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Commission d’enquête sur les licenciements : Patrick Martin à la rescousse de Michelin et de Sanofi / La CPME dénonce une audition "hors-sol"
En arrivant à l’Assemblée nationale ce mercredi en fin d’après-midi, les organisations patronales ne s’attendaient sans doute pas à de tels échanges avec les députés. Invitées à s’exprimer devant les membres de la Commission d’enquête sur les défaillances des pouvoirs publics face aux plans de licenciements, elles ont eu au contraire à se justifier sur les aides que les entreprises perçoivent, ce qui, dans l’esprit du rapporteur, l’écologiste Benjamin Lucas-Lundy, devrait justement empêcher des plans sociaux ou du moins, que les grands groupes versent des dividendes à leurs actionnaires en cas de difficultés.
"Florent Menegaux n’est pas un bourreau social"
"Quand on a les moyens de verser 1,4 milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires, on a les moyens de maintenir 1 254 postes sur le territoire national ", a expliqué l’élu évoquant le groupe Michelin et parlant de licenciements boursiers. "Je ne sais pas ce qu’est un licenciement boursier. Est-ce que Casino, Michelin, ou Valeo procèdent à des licenciements boursiers ? En face de ces situations, il y a des données économiques objectives alors même que ces entreprises sont confrontées à une compétition internationale de plus en plus vive. Il y a toujours une raison économique, de concurrence ou de marché, dans la décision de licencier", a répondu le président du Medef, Patrick Martin, poursuivant : "je ne crois pas que les actionnaires, et notamment les familiaux, de Michelin, soient caractérisés par des pratiques prédatrices. Florent Menegaux (président de Michelin, ndlr) ne me paraît pas être un bourreau social, il est le défenseur du salaire décent je vous rappelle. Le fait qu’il y ait des distributions de dividendes ne change strictement rien à la compétitivité de l’entreprise. Valeo, c’est la même chose. Je ne partage pas cette appréciation de licenciement boursier ".
Des discussions qui se doivent d’être constructives
Pointant ensuite les allègements de charges, dispositif d’aides publiques selon lui, le rapporteur a visiblement agacé Amir Reza-Tofighi, président de la CPME. "Cette discussion est hors-sol. Nous recrutons des salariés qui sont en dessous de 1,6 smic, nous avons donc forcément des allègements de charges. Quand j’entends que l’on a des aides de l’État, et qu’il ne faut pas licencier, donc tout le monde est fonctionnaire, personne n’est licencié ? C’est que ce vous voulez ? Ce n’est pas une aide de l’État, c’est un coût du travail qui baisse parce que sinon on considère que l’emploi peu qualifié provoque un chômage de masse ", a-t-il rappelé.
Et Benjamin Lucas-Lundy d’évoquer le crédit impôt recherche (CIR) dont bénéficie Sanofi. "Vous ne pouvez pas ignorer que Sanofi réalise de l’ordre de 7 % de son chiffre d’affaires en France, investit 25 % de ses budgets de recherche et 23 % de ses chercheurs dans l’Hexagone. Je pense que ce n’est pas totalement étranger à l’existence du CIR alors que son taux a été considérablement amenuisé, pour atteindre 5 % aujourd’hui. Il est de la responsabilité des organisations patronales de rappeler certaines réalités de sorte que l’on puisse parler constructivement ", a précisé le patron du Medef.
Du fléchage de l’investissement de l’État
A Louis Boyard, député LFI et membre de la commission d’enquête, qui se demandait ce que les entreprises avaient fait des "200 milliards d’euros d’aides publiques ", incluant le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), dispositif éteint en 2019 - dans son viseur notamment les groupes Michelin mais aussi Auchan - "la famille Mulliez est la 8e fortune de France, c’est 500 millions de CICE, un milliard de dividendes et 2 400 postes supprimés ", a-t-il dénoncé - le président de la CPME a rétorqué : "Vous savez que le CICE a disparu depuis longtemps ? Vous ne le savez pas ? ", constatant, "alors depuis 2007, nous sommes des nantis ? On vit dans un paradis fiscal ? Moi, en tant que chef d’entreprise, je me compare à mes concurrents. Toutes les aides dont nous parlons, ce ne sont pas des aides, c’est du fléchage de l’investissement de l’État. Évidemment que si une entreprise fait des bénéfices, elle peut les redistribuer à ses actionnaires mais ce n’est pas de l’argent de l’État qui a été redistribué. Il a été dirigé vers des actions concrètes, pour des apprentis ou de la recherche ", a insisté le président de la CPME.
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