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Droit de la concurrence / Autorité de la concurrence / grande distribution / Concordis / Carrefour

Droit de la concurrence
Autorité de la concurrence / grande distribution / Concordis / Carrefour

Benoît Cœuré veut mettre la grande distribution face à son premier vrai test concurrentiel / Même si l’amont n’intéresse malheureusement que la France

Face à la montée en puissance des alliances à l’achat dans la grande distribution, l’Autorité de la concurrence a décidé, début janvier, de dégainer un outil inédit : le bilan concurrentiel. Dans le viseur, les alliances AURA et Concordis, soupçonnées de fragiliser certains producteurs. Devant les députés, son président Benoît Cœuré a justifié une enquête qui pourrait faire date dans un secteur toujours plus concentré, tout en pointant une singularité française dans une Europe encore largement focalisée sur la seule baisse des prix pour le consommateur.
Benoît Coeuré, président de l'Autorité de la Concurrence (PHILIPPE DESMAZES / AFP)
Benoît Coeuré, président de l'Autorité de la Concurrence (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

En début de mois, l’annonce avait sonné comme un coup de tonnerre dans la grande distribution. L’Autorité de la concurrence avait en effet décidé de lancer une procédure de bilan concurrentiel concernant les alliances à l’achat AURA (Auchan, Intermarché et Casino) et Concordis (Carrefour et Coopérative U). Et c’est à la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale que son président, Benoît Cœuré, a choisi de livrer les raisons d’une telle enquête, rappelant que les services de l’institution avaient déjà eu l’occasion d’échanger, de manière informelle, fin 2025, avec les représentants d’AURA sur les périmètres de cette alliance. « Notamment sur les inquiétudes que nous avons formulées sur l’impact de la création de l’alliance à l’achat sur le pouvoir de marché de certains producteurs et fabricants de plus petites tailles et qui nous semblaient menacés par cette alliance. Aux termes de cette discussion productive, AURA a accepté de retirer une quarantaine de fournisseurs de son périmètre », s’est-il d’abord félicité.

 

Des acteurs qui ont tendance à abuser

 

Le bilan concurrentiel, lui, se veut une démarche plus formelle, par un bilan « a posteriori ». « Il s’agira de la première utilisation de cette compétence depuis sa création par la loi Macron de 2015. Nous sommes actuellement en phase de consultations. Nous définirons ensuite la méthodologie », a-t-il expliqué, rappelant que l’Autorité de la concurrence n’était pas en charge du respect de la loi Egalim (c’est le pouvoir de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, DGCCRF). « La concurrence libre et non faussée n’existe pas dans l’absolu, elle dépend du comportement des acteurs, et les grands acteurs ont toujours tendance à abuser de leur position et de leur pouvoir de marché. C’est à ça que sert le droit de la concurrence. Il ne peut pas y avoir de fonctionnement équitable du marché sans régulation », a-t-il souligné.

 

Concordis dans un deuxième temps 

 

Interrogé sur le timing de cette initiative alors que les problématiques de rémunération des agriculteurs et de pouvoir d’achat des Français durent depuis plusieurs années, Benoît Cœuré estime que l’Autorité dispose désormais de chiffres pour pouvoir quantifier l’impact sur les producteurs et les consommateurs. « Il nous fallait un historique de négociations commerciales, que nous n’aurons pas dans le cadre de Concordis avant l’an prochain, la centrale venant de se lancer. Nous allons donc démarrer par AURA et nous nous intéresserons ensuite à Concordis lorsque des chiffres seront disponibles », a-t-il annoncé. Une démarche qui correspond aussi, selon lui, à l’évolution du secteur de la grande distribution, de plus en plus concentré. « Je ne dirai pas que notre préoccupation augmente mais face à un paysage de concentration croissante, il est normal que l’on accroisse nos moyens d’intervention », a-t-il justifié.

 

Pas de coordination européenne

 

Un examen à l’aval mais surtout à l’amont qui ne peut se faire qu’à l’échelle du territoire français, a toutefois prévenu le président de l’Autorité de la concurrence. « Nous allons intégrer à notre analyse les conséquences des regroupements à l’achat en dehors de France, comme la centrale européenne Everest (dont Auchan, Casino et Intermarché font partie) mais uniquement en tant que regroupement qui va changer le comportement des acteurs en France », a précisé Benoît Cœuré, regrettant cette exception française au sein de l’Union européenne. « Au niveau européen, il faudrait changer le logiciel. Il y a un problème de coordination alors que nous sommes dans un marché unique. Or, la vérité oblige à dire que la plupart des Etats membres et même la Commission européenne considèrent que dès lors que ça va faire baisser les prix, cela sera bon pour le consommateur et que tout le monde devrait être content. Voilà où on en est. Il faudrait que les autres pays et les institutions européennes s’intéressent plus à l’amont comme nous le faisons en France ».

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