Macro-économie / Taux / Rexecode
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Rexecode
Achever la décarbonation tricolore ne sera pas une mince affaire / L’équation financière est complexe à résoudre
Un bon élève qui n’est pas au bout de ses peines. Les équipes de Rexecode ne font pas miroiter une décarbonation aisée pour la France, quand bien même des progrès conséquents sont constatés ces dernières années. Un des freins majeurs semble se trouver dans le décalage temporel entre les investissements conséquents à consentir rapidement et des gains lissés dans le temps. Pour ajouter une difficulté supplémentaire, les acteurs sollicités pour les financements sont sous tension, qu’il s’agisse de leurs revenus ou de leurs bilans.
Le pôle climat de l’institut de recherche privé explique de cette façon que « ni la rentabilité théorique des projets ni la volonté politique affichée ne suffisent à déclencher spontanément les investissements requis ». Ce qui n’empêche pas d’autres écueils d’apparaître tels que des conditions économiques défavorables au financement de certains projets. Une crainte est également présente, celle que les ambitions climatiques supplémentaires fassent peser des contraintes encore plus fortes sur l’ensemble du tissu économique tricolore.
Cercle vicieux
Le mécanisme à l’œuvre serait le suivant, alors même que « l’État supporte déjà un déficit et une dette élevés, et [que] ses dépenses climatiques existantes, pourtant déjà importantes, couvrent moins de la moitié du seul besoin de financement public supplémentaire, tel qu’il est estimé par les pouvoirs publics », un « effet de ciseaux » pourrait bien se produire. Raphaël Trotignon, directeur du pôle énergie et climat de Rexecode, exposant que mécaniquement « les recettes fiscales liées aux carburants fossiles s’éroderont à mesure que la transition progresse, réduisant les ressources disponibles pour la financer ». Tandis que les entreprises paieraient la note d’une pression fiscale et réglementaire les empêchant d’investir comme elles le voudraient.
Les ménages ne seraient pas davantage épargnés, étant donné qu’ils font face à deux problèmes majeurs associés à la transition. Tout d’abord concernant leurs ressources, leur épargne est « structurellement orientée vers des supports peu adaptés au financement de la transition ». Un non-sens alors qu’elle demeure abondante et pourrait être investie dans des géographies et secteurs bien différents. L’autre défi pour les ménages est de parvenir à financer les dépenses nécessaires de transition (rénovation, mobilité) quand bien même « elles dépassent largement la capacité d’avance de certaines catégories de ménages ».
Prioriser
Le directeur du pôle énergie et climat ne voit pas pour autant de fatalité et explique qu’il est encore possible de ne pas renoncer à l’ambition climatique. C’est davantage une rationalisation qu’il prône en suggérant de « concentrer l’effort sur les gisements à plus faible coût d’abattement, réduisant ainsi le besoin d’investissement supplémentaire de plus de la moitié, sans diminuer la contribution climatique mondiale de la France, voire en l’augmentant ». Un autre axe d’effort pour la France se trouverait dans la réindustrialisation bas-carbone. Les atouts de la France peuvent bénéficier à l’ensemble de la planète étant donné que toute activité qui s’installe sur le territoire hexagonal plutôt qu’ailleurs pour en utiliser l’énergie locale « contribue, par ce seul fait, à réduire les émissions mondiales, qu’elle appartienne ou non aux filières dites ‘ vertes’ ». Une façon de concilier la réalisation conjointe des objectifs économiques et climatiques tricolores.
Le dernier pilier de la stratégie préconisée par Rexecode est peut-être le plus ardu, puisque touchant à la coopération internationale. Il y est suggéré de lever le tabou sur les mécanismes d’échanges de réductions d’émissions certifiées, lesquels permettent de diminuer l’écart résiduel entre l’objectif territorial révisé et la neutralité carbone et ce « en finançant des réductions là où le coût d’abattement est très inférieur à celui des derniers gisements domestiques ». Sans baser toute la stratégie française sur ce levier, il est conseillé de le prendre en considération lorsque le sujet des réductions résiduelles les plus ardues vient sur la table. L’arbitrage pourrait être favorable plus facilement considère Raphaël Trotignon, puisqu’il y voit l’opportunité de transformer « l’engagement climatique de la France en vecteur de développement industriel et commercial ». L’export de technologies et de savoir-faire à destination de pays en retard sur la question climatique lui apparaît judicieux pour créer de nouveaux débouchés économiques.
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