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Les trois moteurs de Carrefour répondent présent / La marge reste freinée par Cora et l’Argentine
« Nous savons que les attentes se sont désormais déplacées de la stratégie elle-même vers son exécution, et c’est exactement là que se porte aujourd’hui notre attention », a prévenu Alexandre Bompard, le 23 juillet, lors de la présentation des résultats semestriels de Carrefour. Cinq mois après le lancement du plan Carrefour 2030, le PDG du distributeur cherchait à en apporter une première traduction dans les comptes. Le résultat opérationnel courant du premier semestre a progressé de 4 %, à 757 millions d’euros, porté par une hausse de 9 % dans les trois pays cœur que sont la France, l’Espagne et le Brésil. Le chiffre d’affaires a augmenté de 2,1 % en comparable, tandis que le résultat net ajusté par action a bondi de 18,3 %, à 0,49 euro, soutenu notamment par la baisse du coût de l’endettement après le refinancement de la dette brésilienne. À fin juin, la dette nette avait par ailleurs reculé de 1,1 milliard d’euros sur un an, à 5,8 milliards.
Le pari des prix commence à porter ses fruits
La France s’est imposée comme le principal moteur de cette progression, avec un résultat opérationnel courant en hausse de 13,8 %, à 300 millions d’euros, et une marge améliorée de 16 points de base, malgré les surcoûts de transport et d’énergie provoqués par la crise au Moyen-Orient et les vagues de chaleur. Carrefour a dans le même temps poursuivi son offensive commerciale, à travers trois vagues nationales de baisses de prix en mars, avril et juin, portant chacune sur plus de 500 produits et représentant une réduction moyenne de 8 %, auxquelles s’est ajouté un panier de 200 références à marque propre vendues à prix coûtant. « Nous étions numéro quatre. Nous sommes numéro deux », a souligné Alexandre Bompard au sujet du positionnement prix des hypermarchés, tout en appelant à conserver « beaucoup d’humilité » : « Nous ne sommes pas du tout leaders sur les prix, et ce n’est pas notre objectif. » Ces investissements ont été absorbés par le plan d’économies, qui a déjà généré 490 millions d’euros au premier semestre, en ligne avec l’objectif annuel d’un milliard.
Cora, Match et l’Argentine pèsent sur la marge
Les anciens magasins Cora et Match concentrent, eux, le débat. Leurs ventes accélèrent nettement, à +4,6 % en comparable au deuxième trimestre après +2,6 % au premier, mais l’alignement de leur modèle commercial sur celui de Carrefour continue de peser lourdement sur leur rentabilité. Leur perte semestrielle s’est réduite de 80 à 75 millions d’euros, mais reste nettement supérieure aux 48 millions qu’attendait UBS. Hors Cora et Match, souligne toutefois la banque, le résultat opérationnel de la France atteint 375 millions d’euros, au-dessus de ses propres attentes. La direction maintient son cap d’un exercice « très proche de l’équilibre » pour Cora et Match, en misant sur l’accélération des ventes, la disparition des coûts exceptionnels d’intégration et la fin de l’effet défavorable lié au déploiement, à l’été 2025, du modèle commercial de Carrefour. « Des bénéfices significatifs sont à venir au second semestre », a assuré le directeur financier Matthieu Malige. L’Espagne et le Brésil complètent le trio de tête, avec des ROC en hausse respective de 7,3 % à 177 millions d’euros et de 5,8 % à 359 millions, tandis que l’activité brésilienne est revenue en croissance au deuxième trimestre, portée notamment par l’amélioration d’Atacadão.
Le semestre n’est pourtant pas exempt de points de faiblesse. Le ROC du groupe ressort légèrement sous le consensus de 779 millions d’euros, un écart qui, selon Oddo BHF, « provient essentiellement de l’Argentine », où le recul des volumes et l’augmentation du coût du risque dans les activités financières ont fortement dégradé la rentabilité. Les fonctions globales ont également pesé sur la comparaison, le premier semestre 2025 ayant bénéficié de reprises de provisions qui ne se sont pas répétées cette année.
Alexandre Bompard a remanié le management local et revendique des volumes redevenus positifs en juin, une première depuis décembre 2023 : « Nous pensons que le pire est derrière nous. » Le redressement reste néanmoins à confirmer au second semestre. La faiblesse des résultats argentins rend en outre moins crédible, aux yeux d’Oddo BHF, l’hypothèse d’un désengagement du pays : « Avec l’Argentine aussi faible, nous pensons que toute spéculation de cession potentielle disparaît. »
Plusieurs relais attendus au second semestre
Malgré ces fragilités, le groupe confirme l’intégralité de ses objectifs pour 2026, au premier rang desquels une marge opérationnelle en hausse de plus de 25 points de base, ainsi qu’un cash-flow libre net et un bénéfice ajusté par action en croissance. Leur réalisation reposera sur plusieurs leviers au second semestre : l’amélioration attendue de Cora et Match, le redressement de l’Argentine, la poursuite du plan d’économies et le plein effet du refinancement de la dette brésilienne sur les frais financiers. « La bonne tenue des marges du périmètre historique en France et la solidité des ventes et des profits en Espagne et au Brésil confortent notre confiance dans l’exécution et dans la stratégie de recentrage sur ces marchés », résume UBS.
En parallèle, Carrefour poursuit la redistribution du produit de ses arbitrages géographiques : les actionnaires recevront, le 30 juillet, un acompte exceptionnel de 0,21 euro par action financé par la vente de Carrefour Roumanie. Le groupe devra ensuite convaincre sur l’un des piliers de son plan, lors d’une journée investisseurs consacrée aux hypermarchés français le 17 novembre.
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