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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Camille Le Breton-Thirion, directrice de cabinet du président-directeur général d'Edenred

EXCLUSIF. Du conseil à l’entrepreneuriat, en passant par les médias, la régie publicitaire et la transformation technologique, Camille Le Breton-Thirion a multiplié les terrains d’expérience avant de rejoindre Edenred il y a près de cinq ans. Devenue directrice de cabinet de Bertrand Dumazy en début d’année 2025, après avoir piloté la stratégie du groupe, elle y occupe aujourd’hui un poste à 360 degrés.
Camille Thirion - DR
Camille Thirion - DR

Passer, dans une même journée, de la préparation d’un dossier pour un conseil d’administration à celle d’une intervention extérieure, d’une réunion de revue opérationnelle à une autre pour discuter d’une acquisition potentielle, en passant par le cadrage d’un projet transverse : Camille Le Breton-Thirion occupe chez Edenred un poste qui la place au contact de tous les rouages du groupe. Directrice de cabinet de Bertrand Dumazy, président-directeur général du spécialiste des avantages aux salariés, depuis janvier 2025, elle a élargi son champ d’action après avoir été la directrice de la stratégie de l’entreprise. Un poste à 360 degrés, après un parcours construit dans des univers tous aussi différents les uns des autres : le conseil, les médias et la régie publicitaire, ou encore l’entrepreneuriat… avec, d’une étape à l’autre, un fil rouge qu’elle résume d’elle-même : « J’ai l’habitude de dire que j’aime être mise en déséquilibre avant ».

 

Une combinaison gagnante

 

Cette ligne de conduite fait écho à celle du groupe Edenred, qu’elle a rejoint il y a désormais cinq ans, et à la culture de la transformation continue qui l’irrigue, impulsée par Bertrand Dumazy. Camille Le Breton-Thirion se souvient d’ailleurs d’avoir été marquée par cela en échangeant avec lui, pour la première fois, lors de son entretien d’embauche. « Je n’ai pas rencontré beaucoup de chefs d’entreprise capables d’une telle remise en question. Il a partagé avec moi assez directement les interrogations stratégiques que se posait alors Edenred et j’ai senti tout de suite cette volonté d’être le leader de marché qui se réinvente continuellement. Cela implique de s’interroger régulièrement sur les fondements mêmes de son activité. Chez nous, cette posture est indispensable et permanente », souligne-t-elle auprès de WanSquare.

Désireuse d’en apprendre davantage sur l’entreprise, une autre facette de son ADN la convaincra de la rejoindre : la combinaison entre une forte culture entrepreneuriale et une dimension technologique pointue, notamment grâce à sa plateforme interne de paiement Paytech. Un modèle assez inédit. « Quand on est ingénieure, on ne se refait pas : c’est un bonheur de pouvoir en comprendre les rouages et le fonctionnement », souligne-t-elle.

Camille Le Breton-Thirion a en effet été formée à Polytechnique – où elle eut notamment l’occasion de faire son stage militaire sur le porte-avions Charles de Gaulle –, avant de passer par les Mines, puis par Sciences Po Paris dans le cadre d’un master en affaires publiques. Armée d’une curiosité à toute épreuve, cette fille de médecins explique avoir toujours eu « 10 000 questions à la minute » et été motivée par l’envie d’explorer tous les champs des possibles. Au gré des rencontres et des opportunités, elle explorera une multitude de secteurs en tant que stagiaire, de la Cour des comptes à la direction financière de grands groupes. Une expérience chez Bain la marquera plus particulièrement. Car elle trouvera dans le conseil une manière de répondre à certaines de ses aspirations : « Comprendre et entrer au cœur d’environnements complexes, afin d’en saisir le fonctionnement pour pouvoir les faire évoluer à l’aide d’une stratégie et avoir de l’impact, est quelque chose qui m’a toujours animée », résume-t-elle.

 

Retour aux sources

 

Ce n’est toutefois pas dans un grand cabinet, mais à son compte, qu’elle se lancera à la suite de ses études, en créant sa boutique de conseil en stratégie et en organisation pour des PME et ETI : Ecoboust. Le tout sur ses terres bretonnes natales, dont elle revendique fièrement les origines. « Le réseau breton est assez soudé, j’ai été accueillie à bras ouverts », se souvient-elle. Durant deux années, elle conseillera ainsi des acteurs du tissu entrepreneurial de la région : « Lorsque l’on travaille auprès d’une PME, l’impact est immédiat. Un patron qui vient vous voir en vous demandant de l’aider car il a perdu un million d’euros l’année dernière, il y a de vrais enjeux d’emplois derrière. Il s’agit d’un travail concret, très ancré sur le terrain. »

Elle se forgera aussi au fil des années plusieurs convictions sur le métier du conseil, qu’elle exercera finalement sous différentes formes au cours de sa carrière. « La posture de consultante, telle que je la conçois, est avant tout une posture d’écoute. Elle consiste à se placer aux côtés du client en sachant que l’on n’est pas expert de son métier, mais de le convaincre qu’en réfléchissant à deux, qu’en acceptant ce jeu de ping-pong intellectuel, il est possible d’aller plus loin et d’ouvrir de nouvelles voies », explique la dirigeante. Car Camille Le Breton-Thirion en est convaincue : « l’intelligence naît rarement de l’entre-soi ». Une conviction qu’elle met encore en pratique aujourd’hui en étant active au sein de l’association de joutes oratoires pour les jeunes La Conférence Olivaint, qui porte l’ambition « de faire vivre un débat respectueux, exigeant et ouvert », souligne-t-elle.

 

Bien choisir son patron

 

Après Ecoboust, elle reviendra en région parisienne du fait d’une nouvelle étape de vie personnelle. Et ce, sans idée préconçue de la manière dont elle entendait poursuivre sa carrière. Une phrase, prononcée lors de sa remise de diplôme par le fondateur d’Axa, le regretté Claude Bébéar, parrain de sa promotion à Polytechnique, lui trottait néanmoins en tête : « Ne choisissez pas votre poste, ne choisissez pas votre salaire. Choisissez votre patron ». Une formule qui la marquera. « J’ai toujours eu à cœur de me dire : avec qui ai-je envie d’aller travailler le matin ? », raconte-t-elle.

Camille Le Breton-Thirion activera son réseau et sera amenée à rencontrer le patron d’Eurosport d’alors, Laurent-Eric Le Lay. L’accroche fut immédiate. En l’écoutant relater sa vision du conseil et ses aspirations professionnelles, le dirigeant lui proposera de venir travailler à ses côtés, afin d’avoir une « consultante interne » pour l’épauler dans le développement de ses idées. « Et autant dire qu’il avait une idée à la minute », plaisante Camille Le Breton-Thirion. C’est ainsi qu’elle deviendra, une première fois, directrice de cabinet.

Le changement fut radical : un écran de télévision installé sur chaque bureau pour regarder les chaînes Eurosport en continu, des sportifs de haut niveau croisés au débotté dans les couloirs et, surtout, une vaste latitude dans ses nouvelles fonctions. « C’était à moi de dessiner les contours du poste, et cela m’allait très bien », souligne-t-elle. Elle s’occupera par exemple d’animer la gouvernance au sein du comité exécutif. En tant que « réceptacle » des idées de Laurent-Eric Le Lay, souligne-t-elle, elle planchera aussi quotidiennement sur divers projets, comme celui du lancement d’une « web TV » lors de la Coupe du monde au Brésil, afin de déterminer s’ils étaient exploitables, réalistes, avec qui les mener et selon quel calendrier.

Par la suite, Camille Le Breton-Thirion aura la primeur de l’annonce du départ du patron à la direction de TF1 Publicité, 48 heures avant que celle-ci ne soit faite dans la presse. « J’étais en congé maternité, quelques jours avant d’avoir ma première fille », se souvient-elle. Laurent-Eric Le Lay lui dira : « Quand tu rentres, tu ne rentres pas chez Eurosport, mais chez TF1 ». Elle le rejoindra quelques semaines après son arrivée, de nouveau en tant que directrice de cabinet. Le contexte était différent : le dirigeant avait été recruté pour opérer une transformation en profondeur de la régie publicitaire, qui était en train de pivoter d’une dominante des heures de « prime time » en direct, vers des supports digitaux.

Elle sera chargée de mener ce projet de transformation, tant commerciale que stratégique. « Le projet avait été présenté dans les grandes lignes aux équipes qui avaient pu prendre conscience de l’ampleur des changements à venir. Moi qui ai toujours voulu avoir de l’impact, cela a été l’occasion de me demander de quelle manière j’allais pouvoir faire la différence, en embarquant les équipes et en trouvant les bons leviers de communication », se souvient-elle.

 

Monter une entreprise… ou deux

 

Une année passera ainsi, avant que l’expatriation de son conjoint n’emmène Camille Le Breton-Thirion et sa famille à Madrid. Son passage en régie publicitaire avait éveillé sa curiosité pour le marketing digital. Elle se formera ainsi à tous ses aspects, passera plusieurs certifications et s’intéressera notamment au modèle du lunettier espagnol Hawkers, devenu un cas d’école en la matière : « La marque a construit son image en dépensant un euro par jour sur Facebook, en jouant sur la force des algorithmes pour cibler les bonnes communautés, le tout au travers d’une distribution intégralement digitale », explique-t-elle.

Elle décidera de tester elle-même ce modèle grandeur nature, en lançant Miss Confiture, un site de vente d’accessoires pour enfants. Autofinancée, elle mènera l’aventure seule de bout en bout : création d’une communauté sur les réseaux sociaux, partenariats avec des marques, production auprès de couturières espagnoles – « une bonne manière de progresser dans la langue », observe Camille Le Breton-Thirion – ou encore gestion de la logistique de distribution.

Elle finira par vouloir pousser l’expérience de l’entrepreneuriat plus loin. Les produits bretons lui manquant depuis l’Espagne, elle imaginera une place de marché destinée à vendre des produits régionaux à la diaspora française dans le monde. Reconnaissant être quelque peu hyperactive, elle choisira ainsi de lancer un nouveau projet en parallèle de son entreprise existante, Le Panier d’Apicius. Par contrainte financière, elle fera le choix de faire développer une plateforme à bas coûts et trouvera 70 producteurs bretons et corses prêts à s’embarquer sur le projet. Le modèle d’affaires était équilibré et le site prêt à être lancé, lorsqu’un doute apparaîtra après des phases de test : sa robustesse technique allait-elle être suffisante pour absorber des pics de connexions et de transactions ? « Le risque était d’écorner l’image de marque des producteurs locaux si cela ne fonctionnait pas, car les consommateurs finaux n’ont pas en tête l’envers du décor qui peut expliquer ces délais », détaille Camille Le Breton-Thirion.

Face aux réponses partagées des producteurs, elle endossera la responsabilité de trancher finalement en faveur de l’arrêt du projet avant qu’il ne se lance officiellement. Une décision dont elle tire des leçons, mais aucun regret : « Lorsque tout se passe bien, on prend rarement un temps de recul pour se demander quelles raisons se trouvent derrière cette réussite. Les échecs ont cet avantage ».

 

De retour dans le conseil

 

Après trois années en Espagne, le retour de sa famille en France mettra également un terme à Miss Confiture. Les contraintes de production et de distribution ne permettaient plus de conserver un modèle économique pertinent et elle décidera de transmettre son fonds de commerce. « Comme j’étais dans un réseau de mères entrepreneuses espagnoles, j’étais contente de pouvoir laisser ce business entre de nouvelles mains », explique Camille Le Breton-Thirion.

C’est ainsi qu’un nouveau chapitre s’ouvrira chez Accenture Strategy. Ce retour au conseil, elle l’abordera d’un œil neuf après son expérience entrepreneuriale. Elle sera aussi poussée par les grandes transformations technologiques alors à l’œuvre autour de la data, du cloud ou de l’intelligence artificielle (IA), l’envie de ne pas passer à côté de ces révolutions et d’être en mesure de les comprendre.

Elle s’affairera ainsi à conseiller de grands comptes sur ces sujets. À cette étape de son parcours, Camille Le Breton-Thirion observera de quelle manière le conseil lui a permis de se doter de qualités utiles. Celle de la rigueur analytique, tout d’abord. « Elle permet de déconstruire n’importe quelle opinion erronée sur la base de données factuelles ». Ensuite, la capacité à simplifier des problèmes complexes : « Sur une mission avec Airbus par exemple, qui fut pionnier dans la création d’une plateforme de données, il a fallu passer du temps avec des experts pour comprendre toutes les couches techniques et les termes associés – parfois abscons – avant de restituer l’ensemble de manière claire à la direction générale, en allant à l’essentiel ». Et enfin, la capacité à avoir de l’influence sans autorité hiérarchique. « Être capable d’embarquer et de faire avancer tout le monde dans une même direction, sans que cela ne soit un ordre managérial, est quelque chose que je retrouve aussi dans mes fonctions de directrice de cabinet, passées comme présentes. Autant l’entrepreneuriat a renforcé mon goût de l’action, autant le conseil m’a permis d’affûter mes armes sur les meilleures façons de convaincre son auditoire », remarque-t-elle.

 

Construire, puis exécuter

 

Son arrivée chez Edenred se fera donc par la case « direction de la stratégie ». Contactée par un chasseur de têtes, la dirigeante fut d’abord curieuse de creuser l’identité et l’activité du groupe, à un moment où les questions sur la data et l’IA commençaient à se poser sérieusement, et où Edenred planchait sur son plan triennal "Beyond", ayant précédé celui en cours, "Amplify". « La transformation numérique du groupe était déjà bien engagée, mais une question centrale se posait : disposions-nous encore de réserves et de leviers de croissance dans nos métiers historiques ? Il fallait donc réfléchir aux métiers adjacents, aux activités que nous allions pouvoir développer grâce à la data, aux défis de ressources humaines de nos clients et aux nouveaux usages de nos bénéficiaires », explique-t-elle.

Un exercice qui mettra à exécution ses capacités d’analyse, tout comme de coordination, en sondant les patrons de pays sur leurs perspectives business et stratégiques à trois ans. « Notre culture entrepreneuriale se traduit aussi dans le fait qu’un patron de pays fonctionne comme un dirigeant de PME ou d’ETI, et connait son activité et son écosystème de la même manière », observe Camille Le Breton-Thirion. Viendra ensuite la phase de construction des zones communes, pour identifier les problématiques et les idées novatrices, après avoir aussi passé du temps sur le terrain pour saisir plus finement les activités de toutes les business units. Puis, une fois le plan présenté, place au suivi de son déroulement : « Un plan reste théorique, il faut par la suite, lorsqu’il est en application, embarquer les équipes pour le déployer et, le cas échéant, comprendre s’il y a des blocages. Parfois, cela donne aussi lieu à des réflexions annexes, pour accélérer encore davantage sur un levier. »

Si la stratégie consiste à contribuer à définir dans quelle direction un collectif doit aller, son rôle de directrice de cabinet porte davantage sur l’assurance que les conditions pour le faire soient bien réunies, et que tout le monde regarde dans la même direction pour avancer concrètement. Mais la transition entre ses deux fonctions fut naturelle, explique-t-elle : « Cela m’a permis d’élargir ma perspective à l’ensemble du fonctionnement de la direction générale, avec un dirigeant que je connaissais déjà bien et avec qui j’avais envie de collaborer ». En tant que directrice de la stratégie, elle travaillait en effet d’ores et déjà directement avec Bertrand Dumazy sur un certain nombre de sujets. « Nous nous rencontrons sur le besoin d’être toujours en mouvement et en transformation permanente », résume Camille Le Breton-Thirion.

Cela tombe bien, car à ses fonctions, les journées se suivent mais ne se ressemblent pas. À la tête du cabinet du président-directeur général d’une grande entreprise cotée, Camille Le Breton-Thirion a notamment découvert plus particulièrement la gestion de la gouvernance corporate, comme la préparation des conseils d’administration par exemple et les enjeux d’une société installée en Bourse. Un sujet qui occupe une partie de son temps, mais pas seulement. « Ce que j’aime, c’est de pouvoir jongler entre différents sujets, qu’il s’agisse d’avoir une vue à 360 degrés sur un point pour en fournir une synthèse en quelques minutes ou d’apporter des solutions simples à des problèmes multidimensionnels complexes », remarque Camille Le Breton-Thirion. Quant à ses perspectives, elle les résume naturellement : « Être confrontée à de nouveaux challenges, accompagner nos transformations, maximiser mon impact dans la mise en œuvre des prochains chantiers du groupe, notamment la data et l’intelligence artificielle ». De quoi, sans doute, continuer à cultiver ce goût revendiqué de la mise en déséquilibre.

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