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Feuilleton de l'été / ESSEC Business School / Essec / géopolitique

Feuilleton de l'été
ESSEC Business School / Essec / géopolitique

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Thomas Friang, directeur exécutif de l’Institut Geopolitics & Business de l’ESSEC

EXCLUSIF. C’est peu dire que le chemin de Thomas Friang aura connu de multiples bifurcations avant de le conduire au poste de directeur exécutif de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC Business School. Un fil directeur apparaît toutefois, celui de l’association constante de la géopolitique et de l’économie, que ce soit à travers le Think Tank Open Diplomacy, fondé par ses soins, ses expériences dans le secteur public ou encore dans les cabinets ministériels.
Thomas Friang. DR
Thomas Friang. DR

La boucle est bouclée. Aujourd’hui Thomas Friang, le directeur exécutif de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC Business School, est un homme comblé tant ses fonctions lui permettent de concilier géopolitique et économie. Deux constantes d’un parcours commencé dans sa Moselle natale, où un héritage familial marqué par les Malgré-Nous et les déportations de la Seconde Guerre mondiale a construit chez lui une identité profondément européenne.

Une mémoire forte de cet épisode qui va être entretenue par des années d’études passées dans le lycée où Robert Schuman avait lui-même étudié auparavant. Le jeune étudiant remise de côté ses différentes appétences quelques années le temps d’intégrer l’ESCP à la suite d’une classe préparatoire. Une école où il voit le monde changer et décide alors de lancer le Think Tank Open Diplomacy, un projet qu’il explique à WanSquare comme étant destiné à « encourager les jeunes à s’emparer des grandes questions internationales, dans le cadre du projet d’une des instances du G20 et G8 en lien avec la jeunesse."

 

Devant de la scène

 

Cela deviendra le Y20 et le Y7. Un succès loin d’être évident se rappelle-t-il étant donné « qu’on peut faire tout ce qu’on veut en termes de partenariats, avoir convaincu des grandes écoles françaises, on n’était pas du tout assurés d’arriver à créer ce lieu de discussion entre les jeunes et les chefs d’États. » Le succès est pourtant vite au rendez-vous et il le réalise au fil des étapes françaises du G20, du G8 ou du G7 ; il se souvient encore de 2011 où il s’est « retrouvé au G8 de Deauville entre Barack Obama et Silvio Berlusconi pour la traditionnelle photo de famille. J’avais 21 ans et je ne réalisais pas », tout comme « d’une forme de contrecoup en 2019, lorsque la France présidait le G7 de Biarritz, j’allais avoir 30 ans et j’avais pu former la délégation française et assister à tout un cycle entre deux présidences françaises. De quoi prendre conscience de l’assise institutionnelle qui s’était construite pour le G7 Jeunes, le Y7, au fil des années et de l’écoute politique dont nous bénéficions. »

Pour autant, il ne consacre pas toutes ses journées à faire en sorte que ce rituel de la participation des jeunes devienne de plus en plus attendu au fil des années. Il continue à suivre ses études à l’ESCP, dont il parvient à convaincre l’administration de tisser un partenariat avec la rue d’Ulm pour préparer le concours de l’ENA. Une année de dur labeur qui le voit « tergiverser entre la diplomatie et la régulation financière. La fermeture du concours du quai d’Orsay dans la langue que je préparais a fini par m’envoyer à la Banque de France. Pas question pour autant d’abandonner ma passion pour la géopolitique, tant j’ai toujours à cœur de comprendre et d’agir sur les questions internationales avec mon regard particulier issu de la société civile ».

 

Tous les fronts

 

Lorsqu’on discute avec Thomas Friang, on a presque l’impression que choisir ce n’est pas renoncer, tant ce dernier voit une forme de cohérence entre ses différents engagements et fonctions. Concernant son passage à la Banque de France, il explique « qu’avoir commencé dans la régulation bancaire internationale, laquelle est le fruit direct du G20, est on ne peut plus logique ». Lorsqu’on évoque avec lui la dernière présidence française du G7, il souligne immédiatement « que le niveau d’écoute envers la jeunesse a encore augmenté, notamment avec cet accent mis sur les enjeux démographiques qui pèsent sur le financement de l’économie. Il ne faut pas croire que la question démographique soit un sujet franco-français, toutes les grandes démocraties sont confrontées à ce débat sur la solidarité entre générations. Je trouve ça très sain que ce soient les jeunes qui s’emparent du problème et j’espère qu’il occupera une place de choix dans la prochaine campagne présidentielle ».

Il n’a pas non plus sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit d’évoquer le paradoxe « des 35 000 milliards d’euros d’épargne en Europe, largement produits par notre modèle social, mais dont 1/3 sert le financement de la croissance étrangère ». Sitôt évoqué le quadruple défi de l’Europe constitué par la démographie, la décarbonation, la défense et la digitalisation, il nous confie la difficulté de tenir les différents engagements qui ont été et qui sont les siens. Mener simultanément les volets professionnel, associatif et politique à part entière n’est pas toujours évident. Nul secret pour lui, la règle absolue pour réussir à les tenir tient dans « une transparence totale vis-à-vis de l’employeur et de l’extérieur, il faut également, bien sûr, avoir des engagements qui soient compatibles. Je n’aurais pas été cohérent en militant contre l’euro lorsque j’étais à la Banque de France. »

 

Inspirer

 

Celui qui dirige désormais l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC a pu s’appuyer et s’appuie encore sur des figures inspirantes rencontrées au cours de son parcours. Parmi lesquelles figure Camille Grand, son premier employeur à la fondation pour la recherche stratégique de 2009 à 2011, lequel a eu un parcours « très hybride entre cabinets ministériels et Think Tank qu’il a su mener avec brio jusqu’à devenir secrétaire général adjoint de l’OTAN, puis aujourd’hui représenter l’industrie de la défense européenne via l’AeroSpace and Defense Industries Association of Europe. Son parcours remarquable dû à sa rigueur intellectuelle et son habileté professionnelle sont une source d’inspiration pour moi. Je prends régulièrement conseil auprès de lui ».

Une autre rencontre fondatrice sera celle de Chrysoula Zacharopoulou, faite dans le cadre de l’institut Open Diplomacy, il va finir par travailler pour celle-ci lorsqu’elle arrivera au poste de Secrétaire d’État chargée du développement au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Il admire également le parcours de celle qui est née en Grèce, formée en Italie et venue en France pour finir ses études de médecine et décrit sa personnalité comme « avant tout européenne, même lorsqu’elle parle anglais on sent ses différentes origines et sa force de caractère. Il en faut bien pour être élue au Parlement européen sur une liste hexagonale sans avoir la nationalité française. Elle obtiendra celle-ci uniquement 40 jours avant son entrée au gouvernement ». Bien que relativement brève, puisque travailler en cabinet ministériel signifie signer un CDD qui lie son avenir à la durée de la ministre au gouvernement, il confie à WanSquare que cette expérience a été particulièrement formatrice et qu’au fil du temps, elle est devenue une amie en plus d’être une référence morale.

 

Valeurs

 

Lorsqu’il revient sur cette période de sa vie, il confesse qu’elle n’a pas été la plus simple puisque la gestion des emplois du temps n’y est pas aisée. De quoi le pousser à déléguer une grande partie de ses fonctions chez Open Diplomacy et à devoir accepter de « passer d’une posture d’incarnation publique à une posture de l’ombre et à refuser un certain nombre de sollicitations. C’est un choix qu’on doit faire lorsqu’on va en cabinet. C’est un état d’esprit qu’il faut avoir puisque c’est tellement exigeant qu’on ne sert pas bien son pays si on n’a pas cet état d’esprit là. » Lui sera en plein accord avec sa patronne tant celle-ci a à cœur de rendre la diplomatie accessible au plus grand nombre.

D’autant plus qu’elle disposait d’un capital diplomatique pour décliner sa politique, que ce soit « par le soutien du président, le budget qui lui était accordé, son cabinet ou encore son excellente réputation auprès du Sud global. » De quoi apaiser des relations parfois tendues avec certains pays par sa posture européenne, ce qu’il observe d’autant plus qu’il est à la plume de Chrysoula Zacharopoulou. C’est alors loin d’être une découverte du monde politique pour celui qui a toujours milité dans des partis pro-européens depuis sa majorité.

 

Passage

 

Jusqu’à « glisser lors de cette phase enthousiasmante de la vie politique française de la première campagne d’Emmanuel Macron, j’avais jusqu’alors essayé de segmenter du mieux possible la vie professionnelle et l'engagement politique. » Celui qui s’était alors mis en disponibilité de la Banque de France pour commencer une thèse de doctorat va finir par s’engager concrètement dans la vie politique française, répondant un temps à l’appel de Christophe Castaner à la fondation d’En Marche. Il sera après la présidentielle impliqué dans la campagne législative de Cédric Villani et a également été dans les équipes de Benjamin Griveaux - lequel était porte-parole d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Un épisode de sa vie qu’il clôt « pour revenir sur les questions internationales avec le forum de la paix, afin de diriger la programmation du premier sommet. »

Celui qui a également œuvré quelque temps chez Reporters sans frontières, lors d’une mission « nullement partisane mais éminemment politique, afin d’instaurer un système de redevabilité des plateformes en ligne pour garantir le respect des principes démocratiques », n’a également jamais souhaité quitter la capitale. Un choix dicté en partie par des raisons familiales. Pour le reste, il aime bien répondre un dicton connu au quai d’Orsay ; lequel argue « qu’on fait carrière à Paris et qu’on gagne bien sa vie à l’étranger. »

 

Synthèse

 

Le voilà donc aujourd’hui attelé à œuvrer pour l’ESSEC, à un poste qu’il n’aurait pas pu mieux imaginer lui-même. Pour celui qui aime à se décrire tel un « travailleur des interstices, j’ai aujourd’hui un rôle de traducteur de faire comprendre les choses aux entreprises. Nous aidons les boards et les comex à saisir la brutalisation du monde qui est au cœur de la polycrise que l’Europe traverse, et qui risque de sortir les Européens de l’Histoire. » Un poste pour lequel il a accepté de ronger son frein, étant donné d’une part que le processus de recrutement ne comprenait pas moins de huit entretiens et qu’il a fallu que l’HATVP se prononce. Trois premiers mois d’attente auxquels se sont donc ajoutés trois autres mois à patienter.

Dorénavant, il met ses talents au profit d’une institution présente sur le continent européen, en Afrique - à Rabat - et en Asie - à Singapour. Ce qui lui permet « de disposer d’un regard tricontinental à travers de nombreux déplacements sur les campus de l’ESSEC et de regarder le monde avec un point de vue rare. » On comprend mieux pourquoi il affirme avoir tout de suite senti que ce poste était fait pour lui. Plus d’un an après être rentré en fonction, celui qui n’est pas avare de son temps pour les médias explique que « la mission en plus de m’animer au quotidien, résume bien mon parcours. Les entreprises sont en train de s’emparer de l’espace géostratégique et elles ont besoin d’aide pour comprendre l’émergence de ce nouveau champ disciplinaire. »

 

Appuis

 

À l’écouter, l’ESSEC est bien placée pour occuper une place de choix dans cette course. Étant donné qu’elle est « une des rares business schools avec un track record de 30 ans sur les questions internationales ; que ce soit notamment par l’enseignement géopolitique de longue date ou bien le centre de négociation internationale. Et nous sommes au clair sur ce qui fait les intérêts de sécurité et les enjeux de sécurité économique de la France et de l’Europe. Quand on connaît les racines humanistes de l’ESSEC, on sait qu’il n’y a pas, ici, de risque d’être trop complaisant avec l’une ou l’autre des menaces russes, américaines ou chinoises qui pèsent sur les entreprises européennes ».

La rentrée à venir sera ainsi l’occasion de mettre l’expertise accumulée au fil des années au profit des étudiants de master. Tout en cherchant à comprendre ce qui redéfinit « la compétitivité des entreprises. Dès la première année de ma prise de poste on a également construit une formation pour les cadres dirigeants pour les aider à prioriser leurs choix stratégiques. » Sans se priver, avec ses équipes, d’alimenter le débat public, en tissant des liens avec le patronat ou encore en s’impliquant dans la formation continue et en menant un certain nombre de projets de recherche sur la façon dont les entreprises peuvent gérer les opérations d’influence, d’ingérence et d’intimidation. Un travail de levée de fonds s’ajoute également à la tâche et remplit les rares trous d’un emploi du temps chargé. Lequel ne l’empêche pas d’avoir son avis sur la prochaine présidentielle, sur laquelle Thomas Friang « se veut optimiste dans la dynamique qu’aura la campagne pour instruire le débat, d’autant plus que je n’ai aucune forme d’engagement politique actuellement. »

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