WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
perspectives; économiste; FMI

Macro-économie / Taux / Fonds monétaire international / Pierre-Olivier Gourinchas / croissance mondiale

Macro-économie / Taux
Fonds monétaire international / Pierre-Olivier Gourinchas / croissance mondiale

Les perspectives du FMI sont loin de minimiser les effets des droits de douane / Ils produiront des effets durant de longs mois

Derrière une croissance mondiale qui ne change que très légèrement entre 2025 et 2026, le Fonds monétaire international (FMI) explique qu’il n’en demeure pas moins prématuré d’estimer que le relèvement des droits de douane décidé par les États-Unis est indolore pour l’économie mondiale. Pierre-Olivier Gourinchas, le chef économiste du FMI, explique que la croissance pourrait être freinée tant par la montée du protectionnisme, les chocs ayant trait à la main-d’œuvre ou encore par une incertitude qui tarde à se dissiper.
Pierre-Olivier Gourinchas, le chef économiste du FMI. Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP
Pierre-Olivier Gourinchas, le chef économiste du FMI. Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP

Attention à ne pas se reposer sur ses lauriers. Les projections de croissance mondiale des dernières perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international (FMI) viennent pourtant d’être révisées à la hausse par rapport au mois d’avril. Pas de quoi empêcher toutefois un ralentissement à l’échelle planétaire avec une croissance de 3,3 % en 2024, puis de 3,2 % en 2025 et 3,1 % en 2026.

Les équipes du FMI expliquent que ces chiffres "restent inférieurs à ceux établis avant les réorientations stratégiques" et que derrière eux se cache une croissance de l’ordre "de 1,5 % dans les pays avancés, et juste au-dessus de 4 % dans les pays émergents et les pays en développement". Pierre-Olivier Gourinchas, le chef économiste de l’institution, rappelle cependant que lui et ses équipes avaient fourni en avril dernier une "fourchette estimative de la révision à la baisse de la croissance mondiale qui allait de ‘modérée’ à ‘notable’", et ce en fonction de la gravité de l’impact du choc douanier sur les échanges commerciaux. Il s’avère que pour l’heure, ses répercussions se situent dans la partie modérée, ce qui ne prémunit pas contre le risque que les effets délétères s’amplifient avec le temps.

 

Nuages noirs

 

L’économiste en chef s’est en effet attaché à expliquer que les perspectives sont susceptibles d’être révisées à la baisse, n’hésitant pas à dire qu'il serait "à la fois prématuré et faux" de tirer la conclusion que le choc associé au relèvement brutal des droits de douane n’a aucun effet sur la croissance mondiale. Prenant la suite de nombreux observateurs, il a indiqué que les effets de la guerre commerciale seront bien plus nettement observables dès lors que les entreprises se mettront à en faire supporter le coût sur les consommateurs et clients.

Les conséquences d’un marché du travail américain bouleversé par des flux de main-d’œuvre étrangère largement restreints depuis l’arrivée de Donald Trump, pourraient bien constituer un choc négatif supplémentaire sur l’offre. Les investissements conséquents dans l’intelligence artificielle, associés à une politique budgétaire qualifiée de "modérément expansionniste pour 2026" contribuant à compenser le ralentissement de l’investissement. Des facteurs de soutien dans lesquels Pierre-Olivier Gourinchas voit "quelques similitudes avec la bulle Internet de la fin des années quatre-vingt-dix. L’optimisme que suscite une innovation technologique (Internet à l’époque, l’IA aujourd’hui) sur les marchés fait grimper les valorisations, alimentant le boom des investissements axés sur les technologies et soutenant la consommation grâce à d’importants gains en capital".

Au risque de tirer le taux d’intérêt d’équilibre vers le haut dans les prochains mois, dès lors que le boom de l’IA continue à présenter la même vigueur, il n’exclut pas dans cette optique que les pressions exercées par la demande s’accentuent encore davantage, de quoi nécessiter un resserrement des politiques monétaires. Ce qui n’exonère pas d’un tout autre danger, celui d’un secteur qui ne parvienne pas à satisfaire les attentes en termes de bénéfices, et qu’une correction des prix associée finisse par se propager au reste des marchés financiers.

 

Vaciller

 

La santé de l’économie chinoise n’est guère davantage épargnée par les aléas baissiers, le secteur immobilier continue à inquiéter le FMI, l’économie tout entière "menace de basculer dans la déflation par la dette" et la croissance du pays, soutenue largement par les exportations manufacturières, ne semble pas pouvoir durer, à en lire les perspectives du Fonds. Une mauvaise affectation des ressources expliquerait quant à elle le "contraste entre les importants gains de productivité enregistrés dans certains grands secteurs industriels, comme les véhicules électriques et les panneaux solaires, et l’absence d’accroissement de la productivité globale".

Autre sujet de préoccupation pour l’économiste, celui d’une augmentation des pressions sur nombre d’institutions chargées de définir les politiques publiques, aux premiers rangs desquelles on retrouve les banques centrales. Pierre-Olivier Gourinchas martelant que "la préservation de l’indépendance des institutions chargées de la politique monétaire est une condition sine qua non de la stabilité macroéconomique ", notamment par leur capacité à ancrer les anticipations d’inflation en période de crise.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article