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Feuilleton de l'été / BNP AM / BNP Paribas AM

Feuilleton de l'été
BNP AM / BNP Paribas AM

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Robert-Alexandre Poujade, responsable Biodiversité chez BNP Paribas Asset Management

EXCLUSIF. Après plus d’une décennie à prêcher la bonne parole de la biodiversité, Robert-Alexandre Poujade peut contempler le chemin parcouru chez BNP Paribas Asset Management. Que ce soit en interne où les moyens alloués à la question sont désormais conséquents, ou dans l’ensemble du secteur financier où le sujet n’est plus un tabou. Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers, pour celui qui ne manque pas également de s’engager dans son quotidien.  
Robert-Alexandre Poujade. DR
Robert-Alexandre Poujade. DR

Une décennie plus tard le virage pris aura porté ses fruits. S’il ne faut pas longtemps à Robert-Alexandre Poujade pour donner une nouvelle orientation à sa carrière en 2015, ce choix ne fait alors pas l’unanimité. Il confie à WanSquare que « tout le monde n’a pas compris que je quitte mon équipe en structuration de fonds pour devenir analyste ESG. Ma décision a pourtant été rapidement prise, dès mon retour d’une journée consacrée à la mobilité interne chez BNP Paribas Asset Management, je suis allé voir mon supérieur pour lui dire que je partais. Il a bien essayé de me faire comprendre avec énormément d’empathie que je ferais mieux de prendre le temps de la réflexion, mais mon choix était fait".

Le spécialiste de la biodiversité nous explique qu’ils étaient nombreux à considérer que cette orientation offrait moins de visibilité et des perspectives de carrière moins attrayantes. Pourtant, il a tout de suite senti « qu’il fallait que j’y aille ».

 

Raisonner

 

À force de travail et de persuasion, ce qui n’était pas un sujet phare a peu à peu le vent en poupe. Robert-Alexandre Poujade nous confie qu’il a senti « un changement à partir de 2017. C’est à ce moment que je me rends compte, notamment via la Capitals Coalition, que de nombreuses personnes se mobilisent à travers le monde. Ça a été une vraie bouffée d’air frais que de constater que les questions de biodiversité commençaient à être considérées à leur juste valeur ». Des années où il essaye également de concilier le meilleur des deux mondes, entre ce qu’il l’animait en termes de convictions et les méthodes de travail héritées de ses expériences passées.

Il se souvient qu’à « mon arrivée dans l’équipe ESG, j’ai tout de suite eu à cœur de mettre la rigueur nécessaire pour que nous ne passions pas pour des activistes. C’était le moins qu’on puisse faire dans ce qui était alors une petite équipe, si nous sommes aujourd’hui quarante à y œuvrer nous n’étions alors que quatre ». La feuille de route est alors simple, pour lui il « était impératif de montrer que l’ESG était tout aussi important que l’aspect financier. Il n’y avait pas le choix pour embarquer les gérants et les clients. Il a bien fallu parfois passer par la fenêtre pour faire de la pédagogie. Aujourd’hui on peut être fier de voir que ça a contribué à l’essor de l’ESG à notre échelle ».

 

Vague

 

Celui qui a dû se former très rapidement confie avoir appris auprès de pionniers, l’époque est alors à un dynamisme tous azimuts. Un moment de fort bouillonnement intellectuel, mais Robert-Alexandre Poujade n’était alors « pas pleinement satisfait des informations disponibles. On devait attribuer des notes ESG à des entreprises extrêmement différentes, j’avais le sentiment qu’il y avait une marge d’amélioration énorme ». Au fur et à mesure qu’il appréhende les multiples enjeux liés à l’ESG, il regrette que l’attention se concentre presque exclusivement sur le climat et que la nature soit presque invisibilisée dans la finance.

Une situation qui l’étonne encore aujourd’hui, il ne conçoit pas « que pour certains financiers la perte de biodiversité ne soit pas systématiquement prise en compte ». En même temps qu’il parcourt ce qu’il assimile à un chemin de Damas personnel, il voit BNP Paribas Asset Management faire de la biodiversité un axe de priorité – à compter de 2019 – et est de plus en plus amené à intervenir devant des audiences diverses et variées telles que les Banques centrales. Il se rappelle encore aujourd’hui ne pas s’être dérobé lorsqu’il fallait parler devant les représentants de quarante d’entre elles « du risque systémique pour l’économie lié à la perte de biodiversité, comme celui associé à une savanisation de l’Amazonie ».

 

Rayonner

 

Impossible de rester dans son coin, tant le partage est alors essentiel pour faire avancer la question ESG. Celui qui a pu bénéficier de l’expertise de la Zoological society of London et d’autres instances liées à l’ONU notamment, a eu à cœur de faire profiter l’ensemble des collaborateurs de sa montée en compétences. Une sensibilisation qui a mis son temps à être efficace, « c’était en effet parfois laborieux, notamment auprès d’interlocuteurs n’ayant tout simplement rien à dire sur des thèmes comme la préservation de l’eau ou des forêts ».

Les choses bougent pourtant, en interne une stratégie est mise en place pour « essayer d’instiller à chaque collaborateur une réflexion sur l’impact sur la biodiversité d’un investissement dans une entreprise X ou un projet Y, tenant en compte des spécificités géographiques ». Un effort à renouveler sans cesse, qu’il mène également en externe via des rôles - dans le cadre de ses prérogatives chez BNP Paribas Asset Management - tel que dans la Task Force sur la nature (TNFD). Ses convictions ne peuvent s’effacer dans la sphère privée et il mentionne fièrement son adhésion à la Ligue pour la Protection des Oiseaux, qu’il aime à observer et écouter. Une façon à ses yeux « d’avoir un accès à la nature même en ville, c’est impossible de dissocier ce qu’on fait dans sa vie ».

 

Embarquer

 

Une pensée qu’il juge partagée par un nombre de plus en plus grand d’organisations, lesquelles ont compris qu’il faut donner du sens à leurs collaborateurs dans leur quotidien. À son échelle, il se montre « heureux d’avoir pu en quinze ans contribuer à l’innovation en interne sur cette thématique. Le soutien du management a été et est toujours essentiel ». La transmission trouve un écho particulier pour ce père de famille, lequel confie que « c’est vraiment quelque chose qui m’anime énormément, la science et le savoir ça se partage. Dès mon enfance j’ai eu la chance de marcher en montagne et en forêt notamment avec mon grand-père, je ne l’ai compris que bien plus tard mais bien sûr que cela m’a forgé. À mon tour aujourd’hui de transmettre à mes enfants, d’observer la nature avec eux autant que je le peux ».

Il prévient cependant qu’il faut prendre garde à ne pas tomber dans l’excès, sa femme l’aide ainsi « à ne pas tomber dans une forme d’éco anxiété permanente, il faut trouver le bon équilibre si on veut durer ». Un autre message résonne quotidiennement dans la tête de ce fidèle de BNP Paribas Asset Management, celui de la chance « d’avoir des équipes qui comptent sur moi et de travailler sur un sujet qui me plaît. Être arrivé dans le monde du travail pendant la crise des subprimes a marqué ma vie professionnelle, j’ai connu une époque où on avait du mal à avoir des débouchés, où tout n’était pas facile. Dans le métro de New York on croisait des gens avec des cartons remplis de leurs effets personnels, qui venaient d’être licenciés sans préavis quelconque ».

 

Mémoire

 

Une époque durant laquelle nombre de ses connaissances ont dû « enchaîner stage sur stage pour enfin obtenir un emploi stable. Je mesure encore aujourd’hui la chance d’avoir trouvé un travail et qu’il a du sens ». De quoi le pousser à se remettre en question au quotidien et à ne pas se reposer sur ses lauriers. Cela ne semble de toute façon pas être le genre de celui qui a fait ses armes dans « une petite boutique en 2008, c’était un moment où il fallait gérer la situation alors que c’était un peu la panique à bord. Chaque prise de décision d’investissement pouvait avoir des impacts significatifs, les faillites d’entreprises étaient concrètes ».

Des premiers pas dans le monde des affaires qui faisaient suite à un passage en classe prépa puis en école de commerce à ESCP Europe. Un choix « relativement classique compte tenu de mon lycée et de mon contexte familial. C’était bien sûr un choix relativement confortable dans la mesure où cela me laissait ouvert le champ des possibles ». Une période où il va s’épanouir dans une école dont l’ouverture d’esprit le marque encore, que ce soit à travers les échanges avec les autres étudiants ou bien les professeurs charismatiques de son master en finance. Olivier Delbard lui fera ainsi découvrir l’écologie, l’économie solidaire et notamment le Prix Nobel d'Economie 1998, Armatya Sen, et ses travaux sur le développement humain.

Il achèvera d’être séduit par le monde de la finance à l’occasion de ses stages, notamment chez Amundi en Hedge Funds et ce dans un univers « fort en personnalités affirmées ». Le destin va ensuite lui permettre de rejoindre le groupe BNP Paribas, le début d’une longue aventure puisqu’il œuvre depuis 2011 chez BNP Paribas Asset Management. Les premières années le verront essentiellement œuvrer en structuration de fonds. S’il est loin de cette thématique aujourd’hui, Robert-Alexandre Poujade nous confie « avoir dû monter en compétence assez rapidement, dans un milieu où on apprend beaucoup et où chaque erreur est très vite quantifiable ».

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