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Macro-économie / Taux / Dette / Zone euro / Etats-Unis

Macro-économie / Taux
Dette / Zone euro / Etats-Unis

Un privilège exorbitant que conserve pour l’heure la dette américaine 
 / Les investisseurs ne paniquent pas pour le moment

La confiance demeure encore dans les obligations souveraines américaines, européennes et japonaises et ce pour des raisons bien différentes. En effet là où les premiers sont encore considérés comme pouvant attirer des flux d’investissements étrangers, c’est davantage la capacité de la BCE à empêcher une crise de la dette qui prédomine en Europe et enfin le pays du soleil levant dispose encore d’un solide matelas pour faire face à des turbulences. C’est néanmoins cette même raison qui pourrait fragiliser la situation des deux premiers géants.
Dollar. Photo par CFOTO / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Dollar. Photo par CFOTO / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Un jeu de domino aux conséquences fâcheuses. Difficile d’éluder les conséquences d’un rapatriement massif des capitaux japonais, notamment pour les Treasuries américains. Chez Patrick Artus, conseiller économique chez Ossiam, on adhère effectivement à la thèse selon laquelle ce retour au pays des capitaux ou bien simplement un excédent de la balance courante du Japon - en raison d’une hausse du déficit public - aurait des implications non négligeables pour les finances publiques américaines.

Une situation qui pourrait survenir bien plus vite qu’on ne le croit, expose l’économiste, étant donné qu’il considère comme « très probable que la croissance négative (-0,7 % au 3e trimestre 2025, + 0,1 % au 4e trimestre 2025) enregistrée au Japon au deuxième semestre 2025 va inciter le gouvernement japonais à mettre en place un plan de relance à base de hausse du déficit public ». Dès lors l’épargne des ménages japonais ne pourrait servir deux maîtres et financer à la fois le déficit public américain dans les proportions passées et celui national. Parmi l’arsenal de mesure susceptible d’être déployée sur l’archipel, on retrouve d’une part une forte augmentation des dépenses allouées à la défense ainsi que celles d’investissements, et de l’autre une diminution de la taxe sur la consommation.

 

Concrétiser


Reste à savoir si la Première ministre Sanae Takaichi osera faire fi de l’avis défavorable du Fonds monétaire international (FMI), ce dernier s’étant publiquement prononcé ces derniers jours. Concernant la dernière mesure évoquée ci-dessus, il a été pour le moins explicite avançant que le fait qu’elle soit non ciblée « réduirait les marges de manœuvre budgétaires et augmenterait les risques » pour la dette publique nippone. Rahul Anand, chef de mission du FMI pour le Japon, a ainsi plaidé pour « limiter la réduction de la taxe sur la consommation aux biens essentiels et garantir son caractère temporaire », jugeant qu’une telle mesure contribuerait à maîtriser les dépenses publiques.

Pour autant le fait que les investisseurs ne s’inquiètent pas outre mesure du niveau, présent ou futur, des taux d’endettement public n’est pas dénué d’arguments aux yeux de Patrick Artus. Concernant l’Europe, il expose la conviction des investisseurs selon laquelle « la BCE ne peut pas accepter une crise de la dette publique dans un grand pays de la zone euro, et qu’elle interviendrait (en utilisant le Transmission Protection Instrument) en achetant la dette publique du pays en difficulté pour éviter une crise et un risque de défaut ». Francfort ne pouvant se résoudre aux conséquences pour les actifs financiers de la zone euro d’un défaut sur la dette publique d’un grand pays utilisant la monnaie unique.


Exploser

 

Une clémence qui s’explique par ces différents facteurs et se traduit dans les chiffres, puisque pour l’heure on note que le « taux d’intérêt réel à 10 ans est inférieur à la croissance en volume aux États-Unis et au Japon, voisin de la croissance en volume attendue en 2026 en Allemagne ». Patrick Artus relevant un seul mauvais élève, à savoir la France, et ce en raison de son appartenance à la zone euro et à un niveau d’inflation qui y est particulièrement faible.


L’avenir ne réserve cependant pas que de bonnes surprises. Lorsqu’on s’attarde sur la situation des différents pays évoqués, on remarque que l’essentiel - France, Japon, États-Unis - ont déjà des niveaux d’endettement public pour le moins élevés et ne parviennent pas à les juguler, par choix ou par désaccord politique. L’exception allemande devrait ne plus la rester longtemps et voir son ratio dette publique sur PIB passer de 64,4 % en 2025 à 73,6 % du PIB en 2030. De quoi mettre le feu aux poudres en cas de retournement de l’opinion des investisseurs.

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