WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Carrefour / Alexandre Bompard

Entreprises / Actions
Carrefour / Alexandre Bompard

Carrefour voit sa fin d'année dérailler / Les violences en France menacent ses bénéfices

Alors que ses ventes ont progressé au troisième trimestre, Carrefour a été contraint de revoir ses objectifs annuels après les violences survenues en France. Le distributeur redoute surtout leurs conséquences sur la consommation à l'approche des fêtes de fin d'année.
Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, en visite dans un magasin pillé le 17 octobre 2026. Crédit photo : Facebook / Alexandre Bompard.
Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, en visite dans un magasin pillé le 17 octobre 2026. Crédit photo : Facebook / Alexandre Bompard.

Alexandre Bompard ne devait pas participer à la conférence téléphonique de mardi soir. Le PDG de Carrefour a pourtant tenu à s’adresser lui-même aux analystes pour expliquer comment quelques jours de violences en France ont bouleversé les perspectives de fin d’année du distributeur. « Jusqu’à vendredi, nous aurions confirmé nos objectifs. C’est là où nous en étions jusqu’à samedi matin », a-t-il souligné. Les ventes du troisième trimestre ont pourtant progressé de 2,3 % à magasins comparables, pour atteindre 22,7 milliards d’euros. Mais le groupe ne vise plus qu’une hausse de 0 à 15 points de base de sa marge opérationnelle cette année, contre 25 points auparavant. Son bénéfice net ajusté par action ne devrait plus que stagner ou légèrement progresser, alors qu'une croissance proche de 10 % était initialement attendue. Quant à son cash-flow libre net, il devrait légèrement reculer. En Bourse, l'action Carrefour chutait de plus de 10 %, à 14,60 euros, dans les premiers échanges mercredi matin.


Bien plus que des vitrines brisées


Une cinquantaine de magasins ont été touchés dès samedi et les coûts directs, entre marchandises volées et réparations, ont dépassé 10 millions d’euros en deux ou trois jours. Mais les conséquences des violences dépassent largement les seuls magasins endommagés. Fermetures préventives, couvre-feux, fréquentation en berne et renforcement de la sécurité pèsent aussi sur les magasins intacts. « Il y a quatre heures, j’ai dû fermer soudainement un nouveau centre commercial, et c’est aujourd’hui la nouvelle réalité de notre activité », a raconté Alexandre Bompard. Ces perturbations surviennent à une période cruciale pour le distributeur : le quatrième trimestre représente plus d’un tiers du résultat opérationnel courant annuel de Carrefour en France. « C’est essentiellement une activité de coûts fixes », a rappelé Matthieu Malige, le directeur financier, en soulignant que les stocks non alimentaires déjà livrés pour le Black Friday et Noël étaient « plus à risque aujourd’hui qu’il y a une semaine ». Les assurances ne couvriront qu’une partie des pertes. Le groupe chiffre ainsi le manque à gagner entre 80 et 200 millions d’euros de résultat opérationnel courant, selon la durée de la crise, alors que de nouvelles manifestations sont prévues le 24 octobre et le 5 novembre. « C’est finalement une vision pessimiste de la consommation au quatrième trimestre, mais réaliste selon nous, qui pèse le plus dans cette révision », constatent les analystes de la banque d’investissement Oddo BHF.

Carrefour paie aussi le prix de son maillage territorial. Avec son réseau de proximité très dense au cœur de Paris, Lyon ou Marseille et ses hypermarchés implantés en périphérie des grandes villes, le groupe se dit plus exposé que ses concurrents. Là où certains n'ont enregistré que deux ou trois magasins touchés, voire aucun, Carrefour en dénombrait déjà une cinquantaine dès samedi, a souligné Alexandre Bompard. Cette forte implantation urbaine, que le groupe continue de développer avec le rachat de Codifrance, se révèle aujourd'hui une vulnérabilité.


Une France déjà essoufflée


Le choc frappe toutefois une activité française qui avait déjà perdu de son élan. La consommation ralentit depuis la mi-septembre, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et des inquiétudes autour du budget 2027. Même la campagne anniversaire de septembre « n’a pas produit l’effet d’entraînement habituel », a reconnu Matthieu Malige. Malgré une nouvelle vague de baisses de prix de 8 % en moyenne sur plus de 500 produits en août, la croissance comparable française oscille entre 1 % et 1,4 % depuis janvier. Les anciens Cora progressent de 7,3 %, mais les hypermarchés historiques reculent de 0,6 %, tandis que les hypermarchés ont perdu 50 points de base de part de marché sur la dernière période mesurée par Nielsen. « La performance sous-jacente en France est plus faible que ne le laisse entendre la direction », estime le bureau de recherche indépendant AlphaValue. L’objectif initial d’amélioration de la marge de 25 points de base paraissait d’ailleurs difficile à atteindre après une hausse de seulement 4 points au premier semestre, rappelle pour sa part Oddo BHF.


Un mal circonscrit à la France


Hors de France, la dynamique commerciale résiste, avec une Espagne en hausse de 2,1 % et un Atacadão qui gagne des parts de marché au Brésil. Les objectifs à horizon 2028 et 2030 sont maintenus, la direction jugeant la crise ponctuelle. « Lorsque cette crise sécuritaire sera terminée, nous reviendrons à la situation antérieure. Nous n’avons aucun doute là-dessus », a assuré Alexandre Bompard. Les répercussions de la crise sur la confiance et la consommation pourraient pourtant se prolonger « au moins jusqu’au début de 2027 », estime Oddo BHF. Carrefour présentera le 17 novembre sa stratégie pour les hypermarchés français.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article