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Front économique / Medef / Rexecode
Le « Front économique » veut s’installer dans le débat public / Un programme qui pourrait inspirer certains candidats en 2027
Un sondage qui en dit long sur les attentes de nos concitoyens quant au débat public. Selon Odoxa, 8 Français sur 10 jugent qu’il fonctionne mal en France. Ils seraient même 70 % à penser que les entreprises devraient prendre davantage la parole. C’est bien ce que compte faire le Front économique, lancé le 24 octobre 2024 par le Medef.
Pour mémoire, cette initiative qui réunit chefs d’entreprise (Lorenzo Bini Smaghi, président du conseil d’administration de Société Générale, Sophie Boissard, directrice générale du groupe Clariane, Angeles Garcia-Poveda, présidente du conseil d’administration de Legrand, Ross McInnes, président de Safran, notamment), des organisations (Vincent Charlet, directeur général de La Fabrique de l’Industrie, Pierre-André de Chalendar, président de l’Institut de l’entreprise, Laurent Giovachini, président de la Fédération Syntec, etc.) et économistes (Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, Philippe Aghion, professeur au Collège de France et à l’INSEAD, Patrick Artus, conseiller économique d’Ossiam, Emmanuel Combe, professeur à Paris 1 et Skema, Christian Gollier, professeur à Toulouse School of Economics, Antonin Bergeaud, professeur d’économie à HEC Paris, et bien d’autres) a travaillé à créer des ponts entre la recherche scientifique et les besoins d’entreprises pour arrêter une vision et une feuille de route économique.
Près d’un an de travaux plus tard, les sept "task forces" mises en place – chacune pilotée par un chef d’entreprise et un économiste -, viennent de rendre publiques leurs propositions avec une idée générale : "La France a eu 20 ans d’avance sur l’ambition d’avoir une stratégie industrielle mais a désormais 20 ans de retard s’agissant de sa mise en œuvre", a indiqué Denis Ferrand, ce vendredi matin, lors d’une conférence de presse.
Le Front économique, c’est donc 35 propositions sur trois axes : l’efficacité de la production, l’enjeu de l’élévation du taux d’emploi et de la quantité de travail et l’amélioration des finances publiques. Parmi les recommandations formulées, les groupes de travail suggèrent ainsi notamment de créer un choc fiscal avec des "effacements parallèles". "Certains parlent des aides aux entreprises, d’autres de cadeaux. Nous parlons de compensations sur la charge fiscale. Nous proposons un effacement parallèle et simultané de certaines de ces réductions d’impôt avec la suppression des impôts de production pour permettre à notre pays de s’approcher de la moyenne européenne des taux de prélèvement sur les entreprises, tout en supprimant des dispositifs qui créent de mauvaises incitations économiques et de la complexité administrative ", a expliqué Ross McInnes, dont le groupe de travail plaide non seulement pour l’introduction d’un âge pivot de départ en retraite fixé à 64 ans avec une limitation du chômage comme préretraite, mais aussi pour la retraite par capitalisation, " ce qui aurait plusieurs avantages : la stabilité de l’actionnariat du CAC 40 et permettre aux retraités de bénéficier de la croissance des entreprises mondiales", a-t-il souligné.
Dans cette optique, le Front économique souhaite également voir favoriser la détention d’actions par les salariés, en fléchant au moins 50 % de l’intéressement et de la participation vers de l’épargne longue (bloquée au moins 8 ans, contre 5 ans aujourd’hui), en incitant les entreprises via leurs PEE et PERCO à allouer par défaut au moins 50 % des versements en actions. De même, il est proposé d’orienter davantage de financements vers l’investissement productif vert en mobilisant l’épargne privée.
Mais le Front économique vise aussi l’Europe, et notamment son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). "Cette taxe carbone peut être efficace si elle est bien définie. Or, elle est imparfaite en ne couvrant pas l’aval de la chaîne de valeur. Il est donc urgent d’étendre le dispositif afin de protéger les entreprises françaises et européennes et de fixer un prix du carbone", a illustré Angeles Garcia-Poveda. Pour Emmanuel Combe, il s’agira aussi d’ouverture commerciale, "pas un libéralisme débridé mais en nouant des accords commerciaux par le bilatéralisme, comme en signant le Mercosur". De même, les travaux du groupe de travail de l’économiste, co-présidé par Lorenzo Bini Smaghi, plaident pour l’instauration d’un partenariat tactique vis-à-vis de la Chine, telle qu’une coopération sur les batteries électriques – secteur où l’Europe accuse un retard conséquent – mais à certaines conditions, à savoir le transfert de technologies.
Le Front économique ose enfin s’attaquer à la sphère publique avec la suppression de 20 000 collectivités territoriales, une augmentation du nombre d’agents publics contractuels pour ne concentrer la garantie de l’emploi à vie que sur les missions régaliennes, ou encore l’inscription d’un plafond chiffré de dépenses de l’ensemble des administrations publiques dans la loi de programmation des finances publiques et en rendant celui-ci contraignant. "Ces recommandations sont la démonstration que des solutions existent. Elles doivent contribuer à l’éclairage du débat public, qui est aujourd’hui trop court-termiste et tactique, sans attendre, espérons-le, les élections de 2027 ", a conclu Patrick Martin.
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