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Evenements / Arcelormittal / Commission d'enquête aides publiques / commission européenne / MACF / acier

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Aides aux entreprises : la décarbonation d’ArcelorMittal entre les mains de la Commission européenne / Alain Le Grix de la Salle se veut optimiste

Convaincu que l’avenir de la sidérurgie en Europe passera par sa décarbonation et des actions de défense fortes, comme une révision du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, de la part de la Commission européenne envers les importations, le patron France d’ArcelorMittal a expliqué aux membres de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides aux entreprises, qu’il n’attendait que de la visibilité pour déclencher son nouveau plan d’investissements en France, où un généreux soutien de l’Ademe l’attend.
Alain Le Grix de la Salle (©AN)
Alain Le Grix de la Salle (©AN)

L’Hexagone tient une place particulière dans la stratégie industrielle d’ArcelorMittal en Europe. C’est ce qu’a tenté de démontrer Alain Le Grix de la Salle, président du groupe en France, lors de son audition, ce jeudi, par la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises. "Nos effectifs sont stables depuis 2019 avec 15 400 salariés en France, soit 25 % des effectifs du groupe, répartis sur 40 sites de production et de transformation et 4 sites de R & D. Nous estimons que pour un emploi direct, l’industrie de l’acier génère trois emplois indirects, donc plus de 45 000 emplois en France ", a-t-il dénombré, indiquant qu’ArcelorMittal investissait également massivement en France. Sur les cinq dernières années, 1,7 milliard d’euros ont été injectés dans ses sites, hors grands projets de décarbonation, l’Hexagone concentrant environ 25 % des investissements européens.

 

Les importations à bas coût déferlent sur l’Europe

 

Et ce alors même que son entreprise traverse une crise sans précédent, "laquelle met à risque notre devenir ", du fait d’un effondrement du marché depuis 2004. Une crise qui a contraint le groupe à décider d’un processus de transfert de ses fonctions support (1 100 à 1 600 postes en Europe) vers l’Inde. "La production d’acier en Europe a atteint en 2023 son plus bas niveau historique, avec 126 millions de tonnes de production. Entre 2008 et 2024, ce sont 26 millions de tonnes de capacités fermées de manière permanente en Europe, tout sidérurgiste confondu. En France, le niveau de l’acier était en 2008 de 8,3 millions de tonnes, il a été divisé par deux depuis pour atteindre 4,1 millions de tonnes en 2023 ", a-t-il détaillé.

Une crise aux facteurs multiples : baisse constante et continue de la demande d’acier en Europe et en France, en moyenne de 20 % sur les cinq dernières années. À cela s’ajoute un coût de l’énergie beaucoup trop élevé, que ce soit le gaz ou l’électricité, ce qui entraîne une perte de compétitivité pour le Vieux continent face aux États-Unis et à la Chine. Enfin, une surcapacité mondiale de production d’acier (entre 500 et 600 millions de tonnes, soit quatre fois la consommation européenne) "dans un contexte où l’Europe qui se protège trop peu contre des importations extrêmement élevées en volume et à bas prix. Aujourd’hui, le prix de vente d’une tonne d’acier est pratiquement égal à son prix de revient. L’on parle de la majoration de 25 % des droits de douane aux États-Unis mais le principal risque concerne les flux d’acier importés par les Américains et qui vont devoir trouver d’autres débouchés. Des nouveaux flux qui vont donc continuer à détruire le marché français et européen ", a-t-il alerté.

 

La Commission européenne semble déterminée à prendre le problème à bras-le-corps

 

Et Alain de Grix de la Salle de souligner toutefois la volonté de l’Europe à prendre des mesures pour soutenir son industrie. "Nous avons demandé le soutien de la Commission européenne pour limiter les importations et pour rendre plus efficace le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Le 19 mars dernier, elle a d’ailleurs publié son plan "Acier" qui témoigne d’une bonne compréhension sur l’urgence de la situation, la Commission se disant prête à traiter certains problèmes structurels, notamment concernant la politique de défense commerciale, les lacunes du MACF, et l’absence de réglementation destinée à stimuler la demande d’acier à faible empreinte carbone ", s’est-il félicité. "À ce stade, nous sommes reconnaissants auprès des leaders de la Commission européenne pour leur engagement dans la préparation de ce plan. Ils doivent désormais le transformer en actions concrètes et efficaces en s’assurant que tous les détails nécessaires soient bien intégrés à la législation afin que nous puissions lancer nos investissements de décarbonation. On parle de milliards d’euros ", a poursuivi le président d’ArcelorMittal France.

Interrogé par le rapporteur de la commission, le communiste Fabien Gay, sur l’avenir de l’acier en Europe, Alain Le Grix de la Salle s’est montré de fait confiant. "ArcelorMittal possède encore 11 hauts fourneaux en activité en Europe (contre 22 il y a 12 ans), dont 3 en France, à Dunkerque et à Fos-sur-Mer. Mais 10 % du prix de vente d’une tonne d’acier en Europe est une pénalité carbone. En 2030, ce sera 25 %. Il n’y a donc pas de débat, nous devons faire cette décarbonation. À partir du moment où la Commission européenne a décidé – et elle devrait annoncer des mesures dans les mois à venir -, nous sommes optimistes. Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas d’avenir pour la sidérurgie en Europe. Notre objectif est de pouvoir annoncer nos premières décisions d’investissements durant le 3e trimestre prochain ", a-t-il répondu.

 

L’aide de l’Ademe en attente de visibilité pour être perçue

 

Certes, en attendant, le groupe bénéfice d’aides publiques en France. En 2023, l’entreprise a perçu un total de 298 millions d’euros dont 195 millions au titre de l’énergie. S’agissant des aides à l’investissement, spécifiques à ArcelorMittal et hors régime commun, le groupe s’est vu autoriser, au titre de la décarbonation, un engagement public de 850 millions d’euros de la part de l’Ademe pour son projet à Dunkerque, un investissement total de 1,8 milliard d’euros. "Une aide - dont un remboursement en fonction de la rentabilité du projet est prévu par une clause au contrat - qui a fait l’objet d’une autorisation spécifique de la Commission européenne ", a précisé Alain Le Grix de la Salle qui en a profité pour rétablir certaines vérités. "À ce jour, ArcelorMittal n’a reçu aucun euro de cette aide. Le projet a en effet été différé, tout comme nos projets en Europe, du fait du manque de visibilité sur le MACF et sur les protections concernant les importations. Or, le lancement effectif du projet est la condition pour recevoir cette aide de l’État. En parallèle, le groupe a toutefois décidé de faire des investissements de maintenance, 250 millions d’euros à Dunkerque et 50 millions à Fos-sur-Mer afin de permettre de tenir et de faire le joint avec notre plan de décarbonation ", a-t-il fait savoir, prévenant que "sans aide, la décarbonation de notre industrie serait très difficile, le prix de vente d’une tonne d’acier décarbonée ou non étant quasiment le même. Un client aujourd’hui n’accepte pas de payer plus cher pour avoir une tonne d’acier décarbonée ".

 

Attention, le CIR perd en compétitivité

 

Concernant les aides liées au régime commun, le crédit d’impôt recherche (CIR) a représenté sur 10 ans environ 35 à 40 millions d’euros par an, sur une dépense moyenne annuelle de 150 millions d’euros. " La France est le premier pays R & D pour le groupe. La moitié de la recherche mondiale étant située dans le pays avec 850 chercheurs, un nombre en augmentation régulière, de 10 % en moyenne sur les 10 dernières années ", a souligné le dirigeant, constatant néanmoins que la France perd du terrain en termes de compétitivité et de développement. "Cela provient d’une série de modifications du CIR mais également de décisions d’autres pays. Le Royaume-Uni, par exemple, muscle depuis plusieurs années son "Tax-relief" tandis que l’Espagne n’a eu de cesse de faire preuve d’initiatives avec un crédit d’impôt innovation, un crédit impôt recherche et des soutiens régionaux créatifs particulièrement efficaces ", a fait savoir le patron d’ArcelorMittal France.

"Le CIR est donc essentiel pour pouvoir maintenir nos compétences et développer nos centres de recherche ", a insisté Alain Le Grix de la Salle, assurant toutefois que "le groupe ArcelorMittal est implanté là où son histoire l’a conduit et non pas en fonction de là où les aides sont les plus importantes. Nos sites sont localisés par rapport aux marchés que nous souhaitons servir. La stratégie en Europe est en outre très claire : elle est une zone clé. 45 % du chiffre d’affaires du groupe est réalisé en Europe, et 50 % des volumes de ses activités ".

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