Macro-économie / Taux / Agnès Bénassy-Quéré / Banque de France / réindustrialisation
Macro-économie / Taux
Agnès Bénassy-Quéré / Banque de France / réindustrialisation
Quand la désindustrialisation rend l’économie hexagonale plus résiliente aux chocs / L’industrie y manque toujours autant d’investissements
Un défaut qui n’en est pas nécessairement toujours un. Pourtant auditionnée par une commission de l’Assemblée nationale visant à établir les freins à la réindustrialisation de la France, Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous gouverneure à la Banque de France, a pris le parti d’expliquer que la structure de l’économie française était loin de la rendre moins résiliente bien au contraire.
L’économiste considère en effet qu’en "matière de résilience aux chocs que nous vivons et allons vivre avec notamment le réchauffement climatique et la transition environnementale, cela peut aussi être un atout d’avoir une économie très diversifiée". Le déclin de l’industrie française en proportion du PIB, déjà attestée récemment devant cette même commission, a en effet été rappelé par la seconde sous gouverneure à la Banque de France qui constate "un mouvement de longue durée, d’environ 22 % (du PIB hexagonal ndlr) entamé en 1960 pour arriver aujourd’hui légèrement en dessous de 10 %". Petite touche d’optimisme de sa part avec l’affirmation d’un poids du secteur qui a atteint une sorte de plancher depuis 2010.
Complexe
Le déficit commercial a également été abordé par ses soins, comme n’étant "pas une fatalité, le solde commercial dépend de la compétitivité prix et hors prix mais également des prix de l’énergie" ou encore des décalages de conjoncture explique-t-elle. Une France qui croît plus vite que l’Allemagne engendrait probablement une hausse des importations tricolores.
De quoi lui faire dire que "le solde commercial n’est pas une mesure très fine de la compétitivité et encore moins de compétitivité industrielle, parce qu’il y a d’autres phénomènes qui l’influencent". Prenant l’exemple des prix à l’énergie pour illustrer son propos, l’économiste expliquant qu’ils sont aujourd’hui supérieurs à l’avant crise énergétique et ce bien qu’ils aient diminué depuis.
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Un atout certain de l’Hexagone a également été détaillé devant la commission d’enquête, celui d’évolutions "en France qui sont assez proches de celles de la Zone euro. Ce qui est par ailleurs une bénédiction pour la politique monétaire. Ça veut dire que celle-ci en général convient bien à la France, ce qui n’est pas le cas pour tous les pays européens".
La question des frictions commerciales n’a pas été éludée, la seconde sous gouverneure expliquant que son institution travaillait bien entendu à différents scénarios. Quelques certitudes ont été énoncées cependant, tout d’abord celle que "les tarifs sur les importations américaines, avec ou sans rétorsion européenne, sont négatifs pour la croissance que ce soit aux États-Unis ou en Zone Euro" et également que la France était près de 40 % moins exposée à ce risque que le reste de la zone monétaire. Un constat qu’elle tout de suite nuancé, expliquant qu’on " peut très bien avoir une Allemagne et une Italie fortement exposées et qui importeraient beaucoup moins d’intrants en provenance de France ".
Combler
Pour autant, elle a également expliqué que la désindustrialisation reste problématique à bien des égards. Le propos liminaire de l’économiste faisant état d’implications en termes de "gains de productivité, en termes de ‘bons emplois’qui soient stables et bien rémunérés". Elle s’est dans la foulée fait l’écho d’un constat inquiétant, les IDE en stock seraient de l’ordre d’un tiers à être destinés à l’industrie hexagonale, mais ces dernières années verraient les flux être avant tout à destination des services marchands et de moins en moins dans l’industrie. Un manque de renouvellement des investissements pour le moins préoccupant.
Consciente qu’on "ne va pas transformer les ménages français en venture capitalist du jour au lendemain", elle n’en reste pas moins convaincue "qu’on a des vecteurs assez puissants comme l’assurance-vie où il y a des réformes en cours". Interrogée sur les possibilités de mobiliser davantage les ressources hexagonales, elle s’est montrée convaincue que "s’il y avait davantage d’opportunités d’investir en Europe mise à disposition de ménages, alors ils les saisiraient".
L’importance des taux longs pour les investisseurs a également été martelée, Agnès Bénassy-Quéré prenant le soin de détailler ses déterminants. Qui comptent dans leur rang "les signaux que donne la BCE sur ses intentions futures de politique monétaire, mais ça ne va pas jusqu’à 10 ans. Ce sont de signaux à maximum 1 ou 2 ans". Elle a rappelé aux parlementaires présents que cela va "dépendre des inquiétudes des marchés par rapport à la soutenabilité de la politique budgétaire, de la stabilisation puis de la décroissance du ratio dette/PIB en France".
L’économiste considère d’ailleurs qu’il y a "peu de chance que le spread (OAT Bund ndlr) diminue dans un avenir proche". Elle a continué son exposé en répétant que les taux réels ne dépendaient pas véritablement de la politique monétaire.
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