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Commission d'enquête aides publiques / Carrefour / Location-gérance
Alexandre Bompard défend les bienfaits du passage à la location-gérance chez Carrefour / De l’entrepreneuriat plutôt que des licenciements
Timing parfait. Alors que la semaine dernière, le juge des référés s’est déclaré incompétent pour trancher un litige opposant Carrefour à la CFDT, cette dernière lui reprochant de passer une quarantaine de magasins en location-gérance en 2025, le patron de l’enseigne, Alexandre Bompard, a profité de son audition devant les membres de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques pour vanter les mérites de ce modèle. "L’autre jour on était dans un contentieux avec un syndicat pour lequel j’ai un profond respect. Il y a un moment, je me suis dit mais est-ce que c’est vraiment le syndicat que je connais ? Ils ont dit cette formule folle : j’aurais préféré un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi, ndlr), j’aurais préféré des licenciements, à des passages en location-gérance. J’aurais donc préféré la fermeture d’un magasin à un passage en location-gérance chez un franchisé", s’est-il étonné, revendiquant au contraire, "toujours préférer avoir des entrepreneurs qui sont des gens très louables, comme un indépendant chez Leclerc ou chez Intermarché, à la fermeture et un plan social. La fermeture, ce sont des centaines d’emplois directs et indirects concernés".
Un modèle qui a même développé de l’emploi
Le patron de Carrefour a ainsi rappelé aux sénateurs que depuis sa prise de fonction en 2018, "nous avons fermé zéro hypermarché dans un secteur qui connaît des défis inédits : concurrence des enseignes étrangères (Action, Temu, Shein, etc), transitions profondes (digitale, logistique, RSE) qui nécessitent des dizaines de milliard d’investissements, secteur à faible marge, la France étant le pays où la compétition entre les distributeurs est de loin la plus forte. Résultat : certains d’entre eux, deux grands groupes qui faisaient partie du Top 15 mondial, connaissent de grandes difficultés", a contextualisé celui qui est aussi le président de la Fédération du commerce et de la distribution.
"Chez Carrefour, nous avons décidé de refuser les fermetures d’hypermarchés mais nous nous sommes transformés en recourant à la franchise et à la location-gérance avec un entrepreneur qui récupère la responsabilité du magasin", a insisté Alexandre Bompard. Ce faisant, ce sont une quarantaine de magasins du groupe qui passent en location-gérance chaque année – "les magasins qui souffrent ", a précisé Alexandre Bompard-, si bien que sur les 170 000 salariés du groupe la moitié sous location-gérance. "Au raisonnement de dire, Carrefour a réduit de 33 % ces effectifs, c’est faux puisque la transformation que nous avons menée a permis à la collectivité qu’il y ait davantage de personnes embauchées. Nous sommes en effet passés de 125 000 collaborateurs en 2018 à 170 000 aujourd’hui. Vous vous rendez compte, nous n’avons pas fermé un seul hyper en France et on a développé de l’emploi", a-t-il pris à témoin les sénateurs.
Les aides : un contrepoids au coût du travail
Selon lui, dans 195 magasins, "les salariés constatent non seulement que le magasin ne perd plus d’argent, qu’il est sauvé et qu’il fonctionne avec l’entrepreneuriat. D’autant que nous avons négocié avec les partenaires sociaux une clause sociale, qui prévoyait le maintien des contrats, des salaires et de l’ancienneté ", a souligné Alexandre Bompard, se disant conscient des craintes des salariés lors d’un changement de statut. " Mais ça a sauvé les hypermarchés et ca a permis à Carrefour de rester un acteur français et mondial. Comprenez bien que cela nous a permis de sauver notre modèle ", a-t-il déclaré.
A ce sujet, Alexandre Bompard a d’ailleurs expliqué qu’il considérait les aides publiques en France, et notamment le soutien à l’apprentissage et les allègements de cotisations sociales, comme un soutien à "l’emploi non délocalisable, permettant de préserver la compétitivité-coût de la France et d’être un contrepoids au coût du travail qui demeure particulièrement élevé dans notre pays, par rapport à la moyenne de l’OCDE", reconnaissant toutefois que des entreprises bénéficiaires procèdent à des licenciements ou des délocalisations. "Il ne faut pas le nier mais il ne faut pas non plus en tirer une généralisation hâtive. Cela ne suffit pas à invalider le bien-fondé des dispositifs dans leur ensemble. Conditionner les aides à l’absence de restructurations serait à manier avec prudence au risque de rigidifier le tissu économique et de créer des effets pervers. On ne peut pas faire abstraction du contexte international. La France n’est pas une île ", a-t-il prévenu.
Ne pas toucher à ce qui permet d’enrayer le chômage
S’agissant plus précisément des allègements de charges, si le président-directeur général de Carrefour a estimé "totalement légitime" de s’interroger sur leur niveau, se disant favorable à l’évolution recommandée par le rapport Bozio-Wasmer (politique d’exonération plus progressive et moins concentrée sur le Smic), selon lui, "les allègements de charges ont eu pour effet d’abaisser le taux de chômage des personnes à faible qualification ou entrant sur le marché du travail", a-t-il fait remarquer, chiffrant à 250 millions d’euros cette mesure sur une masse salariale de 3,2 milliards d’euros pour Carrefour.
Même constat pour l’aide à l’apprentissage qui a permis "d’attirer des collaborateurs, de les former, de faire jouer l’ascenseur social", a-t-il insisté, se félicitant que "la France ait enfin un apprentissage qui fonctionne ". Si bien que pour le patron de Carrefour, conditionner ce dispositif à la taille de l’entreprise, "serait un drôle de critère".
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