Macro-économie / Taux / Guerre commerciale / CEPII / Etats-Unis
Macro-économie / Taux
Guerre commerciale / CEPII / Etats-Unis
La guerre commerciale pousse les exportations chinoises à se déverser en Europe / Privé de ses débouchés américains, l’Empire du Milieu en cherche de nouveaux
Un effet redouté qui apparaît peu à peu au grand jour. En effet, bien que les hausses de droits de douane décrétés par Donald soient appliquées à un grand nombre de pays, elles sont nettement plus sévères concernant la Chine. D’une façon similaire à ce qui s’était passé en 2018, on observe une nette diminution des exportations chinoises vers le marché américain. Reste à savoir si l’afflux constaté vers l’Europe y est lié. Les équipes du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) ont tâché de lever le voile sur la réalité du phénomène en partant du constat que ce « choc de demande est susceptible d’être absorbé par une réorientation des exportations chinoises vers d’autres destinations ». Les données de la guerre commerciale passée permettent de voir que « six mois après l’introduction des droits de douane, les exportations chinoises vers l’Union européenne des produits visés ont augmenté de 13 % de plus que celles des produits non visés » et que « quinze mois après l’introduction des mesures, cet écart atteint environ 16 % ».
L’exercice n’est pas des plus faciles, puisqu’à la différence de la guerre commerciale de 2018-2019, c’est un ensemble bien plus grand de biens qui sont touchés et la Chine n’est plus le seul adversaire de la Maison Blanche. Un ensemble de facteurs qui font dire aux auteurs qu’il « devient plus difficile d’isoler l’effet des droits de douane imposés à la Chine sur la redirection de ses exportations vers d’autres marchés », là où pour l’épisode précédent il était plus aisé de le faire. Les volte-faces multiples et évolutions dictées par Donald Trump ne facilitent pas la tâche non plus, étant donné qu’elle entraîne une volatilité conséquente. Cette dernière ayant des implications potentielles pour les taux de change ou encore les décisions d’investissement des entreprises.
Scruter
Une difficulté accrue qui n’écarte en rien l’existence du phénomène, les quatre auteurs plaidant pour une « mise en place d’outils permettant d’identifier rapidement les produits susceptibles d’être exposés à une redirection des flux commerciaux ». Un dispositif qui permettrait de se préparer au mieux à encaisser de potentiels chocs à l’avenir. Pour l’heure, il a été retenu une méthode qualifiée de « simple », laquelle « consiste à repérer, à un niveau fin de désagrégation, les produits pour lesquels les exportations chinoises vers les États-Unis diminuent fortement tandis que celles vers l’Union européenne augmentent simultanément ».
Un choix divergent de l’approche choisie par la Commission européenne, celle-ci ayant opéré un suivi de l’évolution des importations totales, sans distinction de leur origine. Les chercheurs justifient leur décision, en exposant que l’étude des flux bilatéraux en provenance de Chine, doit permettre « d’identifier plus directement les situations dans lesquelles une augmentation des exportations vers l’Union européenne est associée à une baisse des débouchés sur le marché américain ». Une méthodologie leur permettant d’identifier 223 entre avril et décembre 2025, représentant 11,2 % des exportations chinoises vers l’Union européenne sur cette période.
Épicentre
C’est un faible nombre de produits qui est redirigé majoritairement vers l’Union européenne. Cette redirection est ainsi très « largement dominée par les petits colis, qui représentent à eux seuls 5,14 % des exportations chinoises vers l’Union européenne, ainsi que par les téléphones mobiles (environ 4 %), les autres produits identifiés contribuant chacun de manière beaucoup plus marginale, avec des parts inférieures à 0,3 % ». La forte hausse des petits colis interroge les auteurs, puisqu’elle n’est pas le seul fait de la politique américaine, elle semble appartenir à une dynamique de long terme et être liée à des évolutions de modes de consommation.
Là où l’impact concurrentiel pour les producteurs européens est considéré comme probablement limité, en raison de la faible production domestique dans ce secteur. Le constat est plus alarmiste en matière de concurrence pour d’autres pans de l’économie européenne. Sont énumérés à tour de rôle « le textile, mais aussi la distribution, ainsi qu’en matière de contrôle des flux et de traçabilité des produits ». Les effets actuels peuvent donc être amenés à s’amplifier et doivent être surveillés attentivement par les autorités.
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