Macro-économie / Taux / stabilité financière / Banque de France / Agnès Bénassy-Quéré
Macro-économie / Taux
stabilité financière / Banque de France / Agnès Bénassy-Quéré
Le conflit au Moyen-Orient n’aura rien arrangé à la stabilité financière / La Banque de France distingue plusieurs points de vigilance
Les prémices avant la tempête. Le conflit au Moyen-Orient a certes affecté l’économie, les marchés actions ou encore la croissance, mais la résilience a été plus qu’au rendez-vous sur de nombreux plans. Il n’en demeure pas moins que la lecture du rapport de stabilité financière de la Banque de France laisse entrevoir des risques accrus par cet épisode et ce, d’autant plus que d’autres éléments pourrait jouer défavorablement dans le même temps.
L’appréciation des mouvements sur les marchés actions en est une illustration, la correction engendrée est certes qualifiée de modérée et temporaire, pour autant les risques n’ont pas disparu. Loin de là, il est en effet avant tout question de la concentration historiquement élevée des indices américains, une situation qui les rend « vulnérables à un brusque retournement du sentiment des investisseurs ». Tout particulièrement dans l’hypothèse d’une révision des perspectives de profitabilité des valeurs technologiques, une situation jugée comme particulièrement à même « d’alimenter une correction désordonnée, avec des effets de débordement vers d’autres marchés ».
Fissures
Les investisseurs sont loin d’avoir disparu pour l’heure. La Banque de France note que l'« appétit des investisseurs pour les obligations d’entreprises américaines et, dans une moindre mesure, européennes demeure également élevé ». Les rendements relativement proches entre des qualités de signature différentes sont scrutés de près dans cette optique, le rapport redoutant une potentielle sous-estimation du risque porté par certains emprunteurs.
Il a également été question du marché du crédit privé, étant donné que celui-ci a considérablement augmenté lors des dernières années. La taille de celui-ci atteignant désormais quelque 1 800 milliards de dollars, pas de quoi l’épargner de traverser des turbulences en ce début d’année, notamment avec des craintes sur la qualité des crédits octroyés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Banque de France est prudente vis-à-vis des acteurs du crédit privé, lesquels seraient « exposés à deux volets de risques provoqués par le développement de l’IA, le premier portant sur les effets potentiels en cas de mauvaise performance de ce secteur de plus en plus endetté, le second sur les pertes que pourraient subir les fonds exposés au secteur du logiciel en cas de forte concurrence par l’IA ». La concentration de plus en plus forte de ce marché et ce qui est considéré comme une « relative opacité » seraient également de nature à renforcer les vulnérabilités déjà apparentes.
Bleu blanc rouge
Le secteur financier hexagonal serait cependant bien loti à l’heure d’affronter ces risques à en croire Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France. Cette dernière expliquant que l’ensemble du secteur bancaire européen n’a pas à craindre directement de subir des secousses provoquées par le crédit privé, mais doit plutôt s’attendre à subir la correction associée. Des effets de contagion qui ont déjà fait des dégâts lors de crises passées. Une voie de transmission des chocs pourrait emprunter le canal « des crédits bancaires, le plus souvent des financements adossés aux actifs des fonds, ou être directe en ce qui concerne les investisseurs, dans le cas des assureurs. En Europe, ces expositions représentent une part très limitée des actifs totaux des banques » confie-t-on du côté de la Banque de France.
Un autre sujet mis sur la table concerne les dettes souveraines, l’augmentation récente des taux souverains dans la zone euro est remarquée mais ne s’est pas accompagnée de hausse notable de la prime de risque française. Le rapport s’arrêtant sur un « rendement de la dette souveraine française à dix ans [qui] s’élève à 3,75 % au 12 juin, en hausse de plus de 40 points de base (pb) depuis le début de la guerre, mais le spread à dix ans entre le taux des obligations assimilables au Trésor (OAT) et celui du Bund allemand n’a augmenté que de 8 pb sur cette même période ». Dans le même temps, la part des hedge funds dans les transactions de titres de souverains est constatée et la dette française n’échappe pas à cette dynamique. Un facteur à la fois stabilisant et déstabilisant, puisque ces acteurs ont tendance pour une partie d’entre eux à être friands d’OAT lorsque le rendement augmente et inversement lorsqu’il diminue.
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