Feuilleton de l'été / Marie Deconinck / Tarkett
Feuilleton de l'été
Marie Deconinck / Tarkett
Série d'été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Marie Deconinck, directrice du marketing Home & LVT chez Tarkett
Une passion pour l’art, un engagement social, un goût pour l’international… mais c’est dans l’industrie qu’elle a choisi de s’ancrer, au sein d’une entreprise familiale en mouvement, façonnée par plus d’un siècle de transformations. Une maison issue d’un faisceau d’initiatives entrepreneuriales à travers le globe et d’un assemblage de savoir-faire aussi divers que le bois suédois, la plasturgie française ou les revêtements vinyles développés aux États-Unis. Chez Tarkett – dont Wendel est l’un des actionnaires de référence auprès de la famille Deconinck –, on passait hier des semelles aux armoires de salle de bain, aujourd’hui des impressions digitales aux sols recyclables.
Marie Deconinck incarne cette génération qui ne reprend pas simplement le flambeau, mais entend bien inscrire son propre chemin dans une histoire commencée au XIXe siècle. " J’ai grandi dans un milieu d’entrepreneurs, dans un environnement où la création d’entreprise et la contribution à l’économie font vraiment partie des valeurs ", confie celle qui dirige aujourd’hui le marketing de la division résidentielle de Tarkett pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Une culture où chacun est aussi invité à tracer sa voie. D’où une première vie professionnelle menée hors du périmètre familial, dans la responsabilité sociale et environnementale, au sein du groupe de microfinance Baobab. " Ce qui m’a attirée vers la microfinance, c’est l’idée qu’elle pouvait constituer un levier de lutte contre la pauvreté par l’entrepreneuriat, et non par la dépendance économique à la charité. " Marquée très tôt par les idées de Muhammad Yunus, elle voit alors dans le microcrédit un levier d’émancipation.
Quand l’engagement rencontre l’histoire familiale
Sa manière de donner du sens à son engagement évolue lorsqu’elle rejoint la holding familiale DDA, qu’elle dirige encore aujourd’hui. " C’était déjà pour contribuer à la pérennisation de la société Tarkett ", explique-t-elle.
Elle y retrouve d’ailleurs certaines des valeurs qui l’avaient attirée vers la microfinance. Car à travers DDA, elle s’implique notamment dans des actions philanthropiques en faveur de la réussite de jeunes issus de milieux modestes. " C'est un peu la même démarche : offrir à ceux qui ont eu moins de chance les moyens de construire leur propre réussite. " Parmi les initiatives soutenues, l’association Télémaque accompagne dès le collège des élèves talentueux pour leur permettre de réaliser leur potentiel.
De la gouvernance à l’action, il n’y avait qu’un pas. Elle le franchit à la suite d’une visite d’usine en Serbie, découvrant un niveau d’engagement qui la touche profondément. Certains collaborateurs avaient bâti toute leur vie dans l’entreprise. " Je me suis dit que ce qui pouvait faire le plus de sens pour moi, c’était d’être à leurs côtés. "
Chez Tarkett, elle débute en stage, passe par le développement produit, s’implique dans des projets innovants, porteurs en matière de développement durable. Elle monte en puissance dans les produits modulaires design, jusqu’à piloter, aujourd’hui, la stratégie marketing de toute la gamme résidentielle pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Son équipe vient de lancer " Stellar ", une innovation mêlant esthétique, faible empreinte carbone et recyclabilité, rendue possible par la construction d’une ligne de production dédiée en Pologne. " C’est ça, pour moi, qui donne du sens à mon engagement opérationnel chez Tarkett : contribuer à faire émerger des produits tournés vers l’avenir”, indépendamment du contexte économique.
Marketing engagé, production relocalisée
Elle le répète volontiers : Tarkett est un groupe résilient. " On continue d’investir, même dans les moments les plus difficiles. On parie sur la durabilité, l’innovation, la proximité. " Ce modèle s’exprime dans l’organisation industrielle, avec ses 35 usines et 24 centres de R&D.
Le Made in Europe est un pilier de la stratégie. " C’est l'une des principales valeurs en développement durable de la division EMEA ", souligne-t-elle. Depuis la crise du Covid, Tarkett a largement recentralisé sa production modulaire sur le continent, renforçant ainsi sa souveraineté industrielle.
À l’échelle mondiale, Tarkett revendique la même logique d’ancrage local. Près de 50 % de son chiffre d’affaires est réalisé aux États-Unis, avec des capacités de production et d’installation locales.
Aujourd’hui, l’activité de Tarkett se partage entre les revêtements de sol classiques et les surfaces sportives : terrains de football, de basket, d’athlétisme ou de tennis. Un segment en plein essor, où le groupe ne se limite plus à produire, mais conçoit, installe et aménage. " L’ambition est d’être à la fois fabricant, installateur et concepteur du projet sportif. " Une logique d’intégration verticale locale, pensée comme un gage de résilience et de simplicité pour le client : le fameux " one-stop-shop ". “Ce que vous cherchez, vous le trouverez chez Tarkett ", lance-t-elle, avant de sourire : " Je fais du marketing. "
Ce qui la frappe aussi, et la nourrit, c’est l’attachement des équipes. Le week-end, ses collègues lui envoient parfois des photos de magasins où les sols Tarkett sont mis en avant. Une forme d’appropriation et de fierté qui en dit long sur le lien qu’ils ont tissé avec l’entreprise. " Certains y ont rencontré leur conjoint, d’autres y voient leurs enfants s’engager à leur tour… Ce n’est pas qu’un hasard ", glisse-t-elle.
L’entreprise comme maison commune
Son style est à son image : direct, spontané, volontiers proche. Une forme d’évidence relationnelle qui doit sans doute autant à sa sensibilité qu’à sa passion artistique. Marie Deconinck a longtemps pratiqué le théâtre et le cinéma, écrit des critiques, signé des scénarios, tourné des courts-métrages. " Le théâtre et le cinéma, c’est un regard sur le monde. J’essaie de garder ces valeurs dans mon travail. " Faute de temps, elle ne joue plus, mais se nourrit toujours, spectatrice assidue, festivalière engagée. " C’est ma façon de prendre de la hauteur. "
Membre du conseil de surveillance de Tarkett depuis avril 2024, elle y apporte ce regard opérationnel, orienté clients, marchés, terrain. Complémentaire de celui de ses cousins, également engagés dans la gouvernance de l’entreprise. " On est dix cousins, tous actionnaires, tous investis. Ce qui nous rassemble, c’est la volonté de faire vivre l’histoire. " Une fidélité à l’esprit pionnier de ceux qui ont fondé, rassemblé, transformé l’entreprise au fil du temps, depuis Joseph Allibert, Bernard Deconinck et les armoires de salle de bains jusqu’à l’invention du "Tapiflex" dans l’usine de Sedan.
Et demain ? " Je ne sais pas où je serai dans cinq ans, mais j’espère être encore chez Tarkett, pour voir aboutir les investissements qu’on lance aujourd’hui. J’ai envie de voir évoluer l’entreprise”.
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