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Commission d'enquête aides publiques / décarbonation / Crise sanitaire / ExxonMobil
Aides publiques aux entreprises : la philosophie du patron d’ExxonMobil France / Les quatre principes fondamentaux à l’efficacité du soutien de l’Etat
Etonnement dans les rangs de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises ce mardi après-midi. Malgré un résultat financier très négatif en 2020 - une perte de 800 millions d’euros -, ExxonMobil France n’a pas sollicité le plan d’aides mis en place à l’époque par Bercy pour protéger les entreprises de la crise sanitaire.
Une gestion prudente
"Notre philosophie repose sur une politique de gestion prudente de notre société. S’agissant par exemple de l’une de nos deux sociétés, ESSO SAF (raffinage et distribution, cotée au SBF 120 – l’autre étant ExxonMobil Chemical France (EMCF)), nous avons pu résister à la crise Covid parce que nous avons su gérer les bonnes années et mettre des réserves de côté pour faire face à la volatilité des marchés. De fait, nous sommes soumis à deux marchés qui fluctuent de façons différentes : celui du pétrole brut, et celui des produits finis. Notre prix de revient nous ne le maîtrisons donc pas. Ce sont les marchés qui décident. Ainsi, à la fin de chaque année, lorsque l’on fait les comptes et s’il y a des éléments de cette gestion qui sont liés à cette variation de prix sur stocks, et qui ne sont pas le résultat de notre valeur ajoutée, nous le mettons en réserve, ce qui nous permet de faire face à des chocs disruptifs, comme la pandémie, sans faire appel aux aides publiques ", a expliqué le président-directeur général d’ExxonMobil France, Charles Amyot, détaillant ces principes : " Nous devons donc avoir des fondamentaux et des principes extrêmement clairs de gestion, à savoir, l’excellence opérationnelle, la maîtrise des coûts et la discipline des investissements. Vous allez me dire que j’enfonce des portes ouvertes. Mais il y a peu d’entreprises capables de définir ces fondamentaux et de les mettre en œuvre tous les jours ".
Une compétition internationale non sans effet
Pourtant, la filiale française du géant américain est percutée de plein fouet par la crise du secteur de la chimie. Si ESSO SAF a enregistré l’année dernière un profit de 107 millions d’euros, EMCF est lourdement déficitaire, avec une perte de 470 millions d’euros et d’un milliard d’euros sur les cinq dernières années. Si bien qu’aucun dividende n’est remonté à la maison-mère depuis 2018.
Une crise qui a aussi contraint récemment le groupe de décider de la fermeture de son vapocraqueur de Gravenchon (équipement transformant les hydrocarbures en molécules élémentaires utilisées dans l’industrie chimie, plus de 600 postes concernés). "On y a cru, on a tout fait pour sauver ces activités mais la crise énergétique de 2022 et l’accélération post-pandémie des investissements en Chine et aux Etats-Unis ont fait que le secteur de la chimie est au plus bas du cycle structurel. La demande n’étant pas là, et la surcapacité des stocks aidant, il n’y avait malheureusement pas d’autres décisions à prendre. C’est extrêmement difficile pour un dirigeant ", a-t-il confié.
"Plus de sous dans les caisses de l’Etat"
Certes, ExxonMobil France reçoit bien des soutiens publics, comme les aides aux entreprises energo-intensives, les aides à l’investissement, le crédit impôt recherche et l’aide à l’emploi mais les montants restent limités. Entre 2020 et 2023, ceux-ci se sont élevés à 52 millions d’euros, dont 20 millions en 2023, soit 3 % de la contribution économique du groupe. "La majorité des aides perçues, soit 18,5 milliards d’euros, concernent la problématique de réduction des coûts de CO2 et de prix de l’énergie ", a précisé Charles Amyot.
Et le patron de la filiale française de délivrer ses recommandations à la représentation nationale. "Le soutien des pouvoirs publics doit être temporaire, ne pas durer pour toujours. Pour atteindre la neutralité carbone, il faut aider au développement de marchés visant la réduction des émissions. Lorsque l’on parle d’aides publiques, ne faudrait-il pas commencer à en définir les grands principes tels que le pragmatisme, la visibilité, le ciblage et le contrôle. Nous devons à nos concitoyens de regarder l’efficacité coût-bénéfice des aides d’Etat. Il faut se dire les choses, il n’y a plus de sous dans les caisses. On parle d’aides publiques, il faut d’abord trouver l’argent. Je pense que cet argent doit être bien utilisé ", a-t-il affirmé, annonçant qu’une procédure de remboursement à une aide de 847 000 euros concernant un projet de réduction des émissions d’une chaîne de production arrêtée l’année dernière avait été engagée.
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