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Chez Michelin, le rebond des volumes attendra / La Bourse sanctionne un troisième trimestre en trompe-l'œil

Derrière la progression de ses ventes au troisième trimestre, Michelin peine toujours à retrouver une dynamique commerciale. Le haut de gamme résiste, mais la concurrence asiatique et la faiblesse de la première monte pèsent sur les volumes. Les perspectives de fin d’année s’assombrissent.
(Photo by Jérôme Chabanne / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Jérôme Chabanne / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

« Nous n’attendons plus de rebond des volumes. Ils devraient légèrement reculer au quatrième trimestre, comme sur l’ensemble de l’année. » Bénédicte de Bonnechose, directrice financière de Michelin, a douché lors de la présentation des chiffres d’activité du troisième trimestre aux analystes les espoirs de reprise que le groupe entretenait encore à l’issue du premier semestre. Mercredi, l’action Michelin a chuté de 7,2 % à 30,86 euros, deuxième plus forte baisse du CAC 40 derrière Carrefour.

Les ventes ont pourtant retrouvé un peu de vigueur. Le chiffre d’affaires atteint 6,49 milliards d’euros, en hausse de 3,9 % en publié et de 0,8 % en organique, après un premier semestre quasi étale. Mais cette croissance tient surtout au prix-mix (+1,5 %), aux acquisitions dans les matériaux composites (+1,4 %) et à un effet de change favorable (+1,7 %). Les volumes, eux, reculent encore de 0,6 %. « Nous n’avons pas atteint la croissance que nous attendions au troisième trimestre, malgré une tendance qui s’est améliorée au fil du trimestre », reconnaît la directrice financière. « La publication ne donne toujours pas de signal clair d’une véritable inflexion des volumes, malgré une base de comparaison peu exigeante », relèvent les analystes de la banque Oddo BHF, qui comptabilisent désormais 18 trimestres consécutifs de baisse.


Le premium résiste, l’entrée de gamme cède


La première monte reste le principal frein, entre un mix de constructeurs défavorable en Europe et en Amérique du Nord et un marché agricole au creux du cycle. Le redémarrage attendu des camions nord-américains s’est bien produit, mais les ventes de pneus de remplacement pour poids lourds ont reculé parallèlement. Sur le marché du remplacement automobile, le groupe avance à deux vitesses : la marque MICHELIN affiche une croissance de 4 % de ses volumes à fin septembre, portée notamment par les grandes dimensions, tandis que les marques de second et troisième rang subissent la concurrence des pneus asiatiques à bas prix, massivement importés en Europe avant l’entrée en vigueur des mesures antidumping en juillet.


Le délicat exercice des hausses de prix


Cette pression concurrentielle complique les hausses de prix destinées à compenser plus de 400 millions d’euros de surcoûts liés au conflit au Moyen-Orient. Les augmentations tarifaires du deuxième trimestre ont permis à l’effet prix de redevenir positif. Michelin compte ainsi compenser 80 % de ces surcoûts d’ici la fin de l’année, puis le solde au premier semestre 2027. Le leader du secteur doit toutefois ménager ses clients. « Il faut cinq minutes pour baisser les prix. Il faut des années pour les augmenter », souligne Bénédicte de Bonnechose. Aux États-Unis, Michelin peine notamment à entraîner ses concurrents dans les hausses de prix destinées à répercuter les droits de douane. « Nous avons essayé de le faire, et nous n’y sommes pas totalement parvenus, car nous n’avons pas été suivis, je dirais, par la concurrence », admet-elle, même si certains rivaux commencent à leur tour à relever leurs tarifs.


Des objectifs sous perfusion douanière


Michelin confirme néanmoins ses objectifs annuels : un résultat opérationnel des secteurs supérieur à celui de 2025 à périmètre et changes constants, et un flux de trésorerie disponible avant acquisitions de plus de 1,6 milliard d’euros. Cette perspective bénéficie toutefois de 100 millions d’euros de remboursements de droits de douane américains encaissés depuis janvier, dont 80 millions au troisième trimestre. Sans ces remboursements, le résultat opérationnel pourrait être légèrement inférieur à son niveau de 2025, estime UBS. La rentabilité devrait également se dégrader au second semestre, les matières premières ayant commencé à peser sur les résultats au troisième trimestre, avec un effet appelé à s’accentuer au quatrième.
Ces pressions pourraient se prolonger en 2027. Interrogée sur la possibilité de voir les coûts des matières premières augmenter au premier semestre dans des proportions comparables à celles de la fin 2026, Bénédicte de Bonnechose ne l’exclut pas : « Ce n’est pas, je dirais, une hypothèse folle. » Michelin prévoit par ailleurs de renforcer l’an prochain ses investissements dans ses marques, le numérique, l’innovation et la compétitivité.

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