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Macro-économie / Taux / Guerre commerciale / Donald Trump / droits de douane

Macro-économie / Taux
Guerre commerciale / Donald Trump / droits de douane

Trump pourrait bien ne pas arrêter sa guerre commerciale de sitôt / Plusieurs raisons pourraient pousser le président américain à persister

Plusieurs indicateurs portent à croire que la Maison Blanche va continuer à déployer une politique commerciale pour le moins agressive. Un avis partagé par Dennis Shen, macroéconomiste chez Scope Ratings, lequel n’identifie pas moins de cinq raisons incitant le président américain à provoquer des nouvelles tensions avec le reste du monde.
Donald Trump, le président américain. Photo by Mandel NGAN / AFP
Donald Trump, le président américain. Photo by Mandel NGAN / AFP

Pourquoi s’arrêter en chemin. Le président américain Donald Trump a beau s’escrimer à convaincre les différents acteurs locaux et internationaux de la pertinence de sa politique commerciale, il n’a pas eu pour l’heure gain de cause sur tous les sujets et loin de là. Pour autant certains succès et accords ont déjà été arrachés par la Maison Blanche et font partie des raisons confortant Donald Trump dans ses choix, selon Dennis Shen - macroéconomiste occupant le poste de président du Conseil macroéconomique de l’agence de notation européenne Scope.

Il ne se cantonne pas à une ou deux raisons, mais avance une palanquée d’arguments favorisant la continuité de la politique déployée pour l’heure. On y retrouve notamment le succès très quantitatif lié aux recettes douanières, lesquelles dans l’esprit de Donald Trump sont essentielles pour réduire le déficit budgétaire américain. Or Dennis Shen rappelle que les "données du Trésor américain indiquent que les droits de douane ont augmenté pour un record de 66 milliards de dollars américains au deuxième trimestre, avec 28 milliards de dollars supplémentaires perçus en juillet. Cela se compare aux moyennes mensuelles de moins de 7 milliards de dollars l’année dernière".

 

Équation

 

Il est loin d’être certain que ces recettes supplémentaires suffiront à réduire significativement un déficit en progression outre Atlantique, les équipes de Scope Ratings l’estiment à près de 5,4 % du PIB pour l’année en cours. L’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international Olivier Blanchard s’est montré récemment pour le moins sceptique quant au succès de cette manœuvre délivrant son argumentaire à destination de ceux "qui soutiennent que les recettes douanières élimineront le déficit : le déficit primaire (déficit net des paiements d’intérêts) s’élève à environ 1 500 milliards. Il doit être réduit à zéro pour stabiliser la dette par rapport au PIB". Or il argue que les importations américaines sont de près de 3 300 milliards et dès lors même "avec une hypothèse très généreuse, qu’il n’y ait pas de détournement de trafic et que tous les biens et services soient taxés à 15 %, cela représente environ 500 milliards. Soit seulement un tiers du montant nécessaire".

Chez Scope Ratings on s’inquiète également de voir les droits de douane moyens aux États-Unis à leur plus haut niveau annuel depuis les années 1930, 18,6 %, étant donné les conséquences pour l’économie mondiale. Il est anticipé par leurs modélisations qu’il y aura une réduction cumulative à moyen terme de la production mondiale de 0,7 point de pourcentage et plus encore pour l’économie américaine avec près de 0,9 point de pourcentage.

 

Indolore

 

Bien que passablement énervé par les discours des économistes, avançant qu’in fine les droits de douane pénaliseront les consommateurs américains, l’occupant du bureau ovale ne semble en avoir cure et ce d’autant plus que l’économie américaine est résiliente pour l’heure. Chez Scope Ratings on fait valoir que le "PIB du deuxième trimestre a rebondi de 0,7 % d’un trimestre à l’autre et le modèle GDPNow, normalement fiable, suggère une croissance positive aux États-Unis au troisième trimestre". Les modèles internes à l’agence ont conduit à une révision de la croissance américaine en 2025 à 1,8 %, il n’en demeure pas moins que "c’est plus élevé que la croissance dans les économies les plus avancées ". Une des explications apportées est que les niveaux de tarifs en vigueur ne sont pas suffisamment conséquents pour déboucher sur des embargos efficaces aux importations ou bien provoquer des pertes économiques importantes.

L’autre succès majeur de la politique déployée par l’ancien magnat de l’immobilier repose sur des réponses des partenaires commerciaux des États-Unis qui sont qualifiées de limitées. Dennis Shen considère que "les nombreuses menaces de représailles, seuls la Chine et le Canada ont contrecarré de manière significative les tarifs américains". Là où de nombreux autres pays ont quant à eux préféré courber l’échine afin de ne pas mettre à mal les chaînes d’approvisionnements mondiales ainsi que des sentiers de croissance déjà atones.

 

Accélérateur

 

Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine, le président américain aura forcément dans un coin de sa tête les élections de mi-mandat et cherchera à y présenter des avancées sur le règlement du conflit en Ukraine. La scène intérieure ne semble pas pour l’heure l’inciter à temporiser sur le terrain commercial étant donné que le taux d’approbation du président demeure de 90 % auprès des électeurs de son parti et qu’il est argué que "l’adoption du "Big Beautiful Bill" a renforcé le capital politique du président ".

Le dernier argument n’est pas des moindres, puisque Dennis Shen avance que les "marchés encouragent la prise de risque", les niveaux élevés des actions américains laissent une marge de manœuvre à l’administration Trump. L’un des leviers majeurs pour tempérer Donald Trump est la pression que ses politiques font subir sur les marchés financiers, or pour l’économiste il s’avère que "les marchés s’habituent de plus en plus aux escalades et aux désescalades commerciales américaines et se montrent de plus en plus optimistes quant aux conséquences économiques". La volatilité faible rapportée au passé récent semble suggérer qu’il n’est plus considéré que les droits de douane généraux de 15 à 20 % récemment proposés par Trump sont un épiphénomène mais bel et bien la nouvelle norme en vigueur.

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