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Décarbonation du site d’ArcelorMittal à Dunkerque : les gages concrets de Bruxelles se font attendre / Et Alain Le Grix de la Salle s’en inquiète
Un passage de la parole aux actes encore trop timide. Auditionné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale mercredi, le président d’ArcelorMittal France, Alain Le Grix de la Salle, n’a pas caché ses craintes quant aux longueurs prises dans la déclinaison concrète du "Plan Acier", présenté par la Commission européenne au mois de mars. "La France est très active et je remercie le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, de faire pression pour accélérer les décisions. Mais nous attendons des clarifications de la Commission", a indiqué le président français du sidérurgiste au député socialiste Julien Gokel, élu dans la 13e circonscription du Nord, dont Dunkerque fait partie.
Par exemple, a détaillé Alain Le Grix de la Salle, une partie de ce plan s’articule autour du sujet des exportations. "J’ai déjà eu l’occasion de le dire : nous ne pouvons plus exporter au travers de nos grands sites comme Dunkerque et de Fos-sur-Mer, car nous payons le prix du CO2, ce qui n’est pas le cas de nos concurrents asiatiques. Nous sommes absolument non compétitifs à l’exportation. Il est prévu, dans le cadre de ce plan, d’avoir une règle concernant des exemptions pour donner de l’air aux sidérurgistes et qu’ils ne payent pas ces droits de CO2 lorsqu’ils exportent. Elle devait être communiquée en juin et cela a été reporté à plusieurs reprises. Nous sommes soumis à un volume d’importations destructeur", a-t-il alerté. Le fait est que ces réponses concrètes de la part de Bruxelles conditionnent, pour l’heure, la réalisation des investissements de décarbonation du site du Dunkerque du groupe, dont il avait confirmé les intentions, à la mi-mai, après avoir annoncé la suppression de plus de 600 postes en France.
Deux sujets
Des intentions se chiffrant à 1,2 milliard d’euros et qui devraient donner lieu à la construction d’un premier four électrique. Par ailleurs - et puisqu’il s’agissait du sujet initial de l’audition -, ce plan d’investissement devrait bénéficier d’une aide de 850 millions d’euros de la part de l’Ademe. Une convention d’aide de financement a en effet été signée en novembre 2024, puis a été prolongée jusqu’au 29 juin et court désormais jusqu’au 31 décembre 2025. "Le projet a été différé, comme les autres en Europe, du fait du manque de visibilité en matière de concurrence internationale et du manque de protection dont nous souffrons sur les importations en Europe, en particulier avec le retard pris sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Aucun euro n’a été perçu, sachant que cette aide est conditionnée à la mise en œuvre effective du projet de décarbonation", a ajouté Alain Le Grix de la Salle. "Cela reste à confirmer après l’été en fonction des décisions qui seront prises par la Commission européenne pour protéger efficacement le marché européen", a-t-il poursuivi.
Si la question du MACF reste technique, a admis Alain Le Grix de la Salle, et que son adaptation peut prendre du temps, celle du régime des quotas d’importation semble de son côté plus simple à mettre en œuvre. "L’acier voyage, ces surcapacités sont à la porte de l’Europe. C’est un point essentiel car c’est un phénomène structurel et destructeur", a pointé le président d’ArcelorMittal France. "L’Europe a besoin d’une industrie forte et compétitive. Nous sommes dans une phase de transition et de rupture technologique pour gérer notre décarbonation. Ne pas protéger l’Europe durant cette période, et des surcapacités mondiales, c’est ignorer la réalité à laquelle nous faisons face. Nous attendons des décisions cruciales de la part de la Commission européenne. Je ne vous cache pas que nous sommes extrêmement inquiets car sans mesures concrètes, efficaces et rapides, nous ne serons pas en mesure de lancer nos plans de décarbonation. ArcelorMittal en France n’est pas un groupe français ayant ses filiales à l’étranger. La France est une filiale d’un groupe mondial, ayant une stratégie mondiale", a ajouté Alain Le Grix de la Salle, ayant néanmoins répété plusieurs fois au fil de son audition que la confirmation de l’intention d’investissement devrait intervenir d’ici à la fin de l’année 2025. Mais sans donner de date précise.
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