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Engie; Michelin; FMI

Evenements / patrick artus / Jean-Pierre Clamadieu / Florent Menegaux / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence / Pierre-Olivier Gourinchas

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La recherche de la productivité perdue continue en Europe / Les implications de l’intelligence artificielle ont été au coeur des débats à Aix-en-Provence

L’intelligence artificielle sera-t-elle le tombeau de la productivité européenne ou bien lui permettra-t-elle le chemin de la convergence avec les États-Unis ? Rien n’est pour l’heure arrêté à en croire le prestigieux panel réuni ce matin aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, dirigeants et économistes partageant tant leurs inquiétudes que leurs motifs d’espoirs. Ces derniers ayant trait à la formation, à l’allocation des ressources ou encore au retour de la destruction créatrice.
Florent Menegaux, le président du Groupe Michelin, Jean-Pierre Clamadieu, administrateur et président du conseil d’administration d’Engie, Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et directeur des études du Fonds monétaire international (FMI). DR
Florent Menegaux, le président du Groupe Michelin, Jean-Pierre Clamadieu, administrateur et président du conseil d’administration d’Engie, Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et directeur des études du Fonds monétaire international (FMI). DR

L’Europe ne part pas en pole position sur la question de la productivité ni sur celle de l’intelligence artificielle (IA). Ce n’est pas une surprise, pas plus que ce n’est une nouveauté, pourtant elle ne part pas de zéro pour autant. Patrick Artus, conseiller économique d’Ossiam et membre du Cercle des Économistes, rappelant que la croissance de la productivité est certes au ralenti sur le Vieux continent, il n’en demeure pas moins que le niveau de celle-ci reste pour l’heure élevée.

Impossible d’évoquer cette panne européenne sur le sujet - remontant aux années quatre-vingt-dix après un fort rattrapage durant l’après-guerre - sans évoquer la question de la mesure de la productivité. Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et directeur des études du Fonds monétaire international (FMI), a tout d’abord rappelé la grande difficulté à la quantifier à court terme. Il s’avère qu’elle est particulièrement difficile à isoler lorsqu’elle a été bouleversée récemment par des chocs tels que la pandémie.

 

Nerf de la guerre

 

Les économies devront également composer avec un dilemme posé par ce formidable catalyseur de productivité qu’est l’IA. Pierre-Olivier Gourinchas considérant que ce sont près de 60 % des emplois des économies avancées qui sont exposés à cette dernière. Une forte dichotomie s’opérant alors avec pour la moitié de ces actifs une IA qui pourrait se substituer à leur travail, alors que pour le reste elle agirait en complément. Il a mentionné un triptyque de priorités en Europe, constitué des efforts à porter au marché unique, aux marchés de capitaux et fonds à allouer à la recherche et l’innovation.

On s’est montré moins optimiste chez Esther Duflo, professeur au département d’économie du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et ayant reçu le prix de la Banque de Suède en Sciences économiques en 2019, celle-ci considérant qu’il faut bien avoir en tête "qu’il y a une logique économique et politique aux États-Unis qui va les conduire dans le mur " et ce à plus ou moins court terme. De quoi relativiser l’attrait du modèle américain et ce d’autant plus qu’elle s’est inquiétée des conséquences de l’IA, que ce soit en termes de destruction d’emplois ou bien de diminution des rémunérations.

Particulièrement critique vis-à-vis de la politique économique menée outre-Atlantique, elle a considéré que c’était une erreur de s’attaquer au secteur non marchand, tant ce dernier a été moteur de la croissance passée aux États-Unis.

 

Préparer

 

On semble déjà avoir pris le sujet de l’IA à bras-le-corps chez Michelin, où Florent Menegaux, le président du groupe, s’est targué que les dépenses de formation y soient deux fois plus importantes à celles des entreprises équivalentes. Il a exposé la philosophie maison qui repose sur un apprentissage de l’IA tout en maintenant un fort attachement à la réflexion personnelle, celle-ci devant primer en dernier ressort. Il a comparé son utilisation à un marteau pouvant tantôt être destructeur ou particulièrement utile selon l’usage qui en est fait et a défendu l’idée qu’il "n’y avait aucun objectif de substituer le travail par ça mais d’augmenter le travail par cette technologie".

Jean-Pierre Clamadieu, administrateur et président du conseil d’administration d’Engie, a défendu une approche similaire en évoquant une vision de l’IA "qui n’est de remplacer des emplois mais permettre à nos équipes de mieux travailler", partageant le constat de l’importance de la formation que ce soit au niveau initial ou dans la capacité des entreprises à faire évoluer leurs collaborateurs. Un chantier dont il a assuré qu’il mobilisait des moyens importants chez Engie et qu’il fallait un dialogue apaisé pour faire comprendre qu’il n’allait pas tant s’agir de suppressions massives de postes que de transformations à grande échelle de ces derniers.

 

Risques

 

Patrick Artus s’est également montré pour le moins inquiet quant à la formation d’un oligopole sur la question de l’IA, tant un petit nombre d’entreprises est à l’origine d’un grand nombre des investissements. Une concentration de la richesse et des investissements qui devrait conduire à des investissements défensifs et in fine faire baisser la productivité et la diversité des idées innovantes. Décidément très enclin à chercher des exemples de réussite dans les pays nordiques, il a également dressé les louanges d’un système de formation professionnelle danois qui parvient à ramener un emploi en quatre mois, contre plus d’un an en France. Il y voit le retour de la création destructrice, étant donné la faculté qu’auraient les Danois à démissionner afin de retrouver un meilleur emploi.

Pour l’économiste les taux d’endettement publics posent un vrai problème, tant les niveaux actuels vont faire grimper les taux d’intérêt et ne permettront mécaniquement plus une dépense publique comme elle l’a été par le passé. Or, il a argué que le véritable perdant d’une période prolongée de faibles gains de productivité était l’État, étant donné que les entreprises ont augmenté leur taux de marges ces dernières années et que le pouvoir d’achat des ménages a progressé. De quoi laisser la puissance publique quelque peu démunie en ressources pour investir.

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