Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Sophie Javary, BNP Paribas : la "fana" des opérations compliquées
Lorsqu’elle a croisé Thierry Varenne pour la première fois, c’était en 2005. Elle était chez Rothschild et lui déjà chez BNP Paribas, à la tête du service d’investment banking. C’était à l’occasion de la méga IPO d’EDF. Elle en a gardé un excellent souvenir. Et lui aussi manifestement puisque six ans plus tard, il lui demandera de venir le rejoindre. Cette diplômée d’HEC, ancienne d’Indosuez et de BoFa a passé 16 ans chez Rothschild, l’une des meilleures écoles pour faire ses armes dans la banque d’affaires, avant d’intégrer la rue d’Antin. Transfert qu’elle ne regrette nullement et qui correspond bien à sa personnalité de femme d'action. Dans ce monde très masculin de la banque d’affaires, cette mère de trois enfants de 55 ans, est déjà un oiseau rare : Son goût pour le management d’équipes la rend encore plus atypique. Ce qu’elle aime dans ces défis ? Le plaisir d’orchestrer des opérations compliquées, coordonner les différents originateurs, favoriser ce lien indispensable entre les parties prenantes, enjeu clef pour parvenir à un résultat optimal.
Peu avare de son temps, elle se sent comme un poisson dans l’eau lorsque les choses se compliquent. Dans l’opération Magic Holdings/L’Oréal, par exemple, qu’elle a conseillé, elle a dû faire face à une série de difficultés inédites. L’OPA d’une entreprise européenne sur une firme chinoise cotée à Hong-Kong est déjà une première en France. Il fallait veiller à maîtriser le process de confidentialité. Ce qui n’était pas évident compte tenu de la distance. Heureusement, lance-t-elle, qu’il y avait des équipes sur place. C’est d’ailleurs justement pour faire face à ce type de besoin que son département ne cesse de s’étoffer depuis plusieurs années, l’objectif étant d’avoir la taille critique dans tous les domaines que ce soit juridiques, fiscaux, financiers ou boursiers. Dans le dossier Lafarge/Holcim, le deal est loin d’être finalisé. Reste encore à orchestrer les cessions que vont demander les différentes autorités de la concurrence. Comment séparer les actifs, comment choisir les acquéreurs qui pourraient eux aussi se retrouver en situation de position dominante ? Les décisions devront être prises avec la plus grande finesse. Ce qui ne fait pas peur à cette mordue de spectacles vivants, qu’elle trouve aussi en dehors de la sphère professionnelle…
Si 2014 s’annonce très active en matière de M&A dans son service, elle ne voit pas l’avenir proche sous un trop mauvais jour. La crise de 2007 et 2008 et celles qui ont suivi ont poussé les entrepreneurs à reporter d’indispensables restructurations. Maintenant que le contexte s’est apaisé et que les banques centrales se sont données le mot pour ouvrir les vannes, ils peuvent enfin agir. Elle attend plutôt de grandes manœuvres en provenance des pays émergents, quoi qu’en disent certains. Les investisseurs asiatiques commencent véritablement à s’intéresser à l’Europe. Les fonds souverains comme les fonds de private equity s’engouffrent dans cette brèche et pourraient ainsi contribuer à alimenter le marché des M&A, ces prochains mois.
Son temps libre ? Elle en a un peu. Et le consacre plutôt à donner des cours à HEC ou participer au think tank Europanova qui lui tient à cœur. Bâtir un pont entre la vieille Europe en mal de croissance et de jeunes pays à l’avenir désordonné occupe ses journées. Imaginer des relais pour permettre aux anciennes générations de passer le témoin aux nouvelles lui paraît tout autant essentiel.
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