Feuilleton de l'été
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Fatine Layt, Oddo CF : la méritocratie faite banquière d’affaires
Il suffit de ne pas s’arrêter à la silhouette fluette de Fatine Layt et de saisir son regard déterminé pour constater combien, dans la banque d’affaires, la volonté et l’ambition peuvent abattre des montagnes. Car c’est bien un parcours sans faute que cette marocaine de 46 ans, née à Casablanca, a réalisé depuis sa sortie de Sciences-Po. Elle y fait une rencontre déterminante, celle d’un mentor qui guidera sa vie professionnelle pour la décennie suivante : Jean-Charles Naouri. A seulement 19 ans, celle qui a déjà été premier prix de musique de chambre au Conservatoire de Paris le rejoint lors de la création d’Euris, un des premiers fonds de private equity français. S’ensuivent sept années de rythme effréné, un track record emblématique auprès d’un patron très exigeant, en bref une formation expresse et complète.
Mais lorsque Jean-Charles Naouri décide de racheter Casino et de se concentrer sur la distribution, il est temps de couper le cordon. Elle se lance alors dans l’aventure entrepreneuriale et prend la tête d’une entreprise de presse sous LBO avec Apax, la CEPP. Une plongée dans le grand bain d’une entreprise de 2 000 personnes, avec des syndicats musclés. Trois ans plus tard, après des débuts aussi exceptionnels et chanceux, Fatine Layt ne se voit pas intégrer une grande entreprise. En 2000, elle décide donc, sur les conseils de l’avocat Gilles August, de créer une des premières boutiques en France, Intermezzo. Elle se spécialise dans le M&A et le luxe mais constate rapidement que pour une femme qui n’est ni énarque ni issue du sérail, les plus gros mandats sont hors de portée.
Trois ans plus tard, une opportunité unique se présente. Philippe Manière, alors rédacteur en chef à l’Express, lui présente Jean-Marie Messier, alors tout juste débarqué de Vivendi, honni du tout-Paris. C’est le coup de cœur, ils décident de créer ensemble Messier Partners, une boutique à Paris et New York, et Fatine Layt s’emploie à convaincre les patrons du CAC40 de faire confiance à l’ex-dirigeant star. Mais les relations s’enveniment à propos de la remontée des bénéfices de la société aux Etats-Unis, dans le Delaware, et elle décide de quitter la structure en 2006. S’en suivront de longues poursuites judiciaires, pour lesquelles elle n’obtiendra jamais gain de cause.
Décidée à rebondir, ce caractère bien trempé décide de monter une nouvelle banque d’affaires, Partanea, grâce à l’appui de trois clients fidèles : la banque marocaine Attijariwafa Bank, Arnaud Lagardère et Albert Frère. Rebelote, elle recrute des anciens de Rothschild et retrouve des mandats. C’est alors, en 2008, qu’elle rencontre Philippe Oddo qui lui propose de la racheter et de muscler le corporate finance au sein du groupe familial séculaire. Pour elle, c’est une opportunité unique de rejoindre une plateforme capable de proposer des services de financement, de brokerage et autres services boursiers. La crise arrive alors et, même si les deals sont plus difficiles, Oddo Corporate Finance tire parti de son offre globale. Aujourd’hui, c’est encore plus le nerf de la guerre dans un environnement surliquide, où les banques bataillent pour financer les opérations et faire travailler leurs bilans.
Oddo CF ne peut se plaindre de ne pas être occupé : 52 mandats en cours, dont 32 signés et 22 exécutés au premier semestre, tout ça pour 45 collaborateurs ! Le conseil a assisté la Caisse des Dépôts du Maroc dans l’opération Club Med, une réussite : pour la première fois, une institution publique a réussi à faire relever le prix de la première OPA d’Ardian et Fosun. Il a également déployé de l’imagination dans la cession des douze titres de Lagardère, en obligeant les candidats à dévoiler leurs plans de reprise en termes humains, avant de formuler leurs offres sur le prix. Et a également montré la technicité de son offre marchés, en organisant par exemple la première émission high yield d’Autodistribution. L’international est également un cheval de bataille, confronter les cultures pour aboutir à la cession de Trace TV, le premier groupe de télévision payante pan-africain, à un groupe de médias suédois. Enfin, le track record des IPO n’est plus à prouver : cinq mises en Bourse organisées au premier semestre, dont celle de Viadeo et trois biotechs. Car c’est la marque de fabrique d’Oddo CF : un savoir-faire sectoriel, chaque professionnel étant capable de travailler sur les métiers transversaux de conseil ou de marchés.
Or, c’est bien la capacité à penser « out of the box » que Fatine Layt promeut auprès de ses équipes, elle qui poursuit son engagement à l’extérieur, via l’économie sociale et la culture. Elle s’occupe de la fondation Renault, du mécénat pour le théâtre des Bouffes du Nord, vient d’entrer dans la Fondation franco-africaine pour la croissance menée par Lionel Zinsou, crée des banques d’intégration économique pour les gens défavorisés… Car selon ce pur produit de la méritocratie, seul l’entrepreneuriat peut permettre l’intégration à terme en France. Et elle en est un des plus beaux exemples.
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