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Feuilleton de l'été

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Jean-Marie Messier, Messier Maris et Associés : Le phénix de la Finance

Jean-Marie Messier
Jean-Marie Messier

Pas facile de gérer plusieurs vies. Celles-de Jean-Marie Messier, 57 ans, ne se sont certes pas superposées mais succédées à un tel rythme qu’un homme ordinaire n’y aurait pas survécu. Il faut dire qu’il s’y est pris de bonne heure pour gravir à 100 à l’heure les marches de la réussite sociale et professionnelle. Avec son diplôme de Polytechnique et de l’ENA en poche, il devient directeur de cabinet d’Edouard Balladur à 29 ans, associé-gérant de Lazard à 32, patron de la Générale des Eaux (200 milliards de francs de chiffre d’affaires, 220.000 salariés) à 40.

L’histoire, après, on la connaît. Du moins tous les financiers. Grandeur et décadence de César Birotteau, a écrit Balzac. Splendeur et misère de Jean-Marie Messier pourrait-on aussi lui attribuer. De l’aventure Vivendi, il en a tiré bien des leçons. Dont celle de s’éloigner autant qu’il peut des médias, aussi prompts à aduler qu’à piétiner, et des sunlights ô combien illusoires. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir conservé l’un des plus beaux carnets d’adresse de Paris et d’en profiter pour faire tourner sa boutique, sa «maison » comme il la nomme.

Ses passages dans la sphère publique et chez Lazard lui ont permis de côtoyer les plus influents. Lorsqu’il était couvé par Ambroise Roux, pape du monde des affaires, il comptait parmi eux Jacques Friedmann, proche de Jacques Chirac et président de l'UAP, ex AXA, Philippe Villin, patron du Figaro, Didier Pineau-Valencienne, patron de Schneider, ou Henri Lachmann, numéro un à l'époque de Strafor Facom, figure incontournable de l’industrie française. Les aléas de Vivendi lui ont, certes, fait perdre pas mal d’amitiés, même si certains ont quand même fini par ranger au placard leur rancœur d’hier. Il a d’ailleurs pu compter sur plusieurs indéfectibles comme François Pinault ou Maurice Levy.

Aujourd’hui, il mise sur sa parfaite connaissance du monde des affaires mais aussi sur ses associés, Erik Maris, venu le rejoindre en 2010 après avoir compris que ses relations avec Matthieu Pigasse risquaient de tourner au vinaigre, et François Guichot Perere. Deux grosses pointures de Lazard attirées par le goût de l’aventure et de la liberté et qu’il avait d’ailleurs fait travailler lorsqu’il était au sommet de Vivendi, pour aller de l’avant et chiper de précieux mandats à…Lazard ou Rothschild. Il peut toujours compter pour cela sur les fidèles : Arnaud Lagardère ou Patrick Sayer, président du directoire d'Eurazeo, lui aussi ancien de Lazard.

Son credo : les fusacs bien sûr, de part et d’autre de l’Atlantique compte tenu de son implantation à New York, et plutôt compliquées ; la gestion de relations difficiles entre partenaires et les conseils en restructuration. C’est comme cela qu’il a défendu les intérêts de Jean-Charles Naouri contre Carrefour au Brésil, ou ceux de KKR et Goldman Sachs dans le dossier Pages Jaunes, devenu Solocal Group. Il a également oeuvré sur la cession de la chaîne d'ameublement et décoration Maisons du Monde par les fonds LBO France et Apax Partners. Petite, la maison ? Pas tant que cela puisqu’elle comprend à ce jour environ 50 personnes. Un seuil qu’il ne veut pas voir dépassé au risque de ne plus savoir gérer en interne. L’avantage d’avoir eu plusieurs vies, c’est qu’il en reste toujours quelque chose, et la gestion de l’humain, il sait maintenant à quel point cela peut être compliqué.

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