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Fonds monétaire international / croissance mondiale
Le FMI révise sensiblement à la baisse ses prévisions de croissance mondiale / Aucun pays n’en sort indemne
Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une dégradation significative de l’état de santé de l’économie mondiale. L’institution de Washington a indiqué s’attendre à une progression de 2,8 % du Produit intérieur brut (PIB) pour 2025 et de 3 % en 2026, contre 3,3 % escomptée précédemment pour chacune des deux années.
Pour mettre en perspective le chiffre attendu pour 2025, il faut rappeler qu’hors crise économique ou financière (pandémie, subprimes), jamais la croissance mondiale ne s’est affichée à un niveau égal ou inférieur à 2,8 % au cours des deux dernières décennies. La décision du FMI s’inscrit dans le contexte d’un sévère durcissement de la politique commerciale des États-Unis, le président Donald Trump ayant décidé d’augmenter fortement les droits de douane sur les marchandises importées.
"La combinaison de mesures et de contre-mesures a porté les droits de douane américains et mondiaux à des niveaux inégalés depuis un siècle. Cependant, le contexte de ces augmentations est très différent", a déclaré Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI. Ainsi, le Français a estimé que contrairement au siècle dernier, l’économie mondiale se caractérisait aujourd’hui par un degré élevé d’intégration économique et financière, avec des chaînes d’approvisionnement et des flux financiers qui sillonnent le monde et dont le dénouement potentiel pourrait constituer une source majeure de bouleversements économiques.
"La plupart des biens échangés sont des intrants intermédiaires qui traversent les pays plusieurs fois avant d’être transformés en produits finaux", a-t-il illustré. "Des perturbations sectorielles pourraient se propager vers le haut et vers le bas de la chaîne de valeur mondiale, avec des effets multiplicateurs potentiellement importants, comme nous l’avons vu pendant la pandémie", a ajouté Pierre-Olivier Gourinchas. Aussi, compte tenu de ces vents contraires, le Fonds a également revu à la baisse sa prévision de croissance du commerce mondial de 1,5 point de pourcentage cette année, à 1,7 %, avec une reprise prévue pour 2026 (2,5 %).
Comme l’on pouvait s’y attendre, c’est l’économie américaine qui ressort le plus affectée de ce changement de politique économique. D’après le FMI, son PIB ne croîtrait "que" de 1,8 % en 2025, soit 0,9 point de moins qu’escompté. "Cette révision à la baisse est le résultat d’une plus grande incertitude politique, de tensions commerciales et d’un assouplissement des perspectives de la demande, compte tenu d’une croissance de la consommation plus lente que prévu", justifient les économistes du FMI.
La zone euro, dont les performances économiques s’appuient traditionnellement sur les exportations, voit, elle, sa croissance déjà mirifique être révisée à la baisse de 0,2 point, à 0,8 %. Dans le détail, l’Allemagne ferait du surplace (-0,3 point) tandis que le PIB de la France augmenterait de 0,6 % (-0,2 point) et celui de l’Italie de 0,4 % (-0,3 point). Du côté de l’Asie, la croissance chinoise atteindrait 4 % (-0,6 point) contre 6,2 % pour celle de l’Inde (-0,3 point) et 0,6 % pour le Japon (-0,5 point).
À noter que l’ensemble de ces prévisions ont été conçues avec les données connues au 4 avril, c’est-à-dire 2 jours après l’annonce des droits de douane "réciproques" de Donald Trump. Or, le 9 avril, le président des États-Unis est partiellement revenu sur cette décision en la suspendant pour 90 jours et en instaurant immédiatement à la place des droits de douane moindres. Les équipes du FMI ont examiné cet évènement, et tout ce qui est survenu depuis lors comme l’explosion des droits de douane américains sur les produits chinois et inversement, dans un scénario parallèle de leur trajectoire de référence.
Le FMI rapporte que ces nouvelles informations ne modifient que très marginalement ses prévisions de croissance mondiale comparativement au scénario central (inchangé pour 2025, -0,1 point pour 2026). Toutefois, la composition de la croissance serait amenée à évoluer considérablement. "Les gains résultant de la baisse des taux tarifaires effectifs pour les pays qui étaient auparavant soumis à des droits de douane plus élevés seraient maintenant compensés par des résultats de croissance plus faibles en Chine et aux États-Unis - en raison de l’escalade des taux tarifaires - qui se propageraient à travers les chaînes d’approvisionnement mondiales", juge l’organisation. En outre, "les pertes en Chine et aux États-Unis s’accentueraient à partir de 2026, tandis que les gains dans d’autres régions s’estomperaient, ce qui conduirait à des performances mondiales plus faibles que les prévisions de référence", souligne le Fonds.
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