour partie par baisse des effectifs. Au total, pour l’avenir, une hypothèse plausible quoiqu’incertaine est le retour à des gains de productivité plus proches de la tendance antérieure, sans rattrapage de la totalité de la productivité perdue en niveau", prévoit l’Insee.

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